Ne touchez pas à mon université !

Le Nouvelliste

Le conflit étudiant actuel a le mérite de mettre en relief l'importance des universités dans le développement culturel et scientifique d'une société. Il attire l'attention sur la qualité de la formation universitaire et son accessibilité. Il a mobilisé à peu près tous les acteurs de la société civile, signe de la reconnaissance des enjeux en cause.

Il a cependant mené à quelques dérives que je voudrais signaler. Ainsi, prenant prétexte, justifié, de graves erreurs de gestion de quelques universités, il a pratiquement généralisé le problème à l'ensemble du monde universitaire. Mais ce n'est certes pas le cas de l'UQTR! Ou encore il a remis en cause certainesdélocalisations de campus universitaires, oubliant au passage leur importance dans l'accessibilité aux études supérieures; encore ici, il faut saluer les efforts de l'UQTR pour permettre aux étudiants de régions dites éloignées d'avoir accès à l'université à des coûts beaucoup moindres que ceux engendrés par une migration dans les grands centres urbains.

On s'est même permis de remettre en cause les frais de déplacement, comme s'ils étaient tous excessifs; or, même si je n'ai pas les données exactes, je suis convaincu que la majorité des déplacements sont assumés à même les subventions qu'obtiennent les professeurs eux-mêmes, dans des concours très compétitifs, et que les normes des organismes subventionnaires imposent d'utiliser une partie de ces subventions pour la diffusion scientifique et technique sur une large échelle. Que dirait-on d'un professeur qui fait de la recherche, mais demeure cantonné dans son bureau?

De plus, les professeurs utilisent une partie de ces fonds pour permettre aux étudiants eux-mêmes de participer à des activités scientifiques et l'UQTR a même prévu une enveloppe budgétaire pour supporter la participation étudiante: on peut le vérifier dans le programme du colloque annuel de l'ACFAS qui se tient cette semaine au Palais de congrès de Montréal.

Mais ce qui me gêne le plus, c'est un discours latent qui a des relents d'anti-intellectualisme et d'anti-université et qui prend prétexte du moindre détail pour s'en prendre à l'institution universitaire et aux professeurs; un tel discours est ancré dans une culture populaire qui fait en sorte que malgré des frais de scolarité pratiquement deux fois moindres au Québec en comparaison des autres provinces canadiennes, nous accusons toujours un retard dans le taux d'accès aux études supérieures.

Gilles Pronovost

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