La mort annoncée de nos cliniques de santé

Le docteur Guillaume Langlois... (Photo: Stéphane Lessard)

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Le docteur Guillaume Langlois

Photo: Stéphane Lessard

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Le Nouvelliste

L'auteur, Guillaume Langlois, est médecin à Bécancour.

J'ai visité de nombreuses cliniques médicales dans la dernière année. GMF, COOP, OSBL, dans des villes ou des villages. Peu importe le mode de fonctionnement, elles ont toutes un point commun: ces cliniques sont toutes tenues à bout de bras par un médecin responsable, généralement entre 50 et 60 ans, dévoué, qui ne compte pas ses heures en gestion et en administration. Souvent, il a la chance d'avoir une prime salariale en tant que responsable GMF... mais pas toujours.

Le responsable multiplie les réunions, les rencontres, les négociations avec le gouvernement en vue d'avoir davantage d'aide et de ressources. Il est toujours le premier à se porter volontaire pour les gardes du soir ou de fins de semaine, il est toujours le premier à se sacrifier pour prendre les appels dans la période des Fêtes ou dans les moments défavorables.

Ce responsable, homme ou femme de coeur, est toujours le premier à participer aux événements de recrutement, à rencontrer les étudiants en médecine, leur faire visiter leur clinique, répondre à leurs questions, n'hésitant pas à annuler des événements importants, des sorties familiales, lorsqu'il a la possibilité, même si ça sent le mirage à plein nez, de trouver un collègue qui pourrait aider la clinique à mieux se positionner, à offrir davantage de services aux patients.

Lorsque surviennent des conflits de travail, des problèmes administratifs divers, il est toujours là, fidèle au poste, et éteint tous les feux, sans calculer ses heures, sans ne rien demander à personne.

Dans toutes ces cliniques, j'ai remarqué que les jeunes médecins, les recrues, étaient généralement peu impliquées dans toute cette gestion. Ils n'en ont souvent même pas conscience! Mais qu'arrivera-t-il dans 5 ou 10 ans?

Qu'arrivera-t-il lorsque ces responsables de cliniques dévoués prendront leur retraite? Qui portera le flambeau? Qui prendra la relève? Qui se sacrifiera pour convaincre les autres médecins de rester dans leurs bureaux? Qui aura, d'ailleurs, les qualités requises pour surmonter les obstacles?

Les étudiants en médecine n'ont aucun cours de gestion pendant leur formation. Aucun cours sur la CSST, sur la comptabilité, la gestion d'employés, les ressources humaines, les négociations syndicales, etc. Est-ce que les médecins ont la prétention de pouvoir gérer des cliniques médicales, partout au Québec, sans aucun cours de base en administration?

Qu'arrivera-t-il dans dix ans? Qui prendra la relève? Je crois qu'il est temps de réfléchir sérieusement à la question. Personne n'est éternel. Mêmes les médecins les plus dévoués, malheureusement, un jour, devront cesser leurs activités. Que ferons-nous alors? Vers qui nous tournerons nous?

Déjà que la gestion au Québec est un véritable casse-tête pour nos PME, si on y ajoute l'incroyable complexité du réseau de la santé, on se retrouvera avec un joyeux problème. Nos jeunes médecins n'auront jamais les connaissances pour relever le défi.

D'ailleurs, pendant les entrevues en médecine, nous ne choisissons pas les futurs médecins pour leurs intérêts en administration, en gestion des ressources humaines. Nous les choisissons afin qu'ils deviennent de bons médecins, qu'ils fassent de bons diagnostics et établissent les meilleurs plans d'investigation et de traitement.

Nous ne leur demandons pas s'ils ont hâte de connaître tous les détails d'un système de comptabilité, de se démêler avec les paies des employés, les horaires, les cas de CSST, les absences, les nombreux règlements régissant les infirmières, les infirmières spécialisées, les autres membres du personnel, les assurances, etc.

Dans toutes ces cliniques, personne ne semble vouloir prendre la relève, en tout cas. Que ferons-nous alors? Nous tournerons-nous tous vers les Unités de médecine familiale, les CLSC et les hôpitaux?

Est-ce que toutes nos cliniques fermeront les unes après les autres? Quelles solutions pourrions-nous proposer pour éviter la catastrophe? Comment éviter la mort annoncée de nos cliniques de santé?

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