Je me considère chanceux, car j'ai pu être traité après «seulement» neuf heures d'attente! Chanceux parce que la petite fille qui était à côté de moi a dû patienter 11 heures malgré son pied cassé et des douleurs qui semblaient aussi pénibles que les miennes.
Chanceux aussi de m'être blessé assez gravement, car la moyenne d'heures d'attente est d'un peu plus de 19 heures à l'hôpital Sainte-Marie! Il n'y a pas qu'à Trois-Rivières que la population doive endurer des souffrances insupportables, car la moyenne d'attente québécoise est de 17 heures.
Étonnamment, elle n'est que de huit heures en Ontario. Desservir la population aussi mal est déjà scandaleux, mais c'est encore plus grave quand on sait que ces attentes sont la cause de mortalités importantes. En effet, une étude menée en Ontario sur plusieurs années a démontré que la vie de 819 personnes aurait pu être sauvée si le délai d'attente avait été réduit de seulement une heure. N'y a-t-il pas lieu de s'inquiéter quand on sait que le temps d'attente à Trois-Rivières est de presque deux fois et demie celui de l'Ontario?
Déçu par l'incapacité du Parti québécois et du Parti libéral à régler le problème des urgences depuis plus de 40 ans, je suis allé lire le programme de la CAQ. Je n'y ai rien trouvé de différent par rapport aux vieux partis. Comme monsieur Charest en 2003, la CAQ promet de régler ce problème en quelques mois. Quant à savoir comment, «on verra»...
Je suis allé voir ce que les programmes de Québec solidaire et d'Option nationale avaient à offrir. Ils proposent entre autres de revoir le mode de paiement du personnel médical. Ce qui est souhaitable, car tout le monde sait que de traiter les patients à la carte amène les médecins à travailler un nombre d'heures inhumain et à faire malheureusement des erreurs quant à elles bien humaines.
Pire, certains médecins seraient parfois tentés de choisir des traitements moins appropriés... mais plus payants. De plus, le paiement à l'acte pousse les médecins à voir le plus de «clients» possible dans le moins de temps possible. Le client devra être quant à lui très «patient» car seulement une personne sur deux dans la région a la chance de bénéficier de ce service qui devrait pourtant être public.
Cette révision est d'autant plus intéressante qu'elle permettrait possiblement de doubler le nombre de médecins, diminuant ainsi l'épuisement professionnel qui atteint près de 46 %. Il est important de savoir qu'en Europe la majorité des pays disposent de plus de quatre médecins par 1000 habitants alors qu'au Québec nous en avons seulement 2,35, ce qui est nettement insuffisant. La formation de médecins à l'UQTR pourrait tripler.
Québec solidaire va plus loin en proposant de renforcer le rôle des CLSC, de développer les centres d'hébergement libérant ainsi les lits d'hôpitaux, de donner un rôle accru au pharmacien, de former plus de super-infirmières. Ces mesures qui font partie d'un programme plus large auraient un impact sur les heures d'attente en salle d'urgence et sauveraient des vies.
Si ces mesures avaient été en place, peut-être l'un de mes frères n'aurait pas eu à souffrir d'une hémorragie interne pendant des mois sans avoir les soins appropriés, et l'autre ne serait peut-être pas mort d'un cancer qui, sans les attentes, aurait pu être opéré à temps. Peut-être que le médecin de ma mère ne lui aurait pas annoncé du bout du corridor sur la civière où elle attendait d'être traitée comme les autres patients, qu'elle avait un cancer qui l'a emportée... Peut-être que ma belle-soeur, qui espère toujours anxieusement une importante opération au poumon depuis neuf mois, aurait déjà été opérée...
Oui, on peut mourir au Québec de trop attendre pour des soins comme l'a démontré l'étude faite en Ontario. Il faudrait peut-être prendre le risque d'un véritable changement aux élections du 4 septembre, comme le propose Québec solidaire.
Pierre Lavergne
Trois-Rivières