Et Mervill s'en est allé...

Donald Pinet et son chien Mervill....

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Donald Pinet et son chien Mervill.

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Le Nouvelliste

Mon chien-guide s'appelait Mervill. C'était un caniche royal qui avait près de 15 ans et qui a travaillé durant 14 ans. Il a participé à trois élections municipales et m'a accompagné quand je faisais des témoignages dans les écoles. Parmi vous, nombreux sont ceux qui ont eu le plaisir de lui caresser la tête.

Mervill savait inspirer le calme. Il était généreux, peu avare de son temps, altruiste, il donnait sans retour. C'était une source d'inspiration pour son papa. À la retraite, encore enjoué et fier, il ne se plaignait jamais.

J'ai tenté de le laisser lorsque je voulais sortir avec la canne blanche. Assis entre la porte et moi, Mervill émettait des sillements. Nos nombreuses années de vie commune nous permettaient de communiquer par gestes. Le moitié-moitié a donc pris forme: un petit tour avec lui et un grand tour avec la canne blanche. Ainsi, je préservais son bonheur d'être utile.

Septembre 2014. Le moment était venu de tenir ma promesse répétée à maintes reprises aux gens: l'amener jusqu'au bout de sa mission dans mes bras. S'il était là, il vous raconterait:

«La nuit dernière, papa et moi étions sur son lit. Une permission très rare. Je dormais toujours sur mon tapis. Larmes aux yeux, il caressait tendrement ma tête. Des mots, il en disait. Ses gestes me parlaient beaucoup plus. Tendrement, j'ai posé ma patte gauche sur son bras: rare geste que celui-là. Un moment privilégié. Le lendemain, devant l'hôpital vétérinaire, la voiture s'arrêta.

Du coin de l'oeil, j'ai vu pleurer la conductrice: une maman pour moi. Papa ouvrit la portière arrière. Il tenait la laisse, le collier et le harnais. Je descendis et j'introduisis ma tête dans le harnais. J'ai guidé papa vers la porte qu'il ouvrit. Au comptoir, papa signait les documents. Aussitôt, je l'ai conduit vers la salle en le protégeant contre les obstacles. J'ai amené papa, aveugle, en lieu sûr. J'ai vu le tapis et je m'y suis installé.

Calmement. Papa a enlevé le harnais, la laisse et le collier. J'ai compris que ces gestes prenaient un autre sens. Avec tendresse, j'ai entendu "couche!''. Il a mis une main sur mon coeur et l'autre à me cajoler les oreilles, le museau et la tête. J'ai adoré ça. Pour papa, c'était sa seule manière de me "voir'': le toucher. Voilà! Je me suis laissé aller.»

En silence, je lui ai dit: «Merci mon fidèle et valeureux ami!»

Donald Pinet

Trois-Rivières

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