J'aime trop Shawinigan pour ça

La marche de solidarité dans les rues de... (Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste)

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La marche de solidarité dans les rues de Grand-Mère a déplacé, samedi, quelque 2000 participants.

Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste

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Le Nouvelliste

Non, je n'étais pas de la grande manifestation shawiniganaise, à Grand-Mère samedi, pour chanter et scander combien «J'aime Shawi». Je ne fais pas l'amour en public. Pas même pour 20 millions $.

Je ne fais pas l'amour en public, surtout pas avec une Ville qui consacre un million par année à protéger golfeurs et campeurs contre moustiques, maringouins et mouches noires; une Ville qui a englouti et continue de le faire des centaines de milliers de dollars qu'elle n'a pas dans un projet nébuleux de divertissement numérique à la sauce environnementale, projet qui ne lève pas et qui ne génère qu'une succession de promesses irréalistes, projet qui jusqu'à ce jour n'a enrichi que ses seuls promoteurs et qui exigera de ses travailleurs des compétences tout autres que celles de la main-d'oeuvre actuellement en chômage; une Ville qui a injecté des millions, malgré le désaccord exprimé par ses citoyens lors d'un référendum, dans un amphithéâtre au sujet duquel on se pète les bretelles, mais avec lequel on n'a pas fait grand-chose jusqu'à maintenant; une Ville dont les dirigeants, et ceux qui gravitent autour et au-dessus, prennent leurs décisions en ayant en vue, non pas le mieux-être des résidents actuels qui en arrachent, mais celui des visiteurs qui auront la bonté de nous laisser quelques sous en pourboire, chez Valentine ou au Trou du Diable, et celui des nouveaux citoyens fortunés qu'on veut attirer, résidents sans préoccupations locales, qui monopoliseront les rives de notre rivière et paieront des taxes qui ne suffiront même pas à défrayer dans quelques années les coûts de l'étalement urbain que génère leur installation.

La venue de ces visiteurs et de ces nouveaux citoyens que l'on considère presque comme des bienfaiteurs qui n'attendent que notre appel pour venir nous sauver, leur venue, dis-je, entraînera, nous turlute-t-on, la création de centaines d'emplois pour les chômeurs et les assistés sociaux de Shawinigan. Wow! Des emplois saisonniers, précaires et le plus souvent au salaire minimum. Oups!

Non, je ne fais pas l'amour en public avec vous, mes élites, pour un 20 millions $ qui servira à ça. Pour un 20 millions $ administré par des gestionnaires myopes qui disent avoir été pris par surprise par la fermeture de la Laurentide aujourd'hui et par celle de la Belgo hier, fermetures aussi prévisibles que l'était le déclin de l'électrochimie locale il y a des décennies; des gestionnaires qui n'ont pas voulu voir qu'une industrie reprise par des charognards, tout résolus qu'ils s'affichent, est une industrie déjà morte; des gestionnaires qui n'ont pas compris que l'industrie florissante de la démolition à Shawinigan n'est pas un secteur de pointe et que ce sont peut-être les industries émergentes de l'environnement qu'on devrait prospecter plutôt que celles du numérique; des gestionnaires qui ne comprennent pas qu'une grappe environnementale serait probablement susceptible de créer plus d'emplois pour la main-d'oeuvre locale disponible qu'un fumeux Digihub, mais c'est moins glamour.

Non, je n'étais pas de la marche, samedi, pour me rallier aux décideurs locaux. J'aime trop Shawinigan pour cautionner des politiques avec lesquelles je suis en profond désaccord; pour cautionner des politiciens qui croient que la démocratie ne doit pas s'exercer en dehors descourtes périodes électorales; pour cautionner des décideurs qui considèrent que les Shawiniganais sont des Lazare prêts à se mettre à quatre pattes pour ramasserdes miettes tombées de la table d'un banquet auquel on ne les invite pas. Ces miettes, on les appelle des retombées dans la belle langue politicienne. Nous méritons mieux. Nous méritons plus.

Je sais qu'il y a urgence d'agir, et je suis prêt à mettre l'épaule à la roue, mais pas à n'importe quelle roue, et surtout pas à une roue qui continuerait de rouler dans la direction que nos élus et ceux qui les entourent font prendre à notre ville et à ses secteurs «drette dans le mur». J'aime trop Shawinigan pour signer un chèque de 20 millions $ à leur nom comme on me demandait de le faire samedi.

André Hamel

Secteur Grand-Mère

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