Dans l'évaluation des risques du nucléaire, pense-t-on une petite chose à la fois jusqu'à ce que se produise la grosse chose qui, elle, n'arrive qu'une fois... et tout est fini? Fini pour l'agriculture, la faune, la flore, l'eau de nos régions; fini pour les milliers d'emplois non seulement du nucléaire, mais aussi dans toutes les autres activités, dans les commerces, les fermes, les entreprises, les écoles; fini la valeur des propriétés privées et la vie familiale paisible de citoyens qui se croient en sécurité. N'avons-nous pas le devoir de réfléchir sur ce que vivent les gens de Tchernobyl et de Fukushima suite à ces catastrophes?
En cas de catastrophe, malgré leurs bonnes intentions, les services d'alerte et de secours pourront-ils joindre tous les citoyens, sur la rue, dans les lieux publics non commerciaux (voies publiques urbaines et rurales, stationnements, parcs, boisés, cours d'eau, champs, etc.), dans leurs habitations sans télé ou radio en marche, en train de dormir de jour ou de nuit? On a posé la question lors des rencontres d'information et la réponse fut: le porte-à-porte et autres idées vagues. Et comment mettre en branle ce type d'intervention de façon efficace, alors que les secouristes eux-mêmes devront se protéger des radiations? Devront-ils risquer leur santé et même leur propre vie pour alerter et secourir les citoyens? Et qu'en serait-il si de plus l'accident était causé par une secousse sismique d'ampleur inattendue et pourtant possible dans la vallée du Saint-Laurent? Ou par un acte terroriste de moins en moins hypothétique dans le contexte politique actuel?
Les membres des chambres de commerce de la région appuient fortement la réfection de Gentilly-2. Je les comprends de penser économie et emplois. Mais se posent-ils les bonnes questions? Les pro-nucléaires déclarent que le risque est minime, mais sont-ils conscients de tout le sens profond évoqué par le mot minime lorsqu'il est question du nucléaire? Imaginons Gentilly, Bécancour, Nicolet, Trois-Rivières, Champlain et d'autres municipalités de la Mauricie et du Centre-du-Québec devant être évacués; que resterait-il? Une catastrophe à maîtriser et des milliers de tonnes de déchets radioactifs à contrôler dans une zone contaminée.
Lors des audiences publiques sur la réfection de Gentilly-2, les commissaires m'ont demandé pourquoi je trouve le nucléaire dangereux. Ma réponse: si l'on doit installer un système de sécurité et d'alerte aussi sophistiqué et dispendieux, n'est-ce pas parce que c'est extrêmement dangereux? A-t-on besoin d'un tel système pour les énergies renouvelables? On dit que plus de la moitié des accidents nucléaires sont causés par une erreur humaine, en dépit de tous les systèmes de sécurité. Les employés d'Hydro-Québec seraient-ils exempts de toute erreur humaine? Face à une telle possibilité, si minime soit-elle, mais pourtant bien réelle, ne serait-il pas préférable de développer et exporter l'expertise du démantèlement, puisque plusieurs pays abandonnent le nucléaire et que toutes les centrales devront tôt ou tard être déclassées et démantelées?
Nous devons profiter des années du démantèlement pour instaurer des mesures équitables de relance économique régionale.
Hélène Lamothe
infirmière retraitée
Trois-Rivières