Être ou ne pas être un GMF

Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) L'auteur, le Dr Pierre Martin, est le président de l'Association des médecins omnipraticiens de la Mauricie.

À la lecture de l'opinion écrite le 21 février par Clémence Comeau, il apparaît important de préciser ce que sont les GMF puisque madame Comeau s'interroge sur la disponibilité de ce mode de financement pour les régions rurales.

Le modèle GMF représente la solution du gouvernement au manque de support à la pratique médicale en première ligne. Est-il important de souligner que ce manque de support est à la source même de la désuétude de la dispensation des services de première ligne du système de santé au Québec, et de l'épuisement bien senti de ceux et celles qui, tout comme le Dr Guillaume Langlois, continuent d'offrir des services médicaux dans ce secteur névralgique de la pratique médicale. Ce financement du support à la pratique de première ligne par le gouvernement ne fut pas négocié avec la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec qui ne cesse d'en souligner les imperfections.

Un GMF est une entente contractuelle faite entre le gouvernement et des médecins oeuvrant en clinique médicale. Cette entente s'adresse à des regroupements de médecins qui s'engagent à offrir à un nombre minimal de patients des services médicaux qui incluent une garde en disponibilité pour du sans rendez-vous à des heures étendues de service devant inclure les soirs et les fins de semaine. Pour être admissible à recevoir le financement prévu dans le modèle GMF, le groupe de médecins qui en fait la demande doivent démontrer qu'ils donnent des services médicaux à un minimum de 9000 patients. Dès lors, ils seront éligibles à obtenir l'aide financière pour le paiement de 42 heures de temps infirmier. À cela devrait s'ajouter 42 000 $ pour le paiement de personnel administratif et un budget supplémentaire pour l'acquisition d'un support informatique pour l'obtention des résultats de laboratoire et de radiologie et un budget pour le paiement des espaces locatifs devant permettre d'accueillir au sein de la clinique médicale le personnel prévu dans l'entente GMF. Une infirmière pour supporter le travail de 5 à 10 médecins, voilà à quoi se résume l'offre GMF actuelle.

Les GMF, ce sont des bouées lancées à la mer aux passagers d'un navire sur le point de sombrer. Pour plusieurs groupes de médecins, ça permet de survivre. Mais croire que cela constitue la solution pour sauver le système de santé au Québec, c'est une illusion, une autre, entretenue par des gestionnaires qui mesurent l'efficacité d'un financement plus par l'apaisement de l'exaspération de l'électorat que par les effets réels sur le système de santé lui-même. On apaise la souffrance, mais on ne guérit pas la maladie.

9000 patients inscrits, c'est plus que la population d'un village au complet. Voilà pourquoi le modèle GMF s'inscrit mal dans la réalité rurale de nombreux territoires du Québec. Pour se prévaloir du modèle, plusieurs médecins ont uni leurs réalités. Ainsi, plusieurs cliniques de villages voisins ont additionné leur clientèle afin de pouvoir signer une entente avec un modèle de financement rigide et non adapté à leur réalité; mais comme le dit si bien l'expression, c'est mieux que rien... S'associer avec des cliniques avoisinantes et se partager au prorata de leur activité médicale respective le financement fourni dans une entente GMF, voilà la seule issue qui s'offre aux médecins de la Coop de Sainte-Gertrude, et ce, jusqu'au jour où le gouvernement comprendra que son modèle, bien que constituant un pas dans la bonne direction, mérite tous les assouplissements et les bonifications nécessaires afin de supporter adéquatement la pratique médicale de tous les médecins qui offrent

des services de première ligne au Québec.

Et ce n'est pas aux médecins qu'il le doit, mais bien à la population qui n'en peut plus de souffrir du manque d'accessibilité de ce ghetto que devient de plus en plus notre beau système de santé.

 

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer