Une réforme empoisonnée

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Le Nouvelliste

L'auteure, Catherine Gendron, est la directrice générale du Mouvement Action-Chômage de Trois-Rivières.

La réforme de l'assurance emploi est maintenant en vigueur. Elle crée trois catégories de chômeurs à partir de la fréquence de leurs recours passés au programme. Selon leur catégorie, les chômeurs disposeront d'une période plus ou moins longue pour se trouver un emploi. Après cette période, ils seront contraints d'accepter un emploi de 70 % à 90 % de leur salaire de référence et ce travail peut se trouver à une heure de route de la résidence du prestataire. Ces mesures sont inadmissibles.

Les travailleurs à statut précaire, les travailleurs saisonniers ou de la construction seront fortement touchés par cette réforme. Les travailleurs saisonniers n'ont pas choisi que leur travail soit de ce type. C'est la nature même du travail qui est saisonnier. Ces travailleurs préféreraient de loin avoir un emploi à l'année et ne pas avoir recours au chômage. Mais dans notre pays, avec son climat, c'est ainsi. Avez-vous déjà vu quelqu'un ramasser des fraises en plein mois de janvier? Les employeurs aussi sont très inquiets des répercussions sur leur main-d'oeuvre.

Les travailleuses et travailleurs, principalement celles et ceux de l'industrie saisonnière et de la construction, sont très inquiets du sort que leur réserve le gouvernement. L'ensemble des annonces faites par le gouvernement Harper sont illogiques, mais respectent bien une ligne de pensée: il faut restreindre le plus possible le choix de trouver un emploi qui nous convient réellement.

Dans un premier temps, le prestataire devra accepter n'importe quel emploi pour survivre. Dans un deuxième temps, le gouvernement a décidé de revoir complètement le processus de contestation d'une décision pour le déshumaniser et le rendre moins accessible. Une fois de plus, le droit des prestataires est bafoué, car si les conditions de vie d'une personne recevant de l'assurance emploi sont loin d'être faciles, cette même personne vivra encore plus de difficultés si elle doit contester une décision reliée à ses droits de recevoir des prestations.

Dans la même vague, rappelons que certains prestataires peuvent retourner sous l'ancien projet-pilote pour la rémunération admissible en cours de période de prestation (il permettait de gagner le plus élevé des montants suivants sans que vos prestations de chômage en soient affectées: 75 $ ou 40 % du montant de vos prestations hebdomadaires brutes).

Depuis le 5 août dernier, ce projet a été remplacé par un autre projet-pilote qui permet de conserver 50 % de vos revenus de travail pour chaque dollar gagné, jusqu'à 90 % de vos gains assurables hebdomadaires utilisés aux fins du calcul de vos prestations d'assurance emploi. Si les prestataires gagnent un montant supérieur, les gains supplémentaires seront déduits intégralement des prestations afin d'éviter que la somme des gains et des prestations soit supérieure aux gains utilisés aux fins du calcul des prestations. Ce projet sera en vigueur jusqu'au 1er août 2015.

Donc, depuis le 6 janvier 2013, le prestataire qui a travaillé entre le 7 août 2011 et le 4 août 2012 et qui a reçu des prestations pourra choisir de demeurer sous le projet-pilote actuel ou retourner sous l'ancien projet-pilote. Il devra demander à Service Canada de retourner sous l'ancien projet-pilote dans les 30 jours suivant le 6 janvier 2013. Si vous désirez vous prévaloir de ce droit, c'est votre seule chance! Ne la manquez pas, car après, il sera trop tard et vous devrez faire avec le nouveau projet-pilote.

Ce choix ne pouvant être modifié au cours d'une même période de prestations, vous devrez refaire une demande à chaque période où vous désirez recevoir des prestations, si vous voulez demeurer sous l'ancien projet jusqu'en 2015.

À l'heure actuelle, nous ne savons pas quel sera le mécanisme pour effectuer cette demande. Alors n'hésitez pas à communiquer avec Service Canada pour connaître la procédure. N'attendez pas de recevoir une communication de leur part sur le sujet, car il pourrait être trop tard pour que vous puissiez faire un choix. Vous devez vous informer et faire le meilleur choix possible pour vous!

Avec l'annonce de ces mesures, il nous apparaît très clairement que le gouvernement Harper poursuit volontairement le saccage du régime d'assurance emploi et tente d'appauvrir la population. Le gouvernement fédéral ne contribue plus du tout à la caisse de l'assurance emploi depuis 1992. Nous sommes donc en droit de nous questionner sur sa légitimité de modifier unilatéralement le régime.

Les impacts de ces mesures sont catastrophiques pour les prestataires et leurs familles de même que pour l'ensemble de la société. Le régime d'assurance emploi doit être une réelle protection en cas de perte d'emploi. Il ne saurait être question de transformer ce droit en privilège ou en cadeau.

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