Il y a quelques mois, je vous ai écrit avec l'espérance, dans mes rêves les plus fous, que je recevrais un accusé de réception. Je vous demandais seulement quelques explications sur notre avenir dans votre compagnie.
Mes confrères et moi aurions aimé vous rencontrer, être capables de parler au seul en qui nous avons eu confiance au fil des ans. Pas de syndicat, pas de patronat, juste notre vrai boss et ses employés. Pour qu'on puisse mettre cartes sur table, car il ne faut pas oublier que dans 16 mois, il faudra à nouveau recommencer le processus de négociations.
Je sais très bien que dans l'industrie des pâtes et papiers, les dernières années n'ont pas été faciles et c'est encore le cas aujourd'hui. Mais, monsieur Kruger, si j'avais une compagnie qui se bat pour rester en vie et que malgré tout ça, en Amérique du Nord, ces mêmes compagnies (Kruger et Wayagamack) battaient des records de production, j'en serais très fier. Car vous faites depuis plusieurs mois des millions de dollars de profits grâce au travail de tous vos employés à l'intérieur de ces deux usines. Mais au lieu de recevoir des tapes dans le dos, ce sont des tapes sur la gueule qu'on a.
Tout petit commerçant ou entrepreneur qui part une compagnie rêve d'avoir une équipe de travailleurs qui saura faire prospérer son entreprise même dans les moments les plus difficiles et c'est exactement ce qu'on fait à Trois-Rivières. Alors pourquoi vouloir baisser mon salaire de 18 % et amputer ma pension? Pour avoir la parité avec vos compé-titeurs?
Vos compétiteurs ont syphonné le gouvernement à coups de 200 millions $ de subventions pour supposément sauver des centaines d'emplois et une machine à Grand-Mère. Allez demander aux employés de Grand-Mère si aujourd'hui ils signeraient encore leur contrat que vous voulez qu'on signe. Résolu: 100 millions en actions pour récompenser ses cadres pour bon rendement. Vous pensez qu'ils réagissent comment les employés de Résolu? Si votre compétiteur administre aussi mal que mon gouvernement, nous n'avons pas à payer la note.
Si vous avez besoin d'allégements pour sauver votre entreprise, allez voir le même gouvernement québécois qui finance à coups de millions votre compétiteur américain. Allez voir mon maire, allez voir nos députés, allez voir le bonhomme qui nous donne la main à tous les quatre ans à l'entrée de l'usine et qui nous promet qu'il travaillera pour nous tous s'il est élu... Mais de grâce, ne touchez pas à vos emp-loyés.
On ne négocie pas pour améliorer notre avenir, mais on se bat pour sauver notre passé! On vous demande le statu quo. On le mérite pour toutes les années qu'on vous a données.
Pourquoi je devrais signer un contrat type d'une compagnie en faillite (Résolu) qui paie des millions d'actions à ses cadres? Nous autres, on fait des profits, monsieur Kruger, et notre carnet de commandes est très bien rempli. Je me souviens qu'en 1990, vous nous aviez demandé d'user les crayons jusqu'à l'efface, car la situation était très difficile et qu'en retour, vous ne nous laisseriez jamais tomber.
Votre pire ennemi, monsieur Kruger, ce ne sont pas vos employés, ce sont les personnes qui vous entourent.
D'un employé qui ne comprend pas. Je ne suis pas syndicaliste, je suis contre les injustices.
Christian Bacon
Trois-Rivières