Peine de mort: l'illusion d'une solution économique

Le maire de Louiseville, Yvon Deshaies.... (Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Le maire de Louiseville, Yvon Deshaies.

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«Ils vont le tuer parce qu'il a tué quelqu'un, donc quand ils l'auront tué, qui devrons-nous tuer?» Question d'une petite fille âgée de dix ans ayant appris l'exécution de son père aux États-Unis.

Pendant que six États américains depuis 2007 ont abandonné la peine de mort et que d'autres le considèrent, en bonne partie en raison des coûts exorbitants entourant son application contrairement à la croyance populaire (ainsi que pour les erreurs judiciaires inévitables et l'effet non dissuasif de la peine capitale), le maire de Louiseville, Yvon Deshaies, prône le rétablissement de celle-ci dans le contexte d'austérité au pays.

À titre d'exemple, Mary Healy et Jane Caron, travailleuses sociales auprès des victimes au Connecticut, faisaient partie d'un regroupement spontané de 178 membres de familles de victimes: «Le problème avec la peine de mort est que toute l'attention est mise sur le meurtrier, alors qu'elle devrait être portée sur ceux qui ont été victimes de ses actes. Cette emphase mal placée est d'une évidence même lorsqu'on réalise que les services d'aide aux victimes et les programmes de prévention de la criminalité sont sous-financés, au même moment que l'on voit que l'État dépense entre 4 et 7 millions $ annuellement à faire vivre la peine capitale qui maintient le focus sur le meurtrier.»

Dans cet État, en amont de son abolition en 2012, ces membres de familles de victimes étaient venus non seulement dire qu'ils en avaient assez de la peine de mort, mais qu'à chaque étape du processus judiciaire, leur douleur est vive et exacerbée par la médiatisation de l'affaire et la durée accrue du procès compte tenu de l'enjeu capital. Le procès initial est très long et se préparer mentalement quotidiennement pour aller au tribunal laisse des traces. Enfin, bon nombre d'entre eux se préoccupaient du sort réservé aux familles des accusés.

Le maire Deshaies évoquait par ailleurs le besoin de pendre les individus reconnus coupables immédiatement après le procès. Je tiendrais à lui rappeler que malgré le fait que le processus d'appels dure plusieurs décennies, bouleversant constamment les personnes impliquées, les membres de familles de victimes au Connecticut le jugeaient essentiel pour éviter des erreurs judiciaires irréparables.

À ce titre, on n'a qu'à observer l'actualité de ces derniers mois aux États-Unis: rien de moins que sept condamnés à mort depuis juin ont été innocentés ayant tous purgé entre 28 et 39 ans en prison par erreur. La moyenne d'incarcération des 150 innocentés aux États-Unis se chiffre à 11,2 années. Une étude d'avril dernier évoque d'ailleurs qu'une personne sur 25 dans le couloir de la mort est innocente.

Steven Truscott, condamné à mort à l'âge de 14 ans en Ontario et innocenté 48 ans plus tard en 2007 a déclaré quelques années avant son décès l'an dernier: «J'espère sincèrement qu'il n'y aura jamais un gouvernement qui tentera de réintroduire la peine capitale dans notre pays civilisé qu'est le Canada. Et je ne peux que nous souhaiter que nous ayons tous la chance de vivre dans un monde dépourvu de la peine capitale.»

La peine capitale nuit sévèrement à l'obtention de justice pour les familles, tout en provoquant une cascade de conséquences désastreuses pour la société. Il me ferait plaisir de sensibiliser le maire de Louiseville pour alimenter sa mure réflexion, au-delà de simples questions d'austérité budgétaire.

Charles Perroud

Bécancour

Coordonnateur pour l'Abolition de la peine de mort d'Amnistie internationale Canada francophone

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