Le droit d'exercer le pouvoir à sa convenance...

Les manifestations étudiantes n'ont pas fini de faire... (Photo: La Presse)

Agrandir

Les manifestations étudiantes n'ont pas fini de faire du bruit.

Photo: La Presse

Le Nouvelliste

M. Charest était-il libre de ne pas s'attabler avec les étudiants, de ne pas négocier avec des étudiants qui ne voulaient pas négocier, mais imposer leur volonté? Devait-il adopter le style, se plier aux supplications, aux attendrissements maternels de Mmes Marois et Malavoy et de leur parti, et porter, comme elles, le carré rouge, en un mot épouser leur cause?

Un premier ministre est libre d'exercer le pouvoir comme il le juge bon, de déléguer à son ministre de l'Éducation la responsabilité de le représenter, en autant qu'il en assume les conséquences devant l'électorat.

Le dialogue est la façon habituelle de régler un différend entre des égaux, ou des pairs. Y a-t-il eu ou non tentative de dialoguer de la part du pouvoir en place? Les étudiants ont-ils eu la possibilité d'affirmer leur refus de négocier? Au nom de quel principe, de quelle loi, M. Charest devait-il s'agenouiller, leur dire qu'il leur cédait le pouvoir?

Le silence, entre des égaux, ou des pairs qui dialoguent, peut créer des dissensions, des adversaires, mais entre un chef de gouvernement et un groupe de citoyens, ce dernier, ou son représentant, a le droit de se présenter à la table debout, face à des ennemis qui se présentent et négocient comme des ennemis.

Si, un jour, un autre parti détient le pouvoir, il décidera de son attitude avec les groupes ou associations qui réclameront ou exigeront des droits, ou des accommodements.

M. Charest est-il coupable de s'être comporté en chef d'État? Bien malin qui pourrait le poursuivre ou le condamner pour un tel crime. Le budget était voté, la hausse des frais de scolarité discutée, analysée et décidée, les ministres de l'Éducation avaient la responsabilité de négocier le tout, ce qu'elles ont fait.

Comme le parti au pouvoir, les étudiants avaient décidé à l'avance leur position, avaient reçu un mandat de leurs membres: ils n'accepteraient aucune hausse, exigeraient le gel, sinon la gratuité, ils prendraient les moyens pour l'imposer, et n'accepteraient rien de moins. Les concessions ne vinrent que d'en haut...

Les étudiants avaient oublié qu'ils n'avaient pas le denier mot, et qu'ils ne pouvaient pas l'avoir. Élus par leurs membres, ils ne détenaient que le mandat de leur association et encore... Comme les intellectuels, les financiers, les syndicats, les personnes âgées, les artistes, les assistés sociaux, les féministes, les minorités culturelles... ils n'avaient pas et ne pouvaient pas avoir le denier mot, à moins de l'imposer par la force ou le chantage. Élu démocratiquement, le gouvernement détenait l'autorité de s'imposer. Il avait l'obligation, était responsable de veiller au bien commun, d'administrer les deniers publics pour le bien de tous.

Que les associations étudiantes voulaient agenouiller le gouvernement, c'était évident, qu'elles parlaient d'une même voix, qui le prétendrait? Que la CLASSE, plus radicale, avait une conception à elle de la démocratie au sein de son association, que son porte-parole n'était que son porte-parole, n'avait aucun pouvoir, cultive l'ambiguïté, qu'il affirmait que ses membres étaient prêts à aller jusqu'à la désobéissance civile pour atteindre ses fins, qu'il refusait de condamner les comportements illégaux ou violents de leurs membres au cours des manifestations, qu'ils acceptaient de cohabiter ou de drainer avec eux des citoyens anarchiques, séditieux, et saboteurs, en un mot que leur association visait des objectifs plus ambitieux que de ne négocier que des frais de scolarité, souhaitait devenir le catalyseur de toutes les frustrations ou mécontentements populaires, rien n'était plus évident. Chaque chose à sa place. Que les autres associations étudiantes les appuient ou les suivent, ils devront en assumer la responsabilité.

Les Québécois sont-ils mûrs pour une deuxième révolution, plus ou moins tranquille, alors qu'ils n'ont pas encore digéré les effets de la précédente? À eux de le décider. Si les étudiants se comportent démocratiquement, présentent des candidats ou votent pour le parti de leur choix, créent un autre parti à leur goût, le présentent à tous, tout est possible. Il n'y a plus de voie royale pour accéder au pouvoir. Il faut le gagner, et non se contenter de dire: ôte tes fesses que je mette les miennes.

Viateur Tremblay

Trois-Rivières

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer