Être autochtone au Québec

Solidaires, les autochtones ne se plaignent pas pour...

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Solidaires, les autochtones ne se plaignent pas pour rien.

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Le Nouvelliste

En réaction à la lettre de Louise Cloutier «Le Québec traite très bien ses autochtones» publiée le 18 janvier.

En tant que non-autochtone, j'ai été frappé par la charge contre les autochtones dans la missive de madame Cloutier. À la lire, les Amérindiens du Québec sont des «privilégiés spécialistes» en manipulation de la population et devraient être «reconnaissants» envers nous pour avoir su les préserver contre la pauvreté.

Sincèrement, madame Cloutier devrait simplement faire une petite recherche de 10 minutes sur Internet où il est clairement indiqué qu'un autochtone gagne moins en moyenne qu'un non-autochtone (un écart de 10,6 % au Canada et de 7 % au Québec). De plus, faut-il rappeler les nombreux enjeux sociaux auxquels la très grande majorité de la population autochtone doit faire face comme les problèmes de logement (insuffisance d'habitations et délabrement), le taux de suicide effarant, la pauvreté, la toxicomanie, la perte de l'identité culturelle, etc.? Bref, les autochtones sont-ils à ce point choyés?

La loi sur les Indiens, hautement estimée par madame Cloutier, serait, bizarrement, pas aussi appréciée par les autochtones... Est-ce le fait que la loi les considère comme des mineurs? Est-ce le fait que la loi régit la question de leur territoire, qui, ô surprise!, a été grugé avec les années? Est-ce le fait que cette loi a amené plus d'inconvénients que d'avantages aux autochtones à travers les années dans les sphères de leur vie (culture, territoire, richesse, identité, etc.)? Est-ce le fait que c'est une loi qui évacue toute compréhension de la culture autochtone et qui traite sa population comme des citoyens spéciaux? Tout ce que j'ai mentionné est facilement vérifiable en s'informant un minimum et en échangeant avec les autochtones.

Ayant tenté de se faire entendre à maintes reprises depuis des années, force est de constater qu'avec le projet de loi C-45 (retrait de la protection gouvernementale fédérale de plus de 99 % des lacs et rivières, permettre de vendre plus facilement de rares terres autochtones, etc.) du gouvernement conservateur, il était clair que leur message ne passait plus auprès des autorités fédérales. C'est pourquoi le mouvement Idle No More a joint à la vitesse de l'éclair la population autochtone canadienne, ainsi que les non-autochtones.

Dans sa lettre, madame Cloutier mentionne que les nations autochtones du Québec sont mieux traitées que d'autres au Canada. Si c'était réellement le cas, cela n'empêche que les Indiens peuvent être solidaires de leurs confrères, car tous sont assujettis à la Loi sur les Indiens et confrontés aux mêmes conséquences de la loi C-45. J'ajouterais même que nous devons être solidaires de leur combat, sachant que certains pans de la loi C-45 vont toucher toute la population (exemple: la protection des lacs et rivières).

La question autochtone en est une infiniment plus complexe que voudrait le faire croire madame Cloutier. Parler de droits territoriaux, de gouvernance autochtone à 100 %, de développement économique tout en respectant l'identité d'une nation (n'oublions pas qu'elles ont des histoires différentes et des besoins différents), des richesses naturelles qui font saliver particulièrement les blancs, etc. demande plus qu'une lettre ouverte.... Mais une chose est sûre: la question autochtone n'a pas besoin d'une lecture révisionniste d'une historienne (telle que madame Cloutier), comme certains le font avec le traitement réservé aux juifs lors de la Deuxième Guerre mondiale. Il faut simplement un dialogue franc et, surtout, une écoute sincère, car les autochtones se souviennent...

Jean-Philippe Tremblay

Montréal

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