L'austérité: une finalité?

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Le Nouvelliste

Le titre d'un article est évocateur du ton donné par celui ou celle qui en assume la facture. Opter pour les termes austérité ou responsabilité? lance un premier message. Ainsi, j'ai pris soin de lire avec attention le texte de la page Opinions du Nouvelliste du 12 novembre. J'y retrouve une rhétorique connue et des clichés remâchés.

Nous sommes en présence d'un gouvernement porteur d'intentions claires. Le Devoir précise, dans sa parution du 17 octobre, que «le ministre (Martin Coiteux) a cependant répété à plusieurs reprises que l'opération de révision des programmes dépassait largement l'objectif du déficit zéro et visait un repositionnement de l'État». En plus, monsieur Leitão, ministre des Finances ajoute le 22 octobre que «c'est le secteur privé qui crée des emplois, ce n'est pas l'État». La ligne est limpide: moins d'État signifie beaucoup plus de privé.

Il nous faut sortir des analyses vite faites pour mieux apprécier les virages que nous prenons. Il faut également cesser de mettre dans la bouche de la majorité silencieuse ce que nous espérons qu'elle porte.

Ainsi, dans les annonces des structures qui passeront au couperet total ou partiel, pensons aux Conférences régionales des élus (CRE), aux CPE par l'augmentation des tarifs, des Carrefours jeunesse-emploi qui deviendraient sous-traitants des Centres locaux d'emploi ou encore, des transformations mammouths du réseau de la santé, une ligne demeure soit celle de réduire la taille de l'État et de transformer son mode d'intervention comme l'avance Éric Pineault, professeur à l'UQAM et directeur à la Chaire de recherche du Canada sur la mondialisation, la citoyenneté et la démocratie.

M. Pineault rappelle que la récente crise de 2008 a essentiellement écorché la structure de notre économie capitaliste privée. Cette crise a atteint le monde de la finance et du secteur manufacturier; quant à elle, l'économie publique a été épargnée. Pourtant, les gouvernements ont fait le choix de soutenir ces secteurs; des milliards de dollars ont alors transigé.

Une baisse de revenus et une augmentation des dépenses s'en sont suivies pour les États, incluant le nôtre. Cette équation a contribué à diminuer la croissance et les revenus de l'État et à nous éloigner de la cible du déficit zéro. Pourtant, faut-il viser à tout prix le retour au déficit zéro pour 2015? Faut-il réduire la taille de l'État en évitant à cette étape de reconsidérer la fiscalité, c'est-à-dire les sources de revenus de l'État?

L'austérité, avec comme manoeuvre la réforme des structures et la diminution éhontée des budgets de l'État, sont les cibles premières de la troïka Coiteux-Couillard-Leitão. Cette mise en scène pave inévitablement la voie à l'augmentation du privé en santé et fort probablement en éducation ou dans les garderies ainsi que de l'augmentation de la tarification imposée.

Au final, avons-nous voté pour ça? J'en doute.

Le secteur public crée 30 % de la richesse au Québec... de la richesse redistribuée à tous et à toutes! Toutefois, les dirigeants actuels martèlent dans les médias que ces services publics pèsent lourdement sur l'économie et sur les marchés: selon ces derniers, il faut réduire le panier de services. Services que nous devrons dorénavant nous offrir au privé ou se faire tarifer davantage.

En conséquence, ralentir la locomotive-État c'est également ralentir l'économie globale. Désengager l'État c'est provoquer la décroissance. Or, il vient de se perdre 30 000 emplois au Québec ces derniers mois. Pourtant, le président du Conseil du Trésor anticipe que la seule voie est de «créer le climat propice à l'investissement privé»... au même moment où le secteur public réduira ces emplois.

L'austérité c'est imposer au secteur public de ne plus générer, de ne plus investir. Il n'y a plus d'effet d'entraînement, plus d'effet multiplicateur provoqué par les investissements publics. On passe en mode désinvestissement et morosité.

Une autre voie à explorer

Il nous faut continuellement faire le point sur nos modes de gestion des services publics; la rigueur et la responsabilité l'obligent. Il nous faut dépenser avec rectitude, conscients que nous gérons des sommes provenant des impôts payés... mais en même temps conscients que chaque dollar investi par l'État stimule au final 1,60 $ d'investissement dans la communauté, en injection et en retour. Une étude menée en 2012 par Pierre Fortin, économiste, documentait le fait que les CPE génèrent à eux seuls des retombées inestimables, permettant aux femmes d'occuper davantage le marché de l'emploi, engendrant en retour une augmentation des revenus de l'État.

Dans ce contexte, un choix s'impose: ce gouvernement oblige l'austérité comme artifice aveuglant. Il faut s'y opposer!

Jean Fournier

professeur au Cégep de Trois-Rivières

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