L'équilibre budgétaire, mais pourquoi?

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Carlos Leitao

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Le Nouvelliste

L'équilibre budgétaire, soit. Mais pourquoi? Rigueur intellectuelle d'abord!

Lors du dépôt de son budget, au mois de juin dernier, le ministre des Finances du Québec déclarait: «Nous voulons que l'économie du Québec crée plus de richesse et d'emplois. Nous voulons en même temps mettre fin au déséquilibre structurel des finances publiques qui nous endette chaque année davantage et limite de façon croissante notre liberté d'action. Nous ferons ainsi les efforts qui s'imposent pour réduire la croissance des dépenses de l'État et créer un équilibre nécessaire pour la prospérité du Québec.»

Belle déclaration d'intention. Malheureusement, dans son empressement le gouvernement a d'abord choisi de faire l'économie d'un vrai débat public susceptible de permettre de dégager des priorités pouvant ensuite donner sens à chacune des décisions. Il me semble que pour dégager des priorités, il nous faut prendre un peu de recul et porter notre regard sur un horizon lointain, donner une certaine perspective à l'analyse de notre situation collective.

De quel type de société voulons-nous favoriser l'avènement? Devons-nous nous satisfaire du statu quo et continuer de croire que la croissance économique est la clé d'une société saine (depuis 2008, pourtant, l'accroissement de la richesse totale va de pair avec une aggravation des inégalités sociales), que l'augmentation perpétuelle de la consommation mène au bonheur, que l'inégalité entre les humains est naturelle et que la rivalité est le moteur du progrès? Or, comme l'écrit le sociologue Zygmunt Bauman, ces principes nous pourrissent l'existence en créant chaos et désarroi et mènent l'humanité et la planète à leur perte.

Au contraire, au sortir de la commission Charbonneau, ne nous apparaît-il pas nécessaire de prendre pour base de notre action le respect de principes éthiques? À cet égard, l'éthicien québécois Henri Lamoureux nous rappelle que l'éthique est un outil fabriqué par notre espèce et les sociétés qui la composent pour ne pas disparaître. Elle s'enracine dans un corpus de valeurs humaines fondamentales (la liberté, le respect de l'autre), sociales (l'accès universel à des soins et à l'instruction) et culturelles (le français, langue commune) dont le sens se révèle par leur actualisation dans des lois, des règles, des normes.

Alors que durant l'année qui s'amorce le gouvernement cherchera par tous les moyens à rétablir l'équilibre budgétaire donc, faut-il rappeler que le déséquilibre actuel en est un qui tient essentiellement à l'écart entre les revenus et les dépenses. Rappeler également que la santé représente déjà près de la moitié des dépenses publiques alors que la lutte contre la pauvreté prévient imperceptiblement une foule de maladies. Sans oublier que la taxe sur le capital abolie par le gouvernement Charest en 2006 représentait l'apport d'environ 1,9 milliard $ en revenus au trésor public et que, selon une étude de L'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques (IRIS), le rachat des PPP du CHUM et du CUSM permettrait de réaliser des économies de l'ordre de 4 milliards $. Rappeler enfin que la mise sur pied d'un programme destiné à gérer l'achat public de médicaments, tel le programme de Pharma-Québec proposé par Québec solidaire, entraînerait des économies de 2,3 milliards $. Il suffirait, pour boucler les comptes, de revenir sur ce gaspillage qui constitue autant de cadeaux faits aux plus fortunés de notre société.

Le premier ministre Philippe Couillard aime bien nous vanter les mérites de la rigueur budgétaire. Rétablir les finances publiques exige dans ces conditions moins de rigueur budgétaire que de rigueur intellectuelle et morale.

Denis Hébert

Trois-Rivières

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