La gratuité: un plus pour la Mauricie

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Le Nouvelliste

On devrait profiter de la réflexion en cours sur l'avenir des études supérieures au Québec pour tenter d'y découvrir où se situe l'intérêt de la Mauricie, comme région, dans ce débat. On pendrait alors conscience des avantages que retirerait la Mauricie de l'instauration progressive de la gratuité des études universitaires. Et cela parce la gratuité pourrait amenuiser certains écueils susceptibles de freiner le développement de l'Université du Québec à Trois-Rivières et, par voie de conséquence, le positionnement de la Mauricie en matière de haut savoir et de recherche, deux facteurs déterminants pour le développement économique et social d'une région comme la nôtre.

Rappelons d'abord que, pour la période 2015-16 à 2025-26, le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport prévoit pour l'ensemble des universités québécoises une baisse progressive de l'effectif étudiant de l'ordre de 8,6 %. Soit 20 000 étudiants équivalent temps complet (EETC) de moins, alors que la demande de diplômés universitaires pour combler les besoins actuels et futurs du marché du travail est grandissante. Pas réjouissante en soi, la baisse sera plus marquée en Mauricie puisque pour l'UQTR, la contraction prévue grimpe à 13,5 %. Une perte nette de 1200 étudiants universitaires (EETC) pour la Mauricie.

L'instauration de la gratuité universitaire pourrait peut-être permettre d'éviter cette décroissance. En effet, l'économiste Pierre Fortin, qui n'est pas particulièrement un adepte de la gratuité, estime que celle-ci entraînerait l'arrivée de 20 000 à 27 000 étudiants additionnels. Soit l'équivalent ou encore un peu plus des pertes anticipées de clientèle universitaire. Sans être une garantie de stabilité de clientèle, cette clientèle additionnelle ne peut qu'amoindrir l'impact des baisses prévues. Une baisse bien mal venue alors qu'il y a nécessité d'accroître le nombre de diplômés pour maintenir et améliorer la compétitivité du Québec, mais aussi celle de la Mauricie où s'opère une reconversion économique de longue durée.

D'autre part, en raison de la composition de sa clientèle étudiante, l'UQTR pourrait être plus vulnérable à une hausse des frais de scolarité que ne le sont les universités de la métropole. En effet l'UQTR, comme l'ensemble des universités régionales, recrute un fort pourcentage d'étudiants de première génération, c'est-à-dire des étudiants provenant de familles dont aucun des deux parents n'a fait d'études universitaires. En 2011, ces étudiants constituaient 62 % de la clientèle de l'UQTR.

Or, les études démontrent clairement qu'il est plus difficile, pour les universités, de recruter chez ces familles. D'abord parce celles-ci sont habituellement moins fortunées que les familles dont un ou les deux parents sont diplômés universitaires. Ensuite, parce qu'au sein de ces familles, on aurait tendance à surestimer les coûts de la formation universitaire versus les bénéfices à en tirer. Le maintien des frais de scolarité, indexés ou pas, ne peut qu'ancrer à cette perception et nuire aux efforts de recrutement de notre université régionale en plus de nuire à la mobilité sociale des familles moins nanties.

Nous n'aurions pas collectivement les moyens d'atteindre la gratuité? À Québec solidaire nous sommes convaincus du contraire. En demandant un effort aux sociétés financières par la réintroduction de la taxe sur le capital qu'elles versaient jadis et, en appliquant de nouveau la défunte taxe sur les gains en capital et en dividendes, c'est près d'un milliard de dollars additionnels que récupérerait le Trésor public. Ce revenu additionnel récurrent nous donnerait collectivement les moyens de la gratuité scolaire. Ce choix en est un de volonté politique comme le soutenait d'ailleurs, tout récemment, l'ex-premier ministre Jacques Parizeau.

En plus de permettre une meilleure équité à l'endroit des régions, la gratuité des études supérieures constitue, faut-il le rappeler, un formidable levier de développement économique et social permettant au Québec de progresser au plan de la justice sociale.

Jean-Claude Landry

Co-porte-parole Québec solidaire Mauricie

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