La semaine dernière, on a pu suivre les gens de l'émission La Facture dans le milieu des coopératives de santé au Québec. Cette émission jouit d'une forte exposition et, moyens techniques à l'appui, elle peut écorcher la crédibilité de petites entreprises d'économie sociale qui reposent sur les efforts de citoyens bénévoles agissant de bonne foi pour le bénéfice de leur communauté.
Je ne sais comment qualifier le plan de l'émission qui réussit à amalgamer le modèle Coop-santé et celui de Club-santé, ce dernier relevant de la propriété privée à but lucratif. Des téléspectateurs moins avisés de notre entourage ont été tout simplement confondus par le stratagème.
Quant au fond de l'enquête, on constate qu'elle est basée sur les plaintes de personnes n'ayant pu trouver de médecin de famille à notre clinique. Pourquoi a-t-on omis d'interviewer les membres du personnel et de l'équipe médicale sur les caractéristiques de notre clientèle, par exemple sur la proportion «coop» et «non-coop» que notre index-patient démontre bien? Un patient sur dix consultant chez nous n'a pas adhéré à la Coop; il est inscrit sur les mêmes plages horaires et il a droit aux mêmes égards que le «participant»: il s'agit d'une Coopérative de Solidarité.
Solidarité implique participation et générosité:
Participation à la mission de l'entreprise qui est celle de dispenser à sa communauté des services de santé, préventifs et curatifs, de première ligne. Participation par une contribution financière à la conservation, l'entretien et l'amélioration des actifs (mobilier, équipement médical, etc.). La contribution annuelle a aussi servi à l'embauche de deux infirmières qui collaborent avec nos cinq médecins dans leur travail clinique.
Générosité, c'est le principe de la mutuelle; nos patients plus malades reçoivent plus de services liés à leur condition que les bien-portants. Cela va de soi. Générosité: notre patient non-participant à la Coop utilise les locaux loués et entretenus par l'ensemble des membres. Il profite aussi du soutien clérical des employés de la Clinique: prise de rendez-vous et tenue de dossiers. Générosité: la Coop-santé a aussi créé un fonds d'aide (confidentiel) dédié aux personnes moins fortunées et désireuses de se joindre à la Coop. La Facture en aurait-elle raté une autre?
Le citoyen participant et généreux y trouve aussi des bénéfices: il a son droit de parole et de mise en candidature à l'assemblée annuelle des membres. Ses interventions servent à orienter l'évolution de sa Coop et de sa Clinique de quartier. De simple bénéficiaire, de consommateur, il devient un acteur influent dans son milieu. Il peut participer à l'élaboration de la Journée-Santé annuelle et y assister à titre de «VIP» (frais réduits). Il peut participer gratuitement aux ateliers en psychologie et en nutrition organisés par la Coop. Il est exempté des frais liés aux formulaires de toutes sortes (SAAQ, assurances, impôts, etc.) de même qu'aux prescriptions remplies hors rendez-vous. Ces frais ne sont pas couverts par la RAMQ.
Le modèle Coop-Santé innove au Québec depuis une quinzaine d'années. Sa dernière poussée de croissance, depuis 2005, correspond à la fermeture (entre 2000 et 2004) de près de 30 % des cliniques de quartier, décimées à la fois par le sous-financement et l'absence de vision quant au recrutement et à la rétention des médecins.
La Coop-santé offre sa collaboration aux CSSS qui ont la «responsabilité populationnelle» sur leur territoire. La Coop, pour sa part, vise à rendre le citoyen responsable. Pourtant, on pouvait lire en page A 5 de La Presse du 21 septembre dernier: «Les coopératives de santé peuvent devenir le cheval de Troie qui va démolir notre système de santé». Je me permets d'ajouter: « comme Alphonse Desjardins aurait pu mettre l'État en faillite «. La participation citoyenne serait-elle une menace?
La rosserie de la Coop a fait les manchettes. Nous, membres actifs (citoyens) et membres de soutien (médecins), encaissons le coup. Nous continuerons à travailler de concert avec les organismes de santé régionaux et sous l'égide de la Fédération des Coopératives de services à domicile et de santé du Québec (FCSDSQ) en vue d'établir la crédibilité et l'utilité du modèle coopératif en santé.
Souhaitons finalement que cet épisode de «vent mauvais» amène l'ensemble des Coops-santé du Québec à se regrouper au sein de notre Fédération. Selon la devise «Plus forts ensemble», en adhérant au cadre de référence déjà publié par la FCSDSQ, les coopératives québécoises pourront s'affirmer et mieux se positionner dans leur milieu respectif.