Qui est donc Djemila Benhabib, candidate péquiste, figure toute nouvelle? Tout le monde en a parlé comme d'une femme agréable, intelligente, de conviction, honnête. Plusieurs s'interrogent sur sa forme d'engagement, sur ses convictions religieuses et sa position dans le débat sur la laïcité. Curiosité bien légitime car une députée représente son milieu. La lecture de son livre nous éclaire.
Djemila a grandi dans une famille universitaire; son père enseignait la physique, à l'Université d'Oran, tandis que sa mère, les mathématiques. Elle admira son père, à juste titre, communiste très engagé contre l'islamisme politique, au risque de sa vie.
On s'étonne qu'il ne fut pas assassiné par les agents du FIS, parti politique religieux. C'est à son exemple que la jeune Djemila développa un besoin impérieux de s'engager pour les grandes causes. D'ailleurs, à 24 ans, elle dut s'exiler en France. Son engagement n'avait rien de livresque. Les violentes émeutes d'Alger en 1988 (600 morts, autant de disparus), les manifestations étudiantes et autres pendant la décennie noire (1984-1994), voilà des événements qui l'ont marquée.
Les années n'ont pas dû refroidir l'engagement social de Djemila, engagement teinté d'indignation devant toute injustice et toute contrainte.
Et sa religion? Enfant, adolescente, jeune femme jusqu'à 24 ans, la seule expérience religieuse de Djemila Benhabib fut celle de l'intégrisme islamique: école coranique où l'enfant ânonne des versets du Coran, le port du voile sur la rue, femme au foyer soumise à l'autorité du père et des frères, autorité indiscutable de l'imam, priorité de la loi islamiste (la charia) sur la loi civile. Tout cela au nom de Dieu! Comment s'étonner qu'elle fut très tôt allergique à la religion? Dans son livre, elle tire à boulets rouges sur la religion islamiste intégriste. Elle n'y fait pas l'apologie de la religion musulmane, disons modérée, de la majorité des fidèles d'Allah, à la foi authentique.
Et que dire de la laïcité de madame Benhabib? En toute logique avec son idée sur la religion, elle est pour une laïcité absolue. Elle taxe de naïveté toute laïcité ouverte. «L'Église chez elle, l'État chez lui», disait Victor Hugo qui n'était pas chanoine. Selon Djemila Benhabib, tout accommodement raisonnable est dangereux. Si l'on entrouvre la porte, le grand danger, selon elle, est: «Ramener progressivement l'Église à reprendre du service au coeur de notre société». Quelle catastrophe!
Faut-il taxer de fermeture et de xénophobie quiconque manifeste une certaine réserve à l'égard de la candidature de madame Benhabib? Qui tiendrait rigueur à de très nombreux Trifluviens de ne pas partager les mêmes valeurs incarnées par Djemila Benhabib? Une députée doit représenter la mentalité de l'ensemble, non être à contre-courant.
Jean Panneton
Prêtre
Trois-Rivières