Massacre à la tronçonneuse

Le premier ministre Philippe Couillard... (Photo Jacques Boissinot, La Presse Canadienne)

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Le premier ministre Philippe Couillard

Photo Jacques Boissinot, La Presse Canadienne

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Le Nouvelliste

L'auteur, Yvon Laplante, est professeur au département des lettres et communication sociale, à l'UQTR.

Le Premier Sinistre du Québec Philippe Couillard nous avait promis un plan d'austérité. Le bon médecin spécialiste connaît bien les coupes drastiques et chirurgicales pratiquées par les meilleurs neurochirurgiens. Son scalpel est aiguisé, il sait longer la moelle épinière et s'attaquer aux plus féroces métastases.

Il connaît mieux que quiconque les conséquences directes d'une attaque du système nerveux central. À telle enseigne qu'il met à profit ses compétences transversales pour charcuter les enjeux nationaux de notre pays qui n'en est pas un.

Dès le lendemain de son élection, les salles d'opération du gouvernement se sont activées pour débusquer tous les indicateurs, même discrets, du cancer de la dette qui se manifestent dans le corps social. Il faut à tout prix retrouver l'équilibre budgétaire, recréer l'équifinalité, quitte à ce que le traitement de chimiothérapie mette à mal l'ensemble des parties qui composent le tout. La prescription est audacieuse et idéologique.

Il faut un remède de cheval, un traitement en surdose. Il faut activer le couperet dans tous les endroits stratégiques; arracher le coeur du patient si cela permet d'éliminer les traces de la dette. La passion du neurochirurgien pour la santé de son patient se transforme rapidement en troubles obsessionnels. Il n'a qu'une seule stratégie pour éradiquer le mal: la coupe franche et généreuse. Ses collègues psychiatres prendront le relais pour limiter les dégâts présents et futurs.

En moins d'un mois, le cancer combattu par le gouvernement libéral a créé une hémorragie interne que la pénurie d'infirmières n'arrivera pas à maîtriser. Coupes en éducation; transformation, voire abolition des commissions scolaires; transformation des agences de santé et services sociaux; révision du principe d'universalité du programme des Centres de la Petite Enfance; nouveau pacte fiscal inspiré de la nuit des longs couteaux; abolition des Conférences régionales des élus et disparition des Centres locaux de développement.

Et ce n'est que le début! Déjà, le Premier Sinistre envisage, à coups de ballons d'essai, de s'attaquer au Carrefour Jeunesse Emploi (CJE) et à tous les autres organes décentralisés qui permettent de maintenir une vie active et dynamique dans les régions périphériques. On ose s'imaginer son plan de lutte à la pauvreté! L'austérité commande le grand remède, et le médecin ne compte pas céder aux pressions des sanguinaires socialistes de salon! Le médecin sait très bien que le centre nerveux des émotions est à droite. Il connaît les besoins du patient.

Le travail acharné du neurochirurgien pour éradiquer le cancer imaginaire qu'il se représente affaiblit quotidiennement la fibre du patient presque comateux. Et les manifestations citoyennes contre le traitement d'austérité n'ont plus que le doux effet de la morphine chez l'agonisant.

Le plan d'austérité est une stratégie de mise à mort. Non pas qu'il faille nier les problèmes nombreux qui confrontent le patient. Mais, il faut retrouver l'envie de combattre, de débattre, de refuser. Le seul traitement-choc contre l'anomie sociale est le mouvement, l'audace, le désir de se projeter. C'est là que le plan d'austérité libéral frappe son plus dur coup. Il parvient à engourdir le climat social au point de générer la vague, difforme et très désagréable impression que le patient n'a plus d'autres choix. Que ses jours sont comptés, que le traitement est inévitable et que ses conséquences sont inéluctables.

Or, c'est un cadre idéologique qui va nous tuer, nous engluer dans une logique de la petitesse qui n'est pas la nôtre, pavant la voie à une autre idéologie, celle-là encore plus ambitieuse, celle du rapetissement. Et quand on est né pour un petit pain, on ne peut faire des sandwichs pour tout le monde, comme le disait à la blague Yvon Deschamps. Le plan chirurgical s'est transformé en massacre à la tronçonneuse. C'est ainsi que, parfois, pour s'attaquer à la maladie, il faut mettre fin au traitement. Et changer de médecin.

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