Depuis des mois, vous assistez, les yeux brillants, à la naissance d'un mouvement collectif et populaire dont l'ampleur et les causes sous-jacentes dépassent largement votre revendication initiale: la société québécoise se réveille pour sa jeunesse qui redresse l'échine, qui se lève et qui veut amener le Québec de demain ailleurs.
Depuis l'entrée en vigueur de la loi 78 et ses arrestations massives et arbitraires, vous avez même fait résonner quelques casseroles sur le parvis de la cathédrale de notre TRès conservatrice et apparemment TRès prospère ville de Trois-Rivières, à quelques pas de l'imposante statue de Maurice Duplessis, alors que la jeunesse trifluvienne étudiante a eu tant de peine à se mobiliser au cours des derniers mois.
Pourquoi, en effet, comme l'ont prétendu certains étudiants dans nos médias, voter pour une grève, sortir dans la rue quand les parents paient les études ou que le choix d'un programme technique fait qu'ils ne se sentent pas concernés par une hausse drastique des droits de scolarité universitaires. Ou encore, pourquoi les jeunes ne feraient-ils pas leur «juste part» en ces temps d'austérité budgétaire?
Il semble ici que la notion de bien commun ne trouve malheureusement pas un écho suffisant pour s'associer à la lutte. Et pour les autres qui souhaitaient cette grève, le flot grossissant des populations de tous les âges partout au Québec ont dû vous rassurer.
Depuis des mois, vous affrontez courageusement ceux que Baudelaire appelait «les heureux de ce monde» ou que Camus nommait les «bourreaux privilégiés» d'une société de plus en plus marchande qui ne correspond pas aux valeurs humanistes que vous défendez pour relever la dignité de l'esprit et son épanouissement.
Certains diront à courte vue que c'est vous accorder bien trop de crédit alors que d'autres, plus avisés, verront dans votre combat celui d'un Atlas ou d'un Sisyphe qui affronte la réalité telle qu'elle est, et surtout, qui comprend en toute conscience que la lutte elle-même vers un sommet suffit à remplir votre coeur.
Dans votre engagement à défendre au moindre coût les études supérieures, vous opposez à la logique comptable de la rentabilité une logique sociale-démocrate de la solidarité où «chaque pas est une aventure, un risque extrême», et devient non pas, dirait Camus, «une leçon d'égoïsme; mais une dure leçon de fraternité». Le sens de l'engagement et de la responsabilité se gagne ainsi.
Aujourd'hui, vous êtes devant un gouvernement néo-libéral et sa représentante qui, comme elle l'a elle-même avoué en entrevue, est revenue en politique pour son chef Jean Charest.
Vous êtes là pour négocier une entente «gagnante-gagnante» avec laquelle il faut faire taire voix et casseroles, assagir les casseurs, ramener la paix sociale dans les rues du Québec et surtout dans celles de Montréal qui a beaucoup à perdre économiquement à la veille de ses grands événements estivaux.
Vous êtes seuls devant l'État avec vos associations étudiantes sur les dents et le Québec entier qui retient son souffle. Vous tentez de rester fidèles à vos convictions, de demeurer intègres. Et nous sommes avec vous.
Marie-Josée Ayotte
Enseignante
Cégep de Trois-Rivières