Autres temps, autres moeurs

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Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) En réplique à l'opinion de Guy Godin «Qu'est-ce qui se passe à l'UQTR?».

Monsieur Godin, il y aura bientôt 40 ans nous étions, vous et moi, employés de l'UQTR. J'y suis encore... ou presque. Il y avait là, dans le bon temps, un je-ne-sais-trop-quoi, un je-ne-sais-trop-qui, qui nous animait, nous passionnait. Ce sentiment d'appartenance, cette complicité entre les employés et les dirigeants, cette compréhension fraternelle réciproque, cette manière d'intégrer les nouveaux employés, cette sympathie naturelle à nous considérer, à nous valoriser et à nous respecter; tout cela était notre fierté. 

Empreints de nostalgie, nous ne pouvons plus vivre comme auparavant; terminée la discussion franche et sereine avec un vice-recteur, le recteur ou un haut cadre afin de résoudre une crise existentielle qui secouait notre relation de travail et qui nous affligeait de part et d'autre. Cette époque est tristement révolue; nos vieux patrons, nos collègues, comme vous, sont maintenant retraités ou ils se reposent... en paix. 

Que se passe-t-il aujourd'hui à l'UQTR? Il ne se passe justement plus rien; nos gestionnaires actuels privilégient l'usage de la stricte légalité et de l'unique plaidoyer à la place de la moralité d'une discussion ou d'un échange: ils s'assurent ainsi de contrôler la liberté d'expression. Ils nous traitent comme des êtres réductibles aux intérêts qu'ils défendent. Pour utiliser une rhétorique dans les limites de ce qui est aujourd'hui permis au nom de la liberté d'expression, je vous dirais que l'expression d'une opinion correspond à s'exposer à la fatuité de ces administrateurs vraisemblablement limités à une idéologie aliénante.

Nos supérieurs semblent prendre part à des décisions irrationnelles, sans discuter, sans s'interroger sur ce qu'on leur demande d'exécuter, en renonçant même à leur capacité critique... s'ils en ont une! Ils sont irresponsables; «nous répondons aux demandes de nos supérieurs!», nous murmureront-ils, les dents serrées, avec laconisme. Ils ne réfléchissent plus à ce qu'ils disent; ils pervertissent la syntaxe, toujours dans le sens de l'appauvrissement de la moralité; ils font du communautarisme de gestion. Nous assistons à une confusion infiniment grave et destructrice; justement parce qu'il s'agit d'une confusion volontaire, non d'une erreur; ils tirent les conséquences au lieu des conclusions!

En fait, il n'y a plus que les inconscients et satisfaits de l'être pour se faire accroire qu'ils détiennent le pouvoir pour faire preuve d'incurie, de laxisme et de libéralisme outrancier dans la gestion et la formation de notre élite intellectuelle et sociale.

Cher collègue, on tente de nous convaincre que notre effondrement s'appelle le progrès. La réalité est toute autre: cette tricherie est le moteur de l'asservissement; ce n'est que la signature du totalitarisme qui est entrain de s'instituer. 

Ici, la sagesse de l'âme vieille est maintenant considérée de loin inférieure aux règles juridiques de l'homme. L'hypocrisie puritaine prétend détenir la vérité universelle en proliférant les pléonasmes métaphoriques afin de stigmatiser notre passivité allant même jusqu'à nous faire apprécier notre servitude.

Que devrait-il se passer demain à l'UQTR? Monsieur Godin, la fleur que vous nous avez livrée par votre questionnement est malheureusement fanée; jetons un voile pudique sur ce stupide simulacre, cette illusion de polémique et affirmons donc qu'il ne se passe rien à l'UQTR! 

Tirons fierté de notre propre abaissement; ainsi on ne nous accusera point de tout dire!

Un vieux copain de travail qui, bien humblement, vous félicite de votre perspicacité et de votre lucidité. 

Jean Paquette

Trois-Rivières

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