Ainsi, le gouvernement Charest demande à chacun de «faire sa juste part». Comment alors définir si une part est juste? L'égalité entre les revenus d'un étudiant issu d'une famille de Westmount et un étudiant de Rimouski semble évidemment ridicule.
Faire une juste part dépend donc de la capacité de revenus des acteurs, ce à quoi l'État doit pallier. Ainsi, lorsqu'on se penche sur une analyse de la stratégie gouvernementale, on remarque qu'elle est beaucoup moins efficace. Voici pourquoi.
L'Institut de la statistique du Québec dévoile que la proportion de personnes âgées (65 ans et plus) passera à 30,9% de la population d'ici 2050. À l'inverse, le nombre de jeunes qui sont, eux, en âge de travailler a déjà commencé à diminuer. Le taux d'emploi devrait ainsi descendre à 55 % de la population québécoise.
La réduction de la population active devra conséquemment s'adapter en fonction d'un rapport de dépendance socio-démographique en plus d'un net ralentissement de certains secteurs économiques, notamment le secteur manufacturier et d'une augmentation de la dette publique. Les jeunes auront donc besoin de créer plus de richesses avec moins de moyens pour augmenter le taux de productivité.
Donc, dans les prochaines années, les Québécois vont de plus en plus se mobiliser dans les institutions du savoir afin de donner à la société la capacité d'augmenter le nombre de diplômés qualifiés. En termes clairs, il faut faire travailler le plus grand nombre avec les meilleures qualifications. L'accessibilité aux études post-secondaires ne doit donc pas être freinée en fonction du revenu.
Ainsi, un Québec éduqué est un Québec prospère car plus le taux de diplomation est élevé, moins il y a de chômage dans une société et plus il y a de contribution par l'impôt à la caisse de l'État. Donc, si l'on souhaite diminuer les coûts sociaux, élargir le marché d'emploi hors du cercle du travail précaire et créer des emplois à long terme, la meilleure façon est donc d'inciter les jeunes à accéder aux études post-secondaires. Malgré cette réalité, le gouvernement considère l'accès à l'éducation comme un coût et non comme un bénéfice.
Effectivement, Charest rompt avec la priorité de création d'emplois stables et bien rémunérés, mais aussi avec la nécessité de la qualification de la main-d'oeuvre. Modulé en fonction de l'ensemble de la main-d'oeuvre productive des prochaines années, seul un nombre très restreint de jeunes parviendront donc au niveau de scolarité satisfaisant les exigences des nouveaux emplois d'avenir. Les chances sont beaucoup plus grandes que ces jeunes coûtent plus cher à l'État, ne profitent d'aucune protection d'emploi et ne peuvent développer en nombre suffisant les métiers d'avenir du Québec.
Opposés à cette réalité, il y a des étudiants qui considèrent l'éducation comme un droit commun pour développer l'avenir du Québec et non un privilège censitaire bourgeois en fonction du revenu. Comment pourrons-nous expliquer à ces étudiants que selon le gouvernement Charest, faire leur juste part, signifierait de ne pas entrer à l'université ?
Julien Hamel-Guilbert
étudiant à l'UQAM
Bécancour