Comprendre pour se rapporcher

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Le Nouvelliste

Le journal Charlie Hebdo a fait 12 morts et plusieurs blessés. L'hebdomadaire satirique s'est fait connaître en 2006 en imprimant la série de caricatures du prophète Mahomet publiée d'abord dans un journal danois. Par la suite, le journal parisien a continué à publier à l'occasion ses propres dessins du prophète en parodiant entre autres, les débats entourant la charia, la viande halal, etc.

La fusillade du 7 janvier est un geste méprisable et condamnable qui a ébranlé le monde de la presse et suscité une vague d'indignation. Au siècle des Lumières, Voltaire disait, en parlant d'un adversaire: «Je ne suis pas d'accord avec ses opinions, mais je suis prêt à mourir pour qu'il ait le droit de les exprimer.» La liberté d'expression restera un droit sacré et la France en est un digne représentant.

Pour comprendre l'attentat, il faut remonter en 2006, au moment où le journal satirique, en diffusant ses caricatures de Mahomet, fait aussi l'objet d'une poursuite pour «injures publiques» intentée par l'association de la mosquée de Paris et l'Union des organismes islamiques.

Car, selon les hadiths (recueils des paroles du prophète) les musulmans condamnent la représentation de Mahomet. Ce n'est pas tant l'image qui est condamnée ici, que le risque d'idolâtrie qu'elle entraîne, un des pires pêchés dans l'islam.

Les images seraient aussi proscrites parce que les hommes qui créent des représentations d'humains ou d'animaux sont perçus comme voulant imiter Dieu. L'artiste qui dessine les êtres vivants se pose en concurrent du Créateur. C'est pour cela que l'islam a plutôt développé la calligraphie, les arabesques, les motifs de décoration, etc.  

Or, le jugement disait en 2009 que: «Le respect de toutes les croyances va de pair avec la liberté de critiquer les religions quelles qu'elles soient...» Grande victoire, s'il en est, pour la liberté de presse. Le monde arabe musulman a reçu ce verdict comme une gifle. Leur sensibilité écorchée, la blessure musulmane ne s'est pas refermée pour autant.

Toutefois, les imams qui ont dénoncé et condamné vigoureusement ces attentats nous auraient-ils laissé entendre ce qu'on voulait entendre? Art de la dissimulation, dont on retrouve des échos dans le Coran ou dans la vie de Mahomet avec notamment ce principe : mentir à un infidèle, ce n'est pas mentir. C'est ce qu'on appelle la «taqiyya».  Avaient-ils réellement évacué leur ressentiment? Acceptent-ils la dérision?

Dans le Moyen-Orient où se côtoient les trois grandes religions, l'islam, le judaïsme et le christianisme, on ne badine pas avec la religion. Ni blague ni blasphème ne sont tolérés! Quiconque s'avise de se moquer ou de tourner en dérision un dogme, le fait à ses risques et périls. Le Saoudien Raif Badawi l'a appris à ses dépens:10 ans et mille coups de fouet pour «insulte à l'islam.» Il est difficile pour un Occidental de comprendre la ferveur religieuse d'un Arabe, un atavisme qu'il traîne, qu'il soit né ou non au Moyen-Orient, au Maghreb ou dans le monde occidental.

Encore plus difficile d'expliquer le phénomène. Raisons identitaires? Est-ce dû à des considérations relatives au milieu, notamment à la pauvreté endémique qui pousse les gens à trouver refuge dans la religion, source d'apaisement? Est-ce pour marquer une ligne de démarcation volontaire entre deux civilisations dont on rejette l'aspect matérialiste de l'une? Le monde arabe musulman est constamment à cheval entre la dictature militaire et ou la dictature religieuse, mais la constitution des pays étant musulmane, la religion est inféodée à la vie sociale et à la vie quotidienne.

Le système social et la mentalité arabe s'opposent à l'instauration d'un régime démocratique à l'occidental où la liberté de la presse et d'expression serait de mise. On ne retrouve nulle part au Moyen-Orient cette liberté d'expression. Ceci n'excuse en rien la dérive des radicaux, terreau fertile des terroristes.

Roger Greiss

Secteur Grand-Mère

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