ABI: l'heure est au bon jugement

Le suspense perdure à l'Aluminerie de Bécancour.... (Photo: Ève Guillemette)

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Le suspense perdure à l'Aluminerie de Bécancour.

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Le Nouvelliste

Née de la structure industrielle de Pittsburg au XIXe siècle, le groupe ALCOA possède un «siège social» canadien à Montréal. ALCOA se développe maintenant dans un contexte mondialisé où la Chine devient de plus en plus un acteur modélisant. Le temps des années 70 où le Québec produisait environ 40 % de la production mondiale d'aluminium est révolu. Sa production annuelle d'aluminium, autour de 3,5 millions de tonnes, représente moins de 4 % de la production mondiale.

De puissants joueurs ont sauté sur la patinoire de l'aluminium depuis une trentaine d'années. Outre la Chine précitée, mentionnons les États-Unis ou la Russie avec respectivement 16 et 12 alumineries. Les pays des économies émergentes surgissent, comme le Brésil ou l'Inde avec sept alumineries chacun. Or, rien dans les habitudes de travail des citoyens indiens, brésiliens ou russes n'est susceptible de contribuer à une amélioration des conditions de travail dans nos alumineries.

Quels sont les souhaits d'ALCOA dans cette négociation?

1- Une certaine réorganisation partielle des horaires de la maintenance afin d'augmenter le temps de présence à l'usine; d'où le principe d'expérimenter la semaine comprimée.

2- La réduction du plancher d'emplois, en comptant sur les départs d'effectifs, allant jusqu'à une soixantaine de postes.

3- L'offre de temps supplémentaire en priorité aux travailleurs sur place, avant la fin de leur quart, afin de réduire les rappels au travail.

4- Une dotation plus stable du personnel à l'interne faisant en sorte que le salarié qui obtient un poste l'exécute pendant une période minimale de temps, par exemple, 12 mois.

5- Une stabilisation ou une réduction de la facture patronale liée au régime de retraite.

6- Au plan salarial, une limitation de l'indexation des salaires. S'ajoute une intention de réduction du coût des congés et des bonis de production.

Les employés ont dit non à l'offre patronale. D'ores et déjà, des moyens de pression non traditionnels ont été pratiqués par des travailleurs. La tenue d'une réunion syndicale sur le site de travail, certains retards dans l'exécution de coulées ou une balade avec des équipements industriels motorisés sur le terrain de l'employeur. Tout cela est assez bien documenté dans la décision du commissaire Raymond Gagnon de la Commission des relations du travail, rendue à Trois-Rivières le 21 novembre.

Le secteur métallurgique québécois compte approximativement 28 000 travailleurs. Environ 40 % d'entre eux évoluent dans des alumineries. Ils y perçoivent un salaire variant entre 30 $ et 45 $ l'heure dépendant des alumineries et de l'emploi exercé. Avec un salaire moyen annuel d'environ 75 000 $, excluant le temps supplémentaire, on peut comprendre leur choix de protéger au mieux leurs acquis et, si nécessaire, les défendre becs et ongles. Mais l'enjeu est complexe. Employeur et travailleurs peuvent être victimes l'un et l'autre de forces sur lesquelles ils ne peuvent exercer aucun contrôle; comme la valeur du prix de l'aluminium mis en cause par la magistrale production asiatique ou la montée du coût de l'énergie hydroélectrique qui peut représenter aisément 40 % de la facture de production.

Les parties ont un intérêt mutuel à privilégier la voie du dialogue social en cherchant à éviter une cassure comme une grève ou un lock-out, car les investissements d'ALCOA au Québec sont trop importants et ses usines trop belles pour fermer boutique aisément. En outre, aucun travailleur sérieux ne souhaite utiliser la grève d'une manière frivole. Malgré cela, bien des choses ne peuvent plus être acquises d'emblée et l'exercice d'un bon jugement n'aura jamais été autant nécessaire que maintenant.

Compte tenu des enjeux et des forces externes identifiables, une culture de dialogue s'impose à la table de négociation tant chez les représentants des travailleurs que de l'employeur. C'est là qu'une négociation par résolution de problèmes peut s'avérer particulièrement utile.

L'auteur, Jean-Claude Bernatchez, est professeur titulaire en Relations industrielles à l'UQTR.

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