Fresques et frasques sur la côte Plouffe

La fresque de la côte Plouffe: ouvrage coûteux... (Photo: Stéphane Lessard)

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La fresque de la côte Plouffe: ouvrage coûteux et discutable.

Photo: Stéphane Lessard

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Lévis Martin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Un titre ambigu. Mais il s'éclaire si l'on pense à la fresque de Trois-Rivières... et à ses frasques. Sur tant d'erreurs, illuminées, de cette saga, qu'il faisait bon, dans Le Nouvelliste, de lire les articles de Martin Francoeur pour les données chiffrées, et de François Houde dans une chronique au titre fort bien venu de Champ libre.

D'une part, apprendre qu'il nous en coûte déjà plus d'un demi million, 600 000 $ (éclairage 100 000 $ " îlot piétonnier, 200 000 $ " murale et 300 000 $); d'autre part, être les spectateurs ébahis de la réalisation chez nous, d'erreur en erreur, de «la plus longue murale au Canada» dans la côte à deux fesses...

D'abord, le mot fresque, de l'italien a fresco, selon les dictionnaires Larousse et Dixel du Robert, serait ici abusif, le terme désignant plutôt la façon de peindre «sur mortier à frais appliqué sur un mur», et pratiquée à une certaine époque en Europe. Secundo, était-ce bien le meilleur endroit pour raconter l'histoire de Trois-Rivières? Si, au moins, le lieu choisi avait été une place reconnue pour attirer et retenir déjà le public local et touristique.

Dans la côte Plouffe, rien ne si prêtait vraiment. Certes, configuration singulière de double embranchement conférant de loin un certain attrait, et contournant des attributs géomorphologiques drôlement remarquables..., mais artère de circulation automobile avant tout. Comment en faire un point de rassemblement possible?

Sur la large muraille formant bordure à la fourche, prétendre y faire peindre le développement d'un scénario était une idée saugrenue. Qu'on ait confié le contrat à une entreprise extérieure l'était tout autant. Et venir nous servir une bande dessinée, façon réplique agrandie aux relents scolaires des années 50, terne, banale: navrant constat. On aurait dû interrompre l'exécution en cours.

Un projet d'oeuvre murale, à l'extérieur de surcroît, n'est pas le simple agrandissement d'une peinture de chevalet. En rapport avec l'environnement, il faut tenir compte de l'architecture du paysage, de contraintes urbanistiques et autres.

Ainsi, si l'oeuvre exposée ne peut être admirée qu'à distance - offerte aux regards furtifs de spectateurs de véhicules en transits sans droit d'arrêt ou stationnements possibles -, il y a lieu de satisfaire plutôt une vision globale rapide, immédiate. Pour ce, certainement pas avec composition de détails ou accumulation d'éléments disparates. Pour des sujets figuratifs, un seul de préférence.

Par exemple, selon les dimensions du mur en cause sur côte Plouffe, l'apparition peinte d'un impressionnant harfang des neiges, emblème du Québec, dont l'envergure des ailes remplirait l'espace, laisserait un inoubliable souvenir. Ou, plus fantaisiste, la tension d'une longue et très large ceinture de cuir avec ganses, boucle de métal, semblant vouloir soutenir le ventre débordant de la colline...

Quant à l'illusion en trompe-l'oeil à quoi certains muralistes aiment s'adonner, ils doivent la suggérer dans le contexte de l'environnement immédiat. Pour le cas présent, imaginer, par exemple, au centre du mur, un prolongement de la côte qui s'enfoncerait tel un tunnel sous la colline. Plus sobrement, au contraire, plaquer en surface un décor bidimensionnel aux motifs abstraits. D'ailleurs, sur la peinture murale actuelle, il serait tentant de recourir à semblable solution comme correctif de remplacement...

Comparons la situation avec quelqu'un qui, fêtant un anniversaire, et recevant des amis chez lui, voit qu'un des invités, déballant son cadeau, tout fier et sans vergogne, s'empresse d'aller accrocher au mur du salon ce qui, en fait, est le superbe encadrement d'une peinture qui, elle, s'avère un chromo des plus quétaines. Que faire?

Voilà! Faut-il, sur la côte à deux fesses, continuer à multiplier les interventions chirurgicales esthétiques de rattrapage qui nous coûtent déjà, excusez-la, la peau des fesses?

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