Aux femmes victimes de violence conjugale

Le Nouvelliste

Une jeune femme a été assassinée, vraisemblablement victime de la violence de son conjoint. Il n'en était pas à sa première agression sur elle.

Les proches de la victime craignaient pour sa vie. Ils lui avaient fortement conseillé de ne plus fréquenter cet homme.

Cette triste histoire est le scénario typique que vivent les femmes victimes de violence conjugale. Et la fin de l'histoire est le risque qu'elles courent toutes. Dans un pays comme le nôtre où la loi condamne de tels gestes, qu'est-ce qui empêche les femmes, dès les premiers signes de violence, tant physique, verbale que psychologique, de se sauver, courir se réfugier dans des maisons spécifiquement dédiées à leur situation ?

Souvent, la violence s'installe sournoisement par le biais de la douceur. Pour une femme qui l'a si peu connue, cette douceur est l'appel indéniable de celui qui va enfin la protéger, consoler cette partie de l'enfance blessée. Alors s'installe le pouvoir d'un individu sur un autre.

Car entendons-nous bien, que ce soit conscient ou non, cette douceur est feinte. Elle n'est pas un don à l'autre, mais un bien que le futur agresseur se fait à lui-même. Même s'il peut paraître dévoué à quelqu'un, l'homme violent est fondamentalement un être déviant, tourné vers soi. Il faut parfois bien des années avant que la victime puisse discerner la vraie nature de l'homme avec qui elle vit.

Et pendant ce temps s'accomplissent les ravages qui font dérailler sa vie. La femme devenue vulnérable plie, se soumet aux exigences de plus en plus difficiles à satisfaire de celui sous lequel elle est sous l'emprise. Elle en vient à perdre l'estime d'elle-même, tout élan à se réaliser. Aussi minime soit-elle, elle garde l'espoir que revienne cette douceur du début, qui d'ailleurs lui est redonnée après un épisode de violence

Ce qui n'est en fait que de la manipulation, c'est-à-dire un autre versant de la violence, celle-là psychologique. Et là s'installe en elle la confusion. Ils ne le connaissent pas vraiment ceux qui lui disent que cet homme est dangereux. Elle seule le connaît et sait qu'il ne fait pas cela pour lui faire du mal.

Elle se dit même qu'il l'aime et que c'est elle qui fait des choses pour provoquer sa colère. Elle en arrive à avoir honte, à penser qu'elle ne mérite pas d'être aimée, qu'elle doit bien mériter les coups, les paroles véhémentes qu'elle reçoit. C'est son destin. Elle doit s'y résigner.

Toutefois, elle chambranle un peu quand un proche, se doutant bien du climat familial se dit inquiet, voire même se permet de la conseiller.

Partir, fuir. Mais où aller et pourquoi ? Partir, parce qu'au bout du compte le pire peut arriver. Cet homme peut vous tuer. Partir, parce que les enfants témoins de cette violence en sont aussi victimes et risquent de la reproduire un jour. Partir, parce que votre besoin de protection est crucial.

Fuir, parce que bien souvent c'est en catimini qu'il faut poser ce geste-là. On profite de l'absence du conjoint, on habille les petits et on déguerpit.

Où aller ? Dans la région, la Maison Le Far accueille les femmes et leurs enfants victimes de violence. Pourquoi? Cette maison ne fait pas seulement vous donner un refuge. Les intervenantes qui y travaillent vont vous aider, vous donner tout le soutien nécessaire pour comprendre ce que vous avez vécu afin que cela ne se reproduise plus.

À toutes ces femmes qui se reconnaissent dans cette lettre, je vous en prie, n'hésitez pas à faire le premier pas de votre libération. Vous n'êtes pas ce qu'il dit de vous. Votre valeur est bien plus grande que ce que vous en pensez. Prenez la peine, pour vous, pour vos enfants d'aller découvrir qui vous êtes, les ressources qui dorment en vous. Une autre vie est possible et vous et vos enfants y avez droit.

Hélène Arseneault

Trois-Rivières

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