Pourra-t-on en finir avec l'intimidation?

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Le problème du système québécois de santé, ce n'est pas la paresse de ses médecins.

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Le Nouvelliste

L'auteur, le Dr Pierre Martin, est président de l'Association des médecins omnipraticiens de la Mauricie.

Le vendredi 28 novembre se réunissaient à Québec plusieurs membres de l'AQESS pour échanger sur un sujet d'actualité: est-il possible de mobiliser des médecins? Ce fut une journée fort intéressante à l'intérieur de laquelle plusieurs jeunes médecins sont venus exprimer clairement leur désir de supporter le système de santé et de contribuer à apporter des changements dans un système qu'ils jugent, à juste titre, responsable d'un environnement de travail qui ne leur donne pas les moyens d'agir efficacement pour répondre aux besoins de leurs patients en matière de soins de santé.

Lorsqu'ils arrivent en pratique, les jeunes médecins sont naturellement dynamiques et pleins d'énergie. Ils ont ce désir de la jeunesse de changer les choses et de remplir à plein leur mission de médecin. Mais comment les accueille-t-on? Ont-ils été préparés à percevoir et à organiser leur pratique en fonction des besoins organisationnels d'une population? Avec quelles notions de gestion de la pratique médicale se joignent-ils à la pratique en GMF?

Et finalement, dans un environnement où ils sont les témoins quotidiens de coupures budgétaires qui favorisent l'absence de service aux malades et la réduction de la compétence des intervenants qui donnent des services, ça leur prend combien de temps à devenir critiques face aux efforts qu'on leur demande pour masquer les incompétences et l'absence de reddition de compte qui sont endémiques dans tout ce beau système où on multiplie les structures administratives pour en maquiller l'incapacité d'agir?

Le jeune médecin désire un système de santé qui supportera l'autonomisation des patients qui consultent plutôt qu'un système qui favorise la prise en charge des patients. Le jeune médecin désire un système qui mettra de l'avant des valeurs de communication non violente et respectueuse entre les différents intervenants et les usagers du réseau de la santé.

Le jeune médecin désire se joindre à des équipes organisées en interdisciplinarité et dédiées à offrir des soins sécuritaires et de qualité. Le jeune médecin désire travailler en collaboration et est réfractaire à un système où il se sent isolé et laissé à lui-même.

Finalement, le jeune médecin désire par-dessus tout une vie équilibrée où il pourra être heureux de contribuer à cette médecine qu'il a choisie comme profession, mais certainement pas dans le but d'y sacrifier sa vie personnelle et sa vie familiale.

Avec l'arrivée du Dr Gaétan Barrette comme ministre de la Santé, tout comme avec l'élection du Parti libéral, toute la population du Québec est dorénavant soumise à un régime d'intimidation où on n'hésite pas à abuser du pouvoir législatif pour renier des ententes dûment négociées, pour ouvrir unilatéralement des conventions collectives dûment signées, pour mettre fin à une longue tradition de collaboration au sein d'un mécanisme de négociation visant la création de partenariats basés sur le respect mutuel.

Le problème du système de santé ce n'est pas la paresse de ses médecins de famille, ce sont malheureusement les valeurs de son système de gestion où le paraître est plus important que les résultats probants, où la peinture sur les murs est plus importante que la qualité de l'isolation qui nous protégera du froid durant la saison froide.

La solution Barrette contenue dans le projet de loi 20 va réussir en très peu de temps à antagoniser cette jeunesse médicale qu'il nous aura fallu tant de temps à former et dont nous commençons à peine à ressentir les bienfaits en accessibilité aux services de première ligne et provoquera des bouleversements que nous ressentirons collectivement pendant de nombreuses années. Et la simple statistique d'inscription de clientèle et de fidélisation au médecin de famille masquera la médiocrité des soins médicaux qui seront prodigués.

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