Si les politiciens et autres spécialistes analystes prenaient le temps de regarder derrière eux, je veux dire dans l'histoire, ils découvriraient dans le passé l'existence d'une foule de situations qui ressemblent étrangement à celle qui perdure depuis plus de 100 jours. Ce que nous dit l'histoire? Qu'il y a une mécanique de la révolte et que la comprendre aurait grandement aidé notre gouvernement à faire face à la crise étudiante. Cette mécanique pourrait se résumer comme suit.
1-Le pouvoir ne pouvant plus faire face à un déficit sectoriel ou général décide d'imposer une taxe ou de hausser des tarifs pour y faire face.
2-Les groupes de citoyens touchés par cette mesure s'organisent et expriment le désir de négocier.
3-Le pouvoir, fort de son bon droit, refuse.
4-Les groupes protestent, manifestent et se voient rejoindre par un ensemble de groupuscules revendicateurs motivés chacun par leurs propres demandes.
5-Le pouvoir se braque et répond par la mise hors-la-loi des manifestants.
6-S'ensuivent de la casse, de la violence de part et d'autre.
7-Le conflit peut ainsi s'aggraver, se généraliser et résulter, ultimement, à la mise à la porte des détenteurs du pouvoir.
«Plus on voit loin dans l'histoire, plus on voit loin dans le futur» (Winston Churchill). Et j'ajouterai qu'étudier le passé, c'est comprendre le présent et anticiper l'avenir.
Les étudiants doivent faire la preuve de leur bonne volonté et accepter comme inéluctable la hausse des frais de scolarité. Mais ils peuvent faire des gains: hausse des bourses, étalement des remboursements de prêts suivant leur salaire une fois sur le marché du travail, diminution des frais afférents qui alourdissent la facture... Il y a des pistes de solutions que la ministre Courchesne et le gouvernement doivent envisager. La loi spéciale, inutile, mal fagotée et trop coercitive, devrait maintenant être suivie par un retour à la table de négociation. Le gouvernement a sorti le bâton, mais il doit aussi avoir une carotte. Une entente basée sur des compromis, même si elle demeure insatisfaisante compte tenu des revendications initiales, vaut mieux qu'un conflit qui s'éternise dans un cul-de-sac où chacun fait sa tête de cochon. Le devoir d'ouverture est du côté gouvernemental.
La Révolution française a commencé par un resserrement des finances de l'État, qui a provoqué une crise alimentaire, la protestation des citoyens que le pouvoir refuse d'entendre et finalement la prise de la Bastille et la révolte. La Révolution américaine a commencé par une surtaxe sur le thé; les colons voulaient bien payer, mais demandaient en retour un droit de représentation au Parlement, ce que le roi refusait. S'ensuivit le Boston Tea Party, une guerre d'indépendance et la perte des colonies américaines pour l'Angleterre.
Mai 68 est un peu différent dans son prétexte, puisqu'il s'agit non pas, au point de départ, d'une taxe, mais d'un petit mouvement de protestation en appui à des camarades arrêtés pour avoir manifesté contre la guerre du Vietnam. S'ensuivit une évacuation des locaux de la Sorbonne manu militari par la police, à la demande du recteur.
Tout ce beau monde se retrouva à la rue, avec l'inflation qu'on connaît; s'y sont greffés des anarchistes, des groupes de gauche, des syndicats... avec leurs propres revendications. Paris, puis la France, s'enflammèrent. Le pouvoir n'aura, au soir de la crise, d'autre choix que de faire d'importantes concessions.
Analysez la Révolution russe, celle d'Iran, les noirs aux États-Unis ou en Afrique du Sud... Tous suivent le même chemin avec plus ou moins les mêmes résultats. Il aurait donc mieux valu pour le pouvoir qu'il négocie plutôt que de faire comme ses prédécesseurs.
Pierre Bernard
Trois-Rivières