Maude, ni fille ni garçon

Née avec deux sexes, Maude Hubert a été... (photo: sylvain mayer)

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Née avec deux sexes, Maude Hubert a été opérée à l'âge de 14 mois pour que ses organes génitaux soient uniquement féminins.

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) À sa naissance, Maude Hubert, 16 ans, avait un pénis, un testicule, un utérus, une trompe de Fallope et un ovaire.

Depuis toujours, mais aujourd'hui plus que jamais, Maude... (photo: sylvain mayer) - image 1.0

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Depuis toujours, mais aujourd'hui plus que jamais, Maude Hubert, 16 ans, peut compter sur l'amour et la compréhension de sa mère, Hélène Richard (à gauche) et de sa marraine, Hélène Hubert.

photo: sylvain mayer

Sur le constat de naissance rempli par l'équipe médicale qui a assisté sa mère à l'accouchement, on a coché «M» au sexe de l'enfant et le prénom «Kevin» a été inscrit sur la ligne prévue à cet effet. Pourquoi Maude alors? C'est ici que tout se complique.

Hermaphrodite

Une dame souhaite me rencontrer. Elle attend dans le hall du Nouvelliste. Un adolescent l'accompagne. En fait, je pense qu'il s'agit d'un garçon en raison de son habillement, de sa coupe de cheveux, la mâchoire, les épaules...

«Je suis Hélène Hubert. Je vous présente Maude. C'est ma filleule. Elle a lu votre reportage sur Patrick. Maude aimerait lui poser des questions sur sa transformation, mais aussi vous raconter son histoire. Maude est née avec deux sexes. Dans le temps, on appelait ça un bébé hermaphrodique.»

Parenthèse. Le 22 février dernier, dans le cadre de la chronique La vie intitulée Erreur sur la personne, il était question de Patrick (prénom fictif), une femme devenue un homme. Âgé dans la trentaine, le Shawiniganais y décrit son mal-être depuis la petite enfance, sa douloureuse quête d'identité sexuelle et toutes les opérations, aussi nombreuses que délicates et coûteuses, qu'engendre sa métamorphose en cours.

C'est à la demande de sa mère, Hélène Richard, que Maude a parcouru le récit du transsexuel. Mme Richard savait ce qu'elle faisait en remettant la copie du journal à son enfant en proie depuis des mois au désespoir.

Celle qui s'est longtemps réfugiée dans le déni se résigne maintenant à accepter l'évidence même. Sa fille n'en peut plus de vivre avec le corps d'une femme que des médecins lui ont prescrit trois semaines après sa naissance.

C'est un garçon!

Le 30 juin 1996, Hélène Richard a été admise à l'Hôpital Cloutier avant d'être transférée d'urgence à l'Hôpital Saint-François d'Assise, à Québec, un établissement spécialisé en obstétrique et en néonatalogie.

À 32 semaines de grossesse, la résidente du secteur Cap-de-la-Madeleine y a mis au monde un bébé prématuré. Le nouveau-né d'à peine un kilo lui a été présenté comme un garçon, ce qui n'était pas une surprise pour la maman.

Quelques jours plus tôt, à Trois-Rivières, une échographie de routine était venue confirmer la présence d'un petit Kevin dans son ventre.

Né par césarienne, le bébé a aussitôt été placé dans un incubateur, sous étroite observation. C'est la tante et marraine de Kevin qui, deux ou trois jours plus tard, a remarqué «la couche bizarre» du nouveau-né.

«Qu'est-ce qu'il a le p'tit?», a demandé Hélène Hubert à sa belle-soeur fatiguée et légèrement confuse après un accouchement aussi éprouvant.

La maman s'est tournée vers une infirmière qui lui a alors offert cette réponse digne d'un mauvais rêve. «Vous n'êtes pas au courant? On ne peut pas trop vous en parler pour l'instant, mais on ne sait pas encore c'est quoi le sexe du bébé. On ne sait pas si c'est un gars ou une fille.»

Hélène Richard sourit tristement en décrivant sa réaction. «On a capoté», dit-elle en parlant d'elle et du papa de Maude dont elle est aujourd'hui séparée.

Il s'est écoulé trois interminables semaines avant que les parents de Kevin connaissent le verdict des médecins, trois semaines durant lesquelles le bébé né avec une ambiguïté sexuelle a été soumis à une batterie de tests au Centre hospitalier de l'Université Laval.

«On m'a finalement appelée un vendredi soir pour me dire de me présenter à Québec le lundi suivant. Ils avaient pris une décision. Mon enfant serait une fille et je devais lui trouver un nouveau prénom», décrit, encore éberluée, Hélène Richard.

Les spécialistes lui ont expliqué qu'il s'agissait d'un bébé hermaphrodite et qu'il était plus facile d'en faire une fille. C'est du moins ce que la  Trifluvienne alors âgée de 22 ans en a déduit. La jeune femme a surtout compris qu'elle était devant un fait accompli et que son instinct maternel importait peu finalement.

«Je ne peux pas les blâmer, Maude avait les chromosomes mélangés, avec plus d'organes féminins que masculins», rappelle Mme Richard qui, dans un même souffle, poursuit la chronologie des événements.

Le bébé ne pesait que cinq livres lorsqu'on a dû lui retirer la trompe de Fallope et l'ovaire qui se décomposaient en lui, entraînant un risque élevé de cancer. Maude était une bambine de 14 mois quand elle a subi la reconstruction chirurgicale du vagin. Du coup, on lui a retiré les organes génitaux qui ne correspondaient plus au sexe choisi, à commencer par son micro pénis.

Maude écoute sa mère raconter une histoire qu'elle connaît par coeur. L'adolescente ne parle pas ou si peu. Elle se tait pour ne pas crier, sachant trop bien que c'est son identité sexuelle et tout le reste de sa vie qui ont été revus et corrigés sur une table d'opération.

Quand votre petite hurle qu'elle veut un pénis et pisser debout

Hélène Richard a tout essayé. Les robes, les poupées, les cheveux longs, les rubans roses... Quand sa fille participait à des jeux de rôle et demandait à interpréter le papa, le frère ou le cousin, sa mère s'objectait et l'obligeait à jouer la maman, la soeur ou la cousine.

«Je voulais lui faire un petit lavage de cerveau», reconnaît Mme Richard avec un sentiment de culpabilité dans la voix. Dans le fond, la femme monoparentale ne faisait que mettre en pratique le conseil que les médecins et psychologues lui avaient donné: élevez votre enfant en fille.»

Plus facile à dire qu'à faire, surtout quand votre petite âgée d'à peine quatre ans hurle à qui veut bien l'entendre qu'elle veut un pénis et pisser debout. Cette fois-là, Hélène Richard a deviné que la partie n'était pas gagnée, que Kevin faisait toujours partie de la famille.

Fille au masculin

Maude avait 12 ans lorsque sa mère lui a tout déballé. Elle n'avait plus le choix. Dans la cour de l'école primaire, des enfants qui avaient vraisemblablement réussi à percer le secret s'amusaient à colporter: «Maude est née avec un pénis!»

Informée des circonstances troubles de sa naissance, la jeune fille «a pété une coche», se souvient sa marraine qui s'inquiète aujourd'hui du silence dans lequel s'emmure sa filleule.

C'est également vers l'âge de 12 ans que la jeune fille a débuté la prise d'oestrogènes pour féminiser le reste de son corps (croissance des seins et contrôle du cycle menstruel).

«Si Maude arrête aujourd'hui de prendre ces hormones, elle tombe automatiquement en ménopause», indique sa mère dont la propre réflexion la laisse soudainement songeuse. Elle sait pertinemment que ce n'est qu'une question de temps avant que sa fille entreprenne le processus inverse, qu'elle se mette à s'injecter de la testostérone pour renouer avec tout son être au masculin.

Hélène Richard dit avoir tout fait pour éviter ce qu'elle appréhendait il y a 16 ans: Maude veut disparaître pour mieux renaître dans la peau de... Elle se cherche toujours un prénom. Non, ce ne sera pas Kevin. Depuis que Maude a lu le récit de Patrick, elle sait que sa transformation de femme à homme est possible, mais au prix d'un très long processus autant physique que psychologique.

L'adolescente espère qu'en rendant publique son histoire, tous et chacun comprendront à quel point elle est prête à plonger, à quel point aussi elle se sent seule en attendant de se réapproprier son corps, son identité et sa vie.

«Maude ne pense qu'à ça», témoigne la maman avant de mentionner que sa fille, une élève de l'Académie les Estacades, bénéficie en ce moment d'une pause scolaire et du soutien de ses proches, dont celui de sa grande soeur et de son petit frère.

«Maude a parfois des idées noires. Il faut faire quelque chose pour l'aider. Ça presse», implore une maman qui a décidé d'agir par amour pour son enfant, fille ou garçon.

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