Faites le ménage là-dedans!

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Marc Lacour
Le Nouvelliste

L'auteur, Marc Lacour, de Trois-Rivières, est un cadre du réseau de la Santé aujourd'hui à la retraite.

Lettre au ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette.

Le réseau de la santé et des services sociaux représente plus de 40 % de l'ensemble du budget du Québec et il est appelé à participer aux efforts de réduction des dépenses comme tout le monde. Il faut reconnaître cependant que des gains importants ont été faits au cours des dernières années au chapitre de l'optimisation, de la productivité et de la rationalisation.

Nous avons la chance de compter sur une main-d'oeuvre qualifiée, compétente, engagée et respectueuse. Bien sûr, la masse salariale de celle-ci représente autour de 80 % des budgets des établissements. C'est sans doute pour ça que lorsque vient le temps de couper on regarde de ce côté-là.

Les premiers accusés sont souvent les cadres. J'apprends que le ministère de la Santé et des Services sociaux a ordonné un gel complet de leur embauche. On leur reproche quoi à ces gens qui tiennent à bout de bras ce réseau?

Pour certains, il y a trop de décideurs, alors que les gestionnaires croulent sous une montagne de redditions de comptes imposées par des gouvernements frileux, soucieux de tout contrôler et de bien répondre à la période de questions à l'Assemblée nationale. Curieusement, il y a des pans de mur entiers qui ne sont pas sous l'écran radar. Je vais en nommer trois qui méritent d'être soulevés si nos élus ont le courage politique de faire face à ces imposants lobbys.

Commençons par les médecins. On leur demande d'étaler leurs augmentations. En soi, il ne s'agit pas de réduire la dépense, seulement de prolonger la période des augmentations. Pour l'État, il n'y a pas d'économies réelles. Cependant, on observe que de 15 % à 30 % des examens demandés par les médecins sont inutiles. Voilà donc un secteur où des économies sont possibles.

Le deuxième objet touche les médicaments. La facture ici ne cesse d'augmenter de façon vertigineuse. On doit revoir la durée des brevets accordés aux entreprises, obliger l'utilisation des médicaments génériques et négocier à la baisse leurs prix comme l'ont fait d'autres provinces. Encore ici des économies sont au rendez-vous.

Enfin, un troisième domaine devant faire l'objet d'un examen attentif: l'informatique. Ici, c'est le capharnaüm. L'explosion des coûts, le dépassement des échéanciers, l'absence de résultats, la prise d'otages du réseau par les fournisseurs sont sans doute tout ce qu'il faut pour tenir une commission d'enquête sur le sujet.

Pendant ce temps-là, on a un ministre qui annonce une réforme structurelle. Les multiples fusions intervenues au cours des dernières années n'ont pas généré d'économies. Elles aident tout au plus à améliorer la continuité des services, leur fluidité et par voie de conséquence leur accessibilité. Par contre, elles drainent les budgets vers la mission médico-hospitalière de l'établissement. Cette dernière aspire comme un aimant les ressources allouées aux programmes sociaux pour les jeunes, les personnes âgées, la santé mentale et elle contribue à médicaliser la réponse à ces besoins. Pourtant, le suicide, la violence, les abus, la toxicomanie, pour ne nommer que ceux-là, sont des problèmes importants qui commandent une expertise multidisciplinaire que l'on retrouve dans le champ de la réadaptation et de l'intervention psychosociale.

Je ne crois pas que c'est dans les structures que l'on peut trouver des gains, mais plutôt dans la gouvernance. Il faut des règles claires d'imputabilité et de responsabilité entre les paliers national, régional et local. Chacun son métier et les vaches seront bien gardées. Il n'y a pas trop de décideurs, il y a trop de décideurs pour la même chose. Faites le ménage dans l'autonomie ou l'indépendance de chacun. Je ne veux pas vous reprocher votre approche autocratique, mais soyez respectueux des réalités des régions. Havre Saint-Pierre, La Tuque, Gaspé sont capables de gérer leur réseau avec intelligence et adaptation sans se retrouver engloutis dans de gros ensembles loin des besoins de leurs concitoyens.

Si vous voulez couper dans les structures, faites le tour des gérants d'estrade. Le vérificateur général, le commissaire à la santé, le protecteur du citoyen, la commission des droits de la personne, le conseil d'agrément, le coroner, la vingtaine d'ordres professionnels, le commissaire aux plaintes, les comités d'usagers, et ceux des résidents, les inspecteurs dans les centres d'hébergement de longue durée et ceux des résidences privées, sans compter les groupes de défense des droits; cela fait pas mal de monde.

En soi, chacune de ces instances ne coûte pas si cher que cela, mais commande des énergies et des dépenses importantes pour le réseau. Je ne veux pas que le réseau puisse se soustraire du contrôle, de la surveillance et de l'évaluation, mais de grâce, monsieur le ministre, faites le ménage là-dedans.

Il est impératif que les Québécois reprennent confiance à leur réseau public avant que le privé continue de le discréditer pour prendre part aux profits.

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