Je suis bédé

Nous venons de perdre quatre baguettes magiques, quatre... (Photo AFP, BERTRAND GUAY)

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Nous venons de perdre quatre baguettes magiques, quatre coups de crayons magistraux, Charb, Cabu, Tignous et Wolinski, quatre bédéistes et caricaturistes de Charlie Hebdo. On a perdu les baguettes, mais la magie demeure.

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J'ai appris à écrire avant de parler, d'ailleurs j'ai encore de la difficulté à parler. Et j'ai appris à écrire en lisant, très tôt, au berceau. L'enfant en moi qui a refusé de se faire remplacer par un adulte lisait goulûment, sans discernement, des tonnes de bédés; je ne les regardais pas, je les lisais. Moi qui crois que même si une image vaut mille mots, il y a plus d'images dans un mot que de mots dans une photo, je regardais fasciné un seul mot bien calé dans une bulle se dérouler du bout de mon nez jusqu'au troisième «i» de l'infini. Il n'y avait que la bédé pour me rendre justice du pouvoir éclaté des mots, ces mots dont Gaston Miron disait qu'ils te regardaient et te demandaient de partir avec eux jusqu'à perte de vue.

J'ai regardé dans Tintin le mot sparadrap se balancer entre l'index et le majeur du Capitaine Haddock pendant plus de deux pages. Il m'est resté ce fameux «plasteure» de ma mère à qui j'ai appris que c'était un sparadrap. Et quand j'ai compris que je pouvais en apprendre à mes parents, je me suis abonné. Si mon enfance a flirté avec Le journal de Mickey, le journal Pilote a servi de panacée à mes crises d'acné. J'ai erré dans le tunnel de l'adolescence et de ma vie en quelque sorte en la grappillant dans Hara-Kiri, Croc, Le Fluide Glacial... J'ai louvoyé entre Crumb, Reiser, Edika, F'murr, Wolinski, Gotlib, Bretecher, Fred, Bilal... et j'en laisse et j'en passe. Ces bonzes me dessinent encore sans cesse que la réalité n'est pas faite pour être copiée, mais pour être inventée; que c'est ton sang qui passe par ta plume, le clavier n'est là que pour en imprimer l'ADN.

Ici bas, on apparaît et on disparaît, entre les deux on fait des tours de magie, ça s'appelle vivre. Mon coeur de bédéiste titube, son ventricule gauche est gonflé et pèse lourd. Nous venons de perdre quatre baguettes magiques, quatre coups de crayons magistraux, Charb, Cabu, Tignous et Wolinski, quatre bédéistes et caricaturistes de Charlie Hebdo. On a perdu les baguettes, mais la magie demeure.

Christian Gagnon

Trois-Rivières

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