Le chat sort du sac

Quelques milliers de personnes se sont réunies dimanche... (Photo: Émilie O'Connor)

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Quelques milliers de personnes se sont réunies dimanche pour demander le maintien des activités à la centrale Gentilly-2.

Photo: Émilie O'Connor

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Le Nouvelliste

Nous, résidants de la Mauricie, avons été secoués par l'annonce de la fermeture de Gentilly-2. À juste raison d'ailleurs, considérant l'impact économique très important de cette centrale nucléaire dans notre milieu.

Toute une levée régionale de boucliers pour réclamer la réfection de la centrale (presqu'à tout prix, dirais-je!). Nos élus politiques, provinciaux comme municipaux, ne se sont pas gênés pour monter aux barricades, on aura même suggéré de renverser le gouvernement (le maire de Trois-Rivières), tout comme les différents corps économiques de la région (chambres de commerce), ne se sont pas gênés non plus pour en appeler à une vaste mobilisation contre la fermeture de la centrale, prétextant avoir (selon Jean-Denis Girard de la Chambre de commerce de la région immédiate), de nouvelles données qui laisseraient croire que la position du nouveau gouvernement «ne tenait pas la route». Même Jean-Marc Beaudoin parlait de «décision abrupte et improvisée» dans une récente chronique parue dans Le Nouvelliste.

Considérons que cette mobilisation est de bonne guerre et tant mieux si ça peut favoriser la participation citoyenne. Mais ces «nouvelles données», quelles étaient-elles réellement? On ne l'aura jamais su.

Mais voilà qu'Hydro-Québec vient de recommander au nouveau gouvernement de fermer Gentilly-2, considérant le coût astronomique de la réfection, 4,3 milliards $ en date d'aujourd'hui, en regard des besoins réels d'énergie du Québec, (sans compter le déficit opérationnel de 208 millions $/an), considérant que Gentilly-2 ne contribue qu'à raison de 2 % ou 3 % de la demande réelle, considérant également qu'il serait fort possible de combler ce besoin à moindre coût en diversifiant nos sources d'énergie.

De deux choses l'une: ou bien Hydro-Québec connaissait parfaitement bien le contenu de son rapport, mais hésitait à le rendre public en pleine campagne électorale (pour ne pas nuire au gouvernement), ou bien le gouvernement précédent connaissait très bien également la position d'Hydro-Québec, mais préférait laisser au nouveau gouvernement le soin de se débattre avec tout ça. Personne ne viendra me faire croire qu'un enjeu de 4,3 mil-liards $ n'était pas connu avant le 4 septembre, et qu'on aurait rédigé ce rapport en trois semaines à peine.

Alors, monsieur Beaudoin, quand vous parlez de décision «abrupte et improvisée», je vous invite à vous garder une petite gêne parce qu'il est inconcevable de penser qu'une telle décision d'un tel impact ait pu se prendre en une semaine à peine! Je vous suggère de penser que le gouvernement précédent et le gouvernement actuel étaient parfaitement au courant de la recommandation d'Hydro-Québec, mais que pour des fins électoralistes, on aura préféré taire. Je demeure persuadé que la décision aurait été la même, peu importe le gouvernement élu.

On peut bien accuser le nouveau gouvernement de tous les maux à cet égard, mais il aura eu au moins le mérite de mettre les choses au clair, de les communiquer sans délai au lieu de tergiverser et de prévoir aussi une certaine forme de compensation pour la région. Ce fonds régional de 200 millions $ a été critiqué sévèrement, peut-être à juste raison, quand on connaît l'heureuse ou malheureuse expérience vécue avec le Fonds Laprade. Mais mauvaise expérience ne veut pas dire qu'elle pourrait se répéter à nouveau.

Et pour ne pas qu'elle se répète, j'inviterais le nouveau gouvernement, nos élus municipaux et nos divers intervenants économiques régionaux, à prendre charge de cette opportunité et d'en faire une véritable source de projets structurants, durables et créateurs d'emplois de bonne qualité.

J'inviterais également tous nos intervenants régionaux à passer à une autre étape de leur implication dans le développement économique, à prendre acte d'une décision nécessaire et parfaitement justifiable, ne serait-ce que sur le plan économique, et à continuer la mobilisation de façon à s'assurer que nous saurons rendre efficiente et efficace cette opportunité qui nous est offerte avec la création de ce nouveau fonds régional. Chiquer sa guenille, déblatérer contre cette décision ne nous mènera à rien. La décision est prise, irrévocable, justifiée aussi par la recommandation d'Hydro-Québec.

Je ne traite pas de l'aspect environnemental du projet de réfection. Je laisse aux experts le soin d'en débattre, mais je voudrais simplement souligner que nous sommes maintenant pris avec 2,5 tonnes de déchets nucléaires hautement radioactifs pour 100 000 ans, même si on nous dit que ces déchets sont conservés dans des piscines hautement sécuritaires. En rajouter l'équivalent dans un contexte mondial où l'ensemble des pays occidentaux tendent à se départir du nucléaire, m'apparaît aberrant; et dans un contexte de non-rentabilité par surcroît.

Paul Proulx

Trois-Rivières

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