Revenons au tout début, automne 2011. Dr Caya et moi sommes allées visiter la nouvelle coopérative santé à Saint-Boniface pour voir de quoi ça avait l'air. Étant toutes deux résidentes de Saint-Boniface, notre intérêt était là. Toutefois, la clinique ne fonctionnant pas encore, les frais exigés au début n'étaient concurrentiels à aucune clinique de la Mauricie. C'était donc affaire classée pour nous.
La population de Saint-Boniface voulant attirer sérieusement des médecins, une contribution volontaire annuelle a été votée le 22 décembre. Le conseil nous a donc recontactées et nous a demandé si aux mêmes conditions qu'à Sainte-Thècle, nous accepterions de venir travailler ici. Nous adorons notre pratique à Sainte-Thècle qui est un très beau milieu, qui nous a apporté beaucoup d'avantages jusqu'à maintenant, mais notre qualité de vie passe avant tout comme pour vous tous d'ailleurs, je l'espère.
Notre vie familiale est àSaint-Boniface. Mon plus vieux rentre à l'école à Saint-Boniface en septembre, mon plus jeune va à la garderie à Saint-Boniface et mon troisième va venir au monde en juin. Quant à Dre Caya, elle et sa famille se font construire une maison, cet été, à deux minutes de la clinique. Le même travail avec les mêmes patients, mais à40 minutes de voiture de moins, que demander de plus. La ministre Boulet cherchait les vraies raisons; pour nous, c'est amplement suffisant... De plus, l'Agence de santé n'a rien à dire dans aucune de ces décisions. Nous ne sommes pas les premiers médecins à changer de lieu de pratique, mais c'est la première fois que ça fait une tempête dans un verre d'eau et que ça éclabousse tant la vie des gens.
Les 400-500 patients que nous avons chacune habitent aux deux tiers à Shawinigan et dans les environs (donc ils sont très heureux de notre décision) et contrairement aux articles parus dans les précédentes semaines, on n'abandonne personne. Tous nos patients ont l'offre de nous suivre. Ça fait six ans et demi que je vais à Sainte-Thècle et quatre ans pour Dre Caya, ce sera maintenant à nos patients de là-bas à venir nous voir à Saint-Boniface s'ils le désirent.
De plus, ce que les gens ne voient pas, c'est que l'heure et demie passée par jour dans l'auto nous permettra de prendre plus de patients qui n'ont pas de médecin de famille. Au lieu de voir le bon côté des choses et de réaliser qu'au bout du compte plus de patients auront un médecin de famille, les dernières semaines n'auront servi qu'à alimenter une tempête médiatique.
C'était clair pour Dre Caya et moi depuis le début que nous allions payer le loyer, même si la coopérative nous l'offrait gratuitement. Pour nous, c'est réglé depuis le début février cette question de loyer, mais ce n'est qu'au milieu du mois de mars que cela a été annoncé dans les médias.
Alors quelle ne fut pas notre consternation de voir que le conseil de ville en a débattule 5 mars et de lire l'article du6 mars sur ce sujet qui, pour nous, était réglé depuis plus d'un mois.
Jamais le Collège des médecins, ni l'Association des médecins omnipraticiens de la Mauricie ne nous ont fait de reproche, étant donné que nous n'avons jamais contrevenu à notre code de déontologie, ni à notre devoir de médecin de famille. À Sainte-Thècle, nous ne payions pas de loyer, c'est vrai, mais c'est une situation exceptionnelle. S'il n'y avait pas d'avantages par rapport à la ville, le recrutement de médecins serait à peu près impossible dans cette région. De plus, comme le dit l'article 73.1, nous n'avions aucun conflit d'intérêt, ni aucune association avec la coopérative, donc d'aucune façon c'était illégal. Malgré cela,nous avions quand même l'intention de faire notre part à Saint-Boniface et d'assumer une partie des frais.
Pour nous, c'était un nouveau départ, une amélioration de notre qualité de vie, en résumé un événement heureux qui a pris une tournure désagréable.
Si vous voulez une tempête dans le dossier des coopératives, faites-la, mais cessez d'éclabousser la vie des gens qui n'ont rien à voir là-dedans et qui ne demandent qu'à exercer un métier qui leur tient à coeur...
Dre Samiha Poudrier
Dre Véronique Caya
Saint-Boniface