Une loi méprisante

Le Nouvelliste

Cours d'éducation 101, méthode de notre grande éducatrice Courchesne. Leçon 1: comment être fourbe et sauver la face en faisant comme si les autres n'avaient rien vu. Exemple pratique: déclarer aux interlocuteurs qu'il n'y aura pas de loi spécialeet en déposer une dès le lendemain.

Cours de démocratie 101, méthode de notre grand démocrate Charest. Leçon 1: laisser une situation pourrir pendant des mois tout en refusant de négocier et d'avoir recours à la médiation pour ensuite prétexter l'impasse ainsi créée pour imposer une loi bâillon à toute la population. Exemple pratique: loi 78.

J'aimerais partager avec mes concitoyens deux exemples concrets de ce que pourrait être l'application de cette loi.

Fin 2011, le gouvernement, en la personne de Julie Boulet, en complicité avec les maires Lévesque et Richard, les chambres de commerce régionales et les dirigeants d'Hydro-Québec, a organisé à Bécancour une rencontre avec les employés de Gentilly-2. Ils avaient incité au secret et délibérément attendu à la dernière minute pour l'annoncer aux médias afin d'éviter que des citoyens s'opposant à la réfection de Gentilly-2 puissent manifester lors de cette rencontre.

Heureusement, des fuites, émanant de l'intérieur même de la centrale, ont permis à des citoyens de s'organiser à la dernière minute et de s'y présenter. Sous la loi 78, le groupe de manifestants auraient été arrêtés; ils étaient plus de 25 et n'auraient évidemment pu annoncer leur présence aux policiers, ni le trajet des allées et venues, encore moins les moyens de transport.

Récemment, ma compagne et moi circulions en auto sur Bonaventure à Trois-Rivières. Une centaine d'étudiants marchaient en manifestant pacifiquement. Nous avons klaxonné en signe de soutien et je suis même sorti de l'auto pour les applaudir. Sous la loi 78, les policiers présents nous auraient arrêtés pour incitation à la désobéissance civile.

Ceci n'est pas mon Québec ni celui de la majorité des citoyens. Ceci est le Québec d'un gouvernement déconnecté de la base citoyenne. Rappelons-nous qu'il a fallu des mois de pression populaire pour qu'il daigne établir une commission d'enquête sur la corruption et idem pour qu'il daigne créer un BAPE sur le gaz de schiste. Il nous sert la même sauce avec le conflit étudiant. Plus de deux mois sans même daigner rencontrer les étudiants.

Puis plus d'un mois à ridiculiser et même démoniser les porte-parole étudiants, jetant de l'huile sur le feu chaque fois que c'était possible. Il les ridiculise et les méprise comme il le fait encore pour les simples citoyens qui revendiquent le droit de regard sur sa gouvernance, tant en éducation qu'en l'exploitation de nos ressources.

Et il se présente maintenant comme le sauveur de la paix sociale. Il faut être cynique et effronté quelque chose de rare pour avoir une telle prétention après avoir semé systématiquement la discorde et la rupture sociales depuis des mois.

En juillet, 10 000 citoyens dans les rues pour accueillir la marche du moratoire. En mars, 200 000 étudiants et supporters dans les rues. Le 22 avril, plus de 200 000 citoyens de toutes allégeances dans les rues pour dire au gouvernement qu'on n'est pas d'accord avec sa gouvernance et qu'on en a marre de son mépris. Et il n'a encore rien compris!

Il ose maintenant utiliser notre jeunesse dans un geste désespéré pour maquiller avant les élections son attentisme et son opportunisme nuisibles, n'écoutant ni les politiciens, ni les enseignants, avocats, syndicats, parents qui désapprouvent cette saleté de loi 78.

Malgré des erreurs de parcours, les étudiants ont donné au gouvernement un cours 101 de démocratie. Les gouvernementeux devraient retourner sur les bancs d'école au lieu de siéger sur les bancs de l'Assemblée nationale.

Robert Duchesne

Trois-Rivières

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