Pont d'or à CGI: pourquoi ne pas favoriser la fonction publique?

CGI va implanter un centre d'excellence à Shawinigan.... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, archives La Presse)

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CGI va implanter un centre d'excellence à Shawinigan.

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Le Nouvelliste

J'ai été surpris d'apprendre que le gouvernement apportera son soutien à la multinationale CGI pour l'implantation à Shawinigan d'un centre d'excellence. Cette annonce a été faite par le premier ministre Philippe Couillard qui promettait une ère de transparence le soir de son élection.

Le futur centre d'assistance technique de CGI devrait générer quelque 300 emplois d'ici à trois ans. Les travailleurs se verront offrir des salaires variant entre 50 000 $ et 70 000 $. Une très bonne nouvelle pour une région éprouvée par les pertes d'emplois.

Ce qui est plus difficile à comprendre, c'est que la très riche CGI, dont le chiffre d'affaires était de 18,7 milliards $ en 2013, sera admissible au crédit d'impôt remboursable pour le développement des affaires électroniques. De plus, elle jouira d'une contribution financière annuelle non remboursable de 6 % du gouvernement, laquelle s'appliquera jusqu'à un maximum de 25 000 $ par emploi par année.

Il est dommage que ces fonds aient été puisés à même le Fonds du développement économique créé pour compenser la fermeture de la centrale nucléaire. Cet argent aurait pu servir à des employeurs qui n'ont pas les moyens de CGI.

Au lieu de créer des emplois destinés à rebâtir l'expertise de la fonction publique, le gouvernement préfère remettre en question les centres gouvernementaux de Chicoutimi et de Rimouski, dont la création a été saluée par le SPGQ, et donner 25 000 $ par emploi à CGI, un des plus gros bénéficiaires des contrats gouvernementaux.

En marge de la présentation de son mémoire à la commission Charbonneau, le SPGQ a lancé le 16 octobre dernier Le ContrActuel lecontractuel.spgq.qc.ca. Ce site Web fait ressortir l'ampleur des contrats publics attribués non seulement par le gouvernement du Québec, mais aussi par les grandes municipalités et universités du Québec. Il permet de constater que CGI a obtenu, entre 2007 et 2014, plus de 604 millions $ de contrats publics au Québec. Voilà donc une entreprise qui n'a pourtant besoin de personne pour subventionner ses emplois.

Le SPGQ vient d'apprendre que le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport s'apprête à lancer un appel d'offres de1,2 million $ pour l'embauche de 2,5 ressources à temps plein, pour une période d'environ trois ans, visant l'évolution et l'entretien de la Sphère informationnelle du Ministère.

Ce même projet a fait l'objet d'un contrat d'environ 2 millions $ octroyé à CGI le 1er mars 2013. Le SPGQ avait alors déposé une plainte à la Commission de la fonction publique du Québec sur ce premier appel d'offres pour dénoncer qu'il s'agissait là d'un contrat de travail déguisé.

Cet exemple, quoique minime par rapport à l'ampleur du gaspillage en informatique au gouvernement du Québec, démontre que malgré le gel d'embauche s'appliquant au personnel fonctionnaire, les ministères et organismes continuent à donner des contrats externes pour pallier leur manque de main-d'oeuvre.

Ainsi se perpétue le bon vieux réflexe gouvernemental du recours abusif et très coûteux à la sous-traitance, et l'absence de volonté pour rebâtir l'expertise à l'interne qui fait cruellement défaut au gouvernement du Québec. Au lieu de se réapproprier l'expertise disponible et nécessaire en informatique, le gouvernement a plutôt choisi d'apporter son soutien financier à une entreprise milliardaire. Il serait parfaitement concevable de créer un centre d'expertise en informatique à Shawinigan, mais au sein du gouvernement du Québec, ce qui aurait aussi un impact économique considérable pour la région.

La valorisation de l'expertise interne et de l'excellence de la fonction publique est la grande perdante de cette opération incohérente. Le ministre de l'Économie, de l'Innovation et des Exportations, Jacques Daoust, déclarait récemment qu'il fallait cesser de distribuer des subventions et crédits d'impôt à ceux qui n'en ont pas besoin.

Lors de son discours inaugural à l'Assemblée nationale, le premier ministre déclarait que: «Le Québec a tous les atouts pour être de ces grands mouvements qui marquent l'histoire. Notre travail, c'est d'en libérer tout le potentiel et de combiner ces avantages dans un véritable élan vers la prospérité».

Force est d'admettre que nous n'en sommes pas là, car le véritable élan constaté vers la prospérité se retrouve dans les poches de CGI.

Richard Perron

Président

Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec

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