Des millions d'amis rampants

Éleveur de vers de terre, Luc Dupuis soutient... (Émilie O'Connor)

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Éleveur de vers de terre, Luc Dupuis soutient que ses lombrics font le bonheur des poissons et des pêcheurs.

Émilie O'Connor

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Sainte-Thècle) Mou et visqueux, le ver de terre traîne derrière lui une réputation peu enviable. On le dit crasseux et répugnant, mais on oublie qu'il se tape le sale boulot. Au moment où s'amorce la saison de pêche au Québec, il est temps de réhabiliter le meilleur ami de Luc Dupuis, éleveur de vers de terre.

Le résident de Sainte-Thècle ne s'arrête pas à les compter. Au pif, il estime qu'ils sont 200, 300 ou peut-être même 400 millions en train de ramper dans des caissons en bois.

M. Dupuis se montre rassurant: ses protégés sont perpétuellement en quête de nourriture, mais ils ne vont pas s'évader de ce bâtiment discret du rang Saint-Thomas pour infester le village voisin. Il n'est pas le scénariste d'un film d'horreur bidon, mais un entrepreneur en vermiculture installé au coeur d'un paysage bucolique.

L'entreprise Eurovers existe depuis 2008. Le patron a sous sa gouverne des employés qui travaillent sept jours sur sept, 24 heures sur 24, 365 jours par année. Il ne faut pas avoir de colonne vertébrale pour accepter de bosser dans de telles conditions.

M. Dupuis rappelle qu'un ver de terre est un invertébré qui ne dort jamais. Il le compare à un tube digestif qui bouffe tout sur son passage. Dans une journée, la bestiole ingurgite l'équivalent de son propre poids qu'elle évacue à mesure... avant de s'en délecter à nouveau. Son buffet est composé de bactéries, les siennes, les nôtres, les leurs. La Terre est couverte de déchets. Notre boulimique en profite.

Luc Dupuis parle avec passion de la vie qu'il cultive tout en plongeant naturellement sa main dans une terre grouillante. Le natif de Louiseville précise que le ver de terre est un animal hermaphrodite qui se reproduit et pond comme il mange, de façon franchement éhontée.

Luc Dupuis voue une véritable admiration pour ses amis sans queue ni tête, mais il ne les voit pas (encore) dans sa soupe. L'élevage de vers pour votre consommation de protéines ne fait pas partie de ses plans à court terme. Internet regorge de recettes, mais un sandwich aux lombrics grillés, pas pour lui.

«Mes vers sont appétissants, mais je préfère manger des légumes», rigole M. Dupuis avant de délier une poignées de couples fusionnels, des vers bien mûrs pour la pêche. Avis à l'amateur: on parle ici de spécimens mesurant de 8 à 10 centimètres chacun et pesant environ 2 grammes.

Ces Denbrobaena Veneta peuvent être achetés au dépanneur du coin, mais pour ceux et celles qui entrevoient une grosse saison, il est préférable de s'adresser à l'éleveur qui peut en vendre 500 ou 1000 à la fois. Ils sont livrés dans une boîte de styromousse pouvant être glissée dans le frigo. Il ne reste plus qu'à changer la litière de temps en temps, c'est-à-dire nourrir les complices de vos sorties de pêche. Les vers aimeraient particulièrement le papier journal passé à la déchiqueteuse. On tue la une!

Pêcheur à ses heures, Luc Dupuis jure que les truites mordent voracement à l'hameçon. «Mes vers sont beaux, vigoureux, résistants et goûteux!» C'est lui qui le dit.

Sur son site Internet (www.eurovers.ca), M. Dupuis écrit: «La vermiculture nous offre bien plus que de simples appâts. Ces myriades de sympathiques lombrics dévorent et digèrent des kilomètres de terre qu'ils nous rendent parfaitement préparés pour optimiser toutes cultures.» L'homme est un poète qui s'ignore.

Car aux yeux de l'éleveur, les vers de terre sont également les meilleurs amis des jardiniers. «Ils sont d'excellents assainisseurs de sol!», clame-t-il avant de proposer le vermicompostage dans le confort de notre maison. Le vermicomposteur est un bac de plastique rempli d'une terre enrichie d'une recette secrète dans laquelle on ajoute une demi-livre de vers rouges maigrichons et affamés. Pour 140 $ environ, ils vous brassent du fumier personnalisé.

Qu'est-ce que ça mange en hiver des vers de compostage? Les restes de table de type végétal: fruits, légumes, herbes, grains, céréales, légumineuses, noix, pelures, pépins, macs de café avec filtres usagés, sachets de thé ou tisanes...

Petits conseils: les vers à compostage sont gourmands, mais ce ne sont pas des machines. Si on se montre trop généreux dans les portions, ils en laisseront dans leur assiette. Bonjour les odeurs! Par ailleurs, si les vers tentent de sortir du vermicomposteur, ils sont en train de vous dire qu'ils souffrent de dépression saisonnière et qu'ils ont besoin de lumière. Ouvrez le couvercle et ils retourneront sagement au boulot.

Si l'expérience du vermicompostage vous rebute, sachez que plusieurs centres de jardinage offrent les produits Eurovers. Luc Dupuis passe des journées entières à remplir des sacs de terre dans lesquels ont brouté les membres de son régiment. L'éleveur de vers travaille à bout de bras. «Je suis bien obligé de suivre leur rythme. C'est sans arrêt», admet-il avec le sourire.

Tout est bien qui finit bien

À l'été 2012, Luc Dupuis qualifiait d'injuste le fait qu'il devait payer depuis 2006 des cotisations annuelles à l'Union des producteurs agricoles (UPA) sans même être reconnu comme tel par le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ). Ce refus le privait des crédits d'impôts réservés aux fermiers.

Rendue publique, la situation a finalement tourné en faveur de l'éleveur de vers de terre et de compostage qui n'a pas eu à rembourser les sommes réclamées. «Ça a été long, mais ça s'est bien réglé. J'ai eu ce que je voulais. Les huissiers ne viennent plus me voir comme ils le faisaient sans arrêt depuis des années», dit-il avec soulagement.

Luc Dupuis explique que les parties en cause ont accepté d'effacer le passé pour construire l'avenir sur des nouvelles balises. Maintenant reconnu à titre de producteur agricole, le résident de Sainte-Thècle paie ses cotisations et a droit en retour à des remboursements d'impôts fonciers, de même qu'à différents services pour continuer de développer son entreprise de vermiculture.

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