Cinq facteurs qui ont marqué Shawinigan

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Le Nouvelliste

Il est étonnant de remarquer que notre ville a été malade économiquement pendant près de la moitié de sa vie. Après des années d'ardues luttes syndicales, c'est dans les années 70 que s'amorçaient les débuts d'une dégringolade industrielle que nous connaissons aujourd'hui. Je me souviens de l'expression «Shawinigan ville fantôme» qui circulait dans les milieux cégépiens de cette époque... pas très réjouissant pour les futurs diplômés!

Dans ce texte, je mets en lumière cinq facteurs qui n'ont pas aidé à remonter le moral des intervenants économiques dans cette tranche de vie si particulière de notre ville.

1 - L'activité syndicale

L'activité syndicale retentissante à Shawinigan a suscité une certaine méfiance auprès de la grande entreprise dans les années 1950-60.

Une des premières grèves fut celle d'Alcan en 1951. A suivi la fameuse grève à la Belgo, en 1955, qui dura plus de 100 jours; je me souviens encore de l'expression «les rats de la Belgo», façon de qualifier les scabs. Mais la grève la plus longue fut sans doute celle de la Shawinigan Chemichal en 62-63. Elle dura 385 jours. Il y eut d'autres grèves dans ces années-là chez Dupont, Canadian Resine, Union Carbide, etc. Cependant, il était de circonstance que le monde de la grande entreprise devait se mettre au diapason des nouvelles réalités de l'époque. En quelque sorte, ces grèves étaient justifiées.

Et qui ne se souvient pas de la fameuse grève chez Carrier et Frères? (autobus à l'envers et en feu).

2 - L'étatisation de l'électricité

C'est à partir des années 60 que le premier coup de semonce fut donné en raison de l'étatisation de l'électricité. Cette loi gouvernementale de 1962 a eu comme conséquence de mettre fin aux attentions particulières que la Shawinigan Water and Power entretenait avec sa population et son milieu industriel. Sur le plan énergétique, Shawinigan fut obligée de se mettre sur le même pied que toute autre ville québécoise, politique oblige, perdant ainsi certains privilèges qui lui assuraient un avantage évident.

3 - Création du parc industriel à Bécancour

Dans la foulée de la révolution tranquille, le gouvernement québécois procéda à la création d'un immense parc industriel sidérurgique et pétrochimique régional, centralisé, dont les effets «positifs» auront un impact direct (disait-on) sur tout le centre du Québec.

Ainsi, en 1965, est né à Bécancour ce parc industriel à très grand gabarit doté d'un port en eau profonde. On avait prévu que ce gigantesque complexe industriel serait alimenté en énergie au début par les centrales hydroélectriques de la Mauricie (nouvellement nationalisées), ensuite par les complexes Manicouagan et Baie James. Finalement, s'y greffa une centrale nucléaire.

La création de cet immense parc industriel fut sans aucun doute le deuxième coup de semonce (politique encore une fois) à l'endroit de notre ville en regard de l'avenir de la grande industrie. Adieu les grandes industries à Shawinigan! Le gouvernement les invite à s'installer à Bécancour.

4 - Vétusté des moyens de production et la mondialisation

À partir des années 70, on savait que les pays en voie de développement étaient pour envahir le monde commercial, le monde de la production. Les bas salaires et le non-respect des normes environnementales de ces pays allaient faire baisser les coûts des marchandises. Les multinationales ont compris vite le message; certaines sont allées s'installer en Asie.

Chez nous, pour rivaliser avec cette concurrence internationale, il fallait changer nos façons de faire: moderniser les équipements, robotiser davantage, rationaliser et même penser à baisser la masse salariale.

À Shawinigan, les investissements pour améliorer les équipements de production dans les années 70-80 ont été timides sinon inexistants. Certaines entreprises, comme Shawinigan Chemicals, Dupont, CIL, Carburandum ont disparu ou changé d'adresse pour des raisons stratégiques.

Plus tard, la pression de la mondialisation étant plus insistante, Wabasso et d'autres ont plié bagage. Les papetières ont résisté plus longtemps.

Finalement, elles ont été rattrapées par la mondialisation et en plus par une baisse dramatique de la demande en papier journal (journaux sur le web).

5 - Les douteux tracés des autoroutes

Les deux plus grandes voies routières régionales (autoroutes 40 et 55) n'ont pas généré de nouvelles grappes industrielles significatives pour le Centre-de-la-Mauricie. Au tournant des années 70, le journaliste José Caden de l'Hebdo du Saint-Maurice avait crié tout haut que c'était un vol le fait que le tracé de l'autoroute 40 passe trop près de Trois-Rivières. La logique géographique et stratégique pour toute la basse Mauricie aurait été que le tracé se fasse un peu plus au nord de Trois-Rivières pour ainsi accommoder Shawinigan.

Pour ce qui est du tracé de l'autoroute 55 nord, cette importante artère nord-sud aurait dû être construite sur la rive est du Saint-Maurice, là où le sol est plat et plus propice au développement commercial et industriel, contrairement au côté ouest où le sol est argileux et parsemé de côtes et ravins. Sur le côté est, la 55 aurait pu desservir le secteur Shawinigan-Sud, grandement négligé sur cet aspect.

Malgré le contexte, des gens d'ici ont pu contribuer à redonner vie à Shawinigan. Des personnes comme Jean Chrétien (Centre des données fiscales, parc national), Yves Duhaime (LTE Shawinigan), Gilles Champagne (Bionest), Julie Boulet (Revenu Québec à Jacques-Plante) et beaucoup d'autres ont travaillé fort pour amener dans notre région plusieurs centaines d'emplois.

Dois-je donc en conclure que la solution viendra à partir des forces locales?

Gilles LeBlanc

Shawinigan

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