Une Colombienne qui n'a pas froid aux yeux

L'hiver n'a qu'à bien se tenir, Johana Chaparro,... (Photo: Émilie O'Connor)

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L'hiver n'a qu'à bien se tenir, Johana Chaparro, une Colombienne de 36 ans nouvellement installée à Trois-Rivières, est prête à l'affronter.

Photo: Émilie O'Connor

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Comme par magie, son accent latino fait apparaître dans notre esprit des plages interminables de sable blanc et une brise chaude sous les palmiers. Johana sourit avec chaleur à l'évocation de ce décor paradisiaque qui la laisse néanmoins... de glace.

«C'est bien? Il fait assez chaud?», s'empresse de demander Johana Chaparro qui, déjà inquiète pour notre bien-être, montre la flèche du thermostat indiquant un «correct» 18 degrés Celsius. Rassurée, elle fonce dans la cuisine pour préparer une tisane qu'elle a apportée de son pays, la Colombie.

Cette question qui nous brûle les lèvres gercées la fait bien rire. Armée de pantoufles douillettes plus grandes que nature, cette femme de 36 ans s'en tire avec fierté. Sa première vague de froid au Québec? Affaire réglée.

Johana est débarquée à Trois-Rivières il y a tout juste un mois, la veille de Noël en fait.

Oui, les conditions météorologiques des derniers jours sont pires qu'elle ne l'avait imaginé, mais non, notre nouvelle voisine n'a pas l'intention de remonter dans le premier avion en partance pour Bogotá, sa ville d'origine.

«En Colombie, 10 degrés Celsius, c'est notre plus froid», ajoute Johana dans un français plus que respectable. À son arrivée à l'aéroport de Montréal, elle n'avait ni bottes ni manteau. Emmitouflée aujourd'hui sous son capuchon,  Johana pourrait rendre jaloux le premier ours polaire sur sa route.

Mais encore? «Je n'ai pas de voiture alors je dois faire tous mes déplacements à pied. Cette semaine, j'ai dû marcher plus viiiiite!», lance Johana qui, en bonne comptable, excelle dans la résolution de problème.

La neige? «J'ai l'impression de marcher dans un congélateur!», image celle qui, demain, découvrira les joies du patin sur glace avec ses compagnons de l'école de francisation, au Cégep de Trois-Rivières.

Légèrement angoissée à l'idée de lâcher prise, Johana assure cependant qu'elle fera ce qu'elle fait depuis son arrivée: s'accrocher avec confiance et enthousiasme.

En fait, Johana savait un peu à quoi s'attendre en tournant le dos au rythme fou des huit millions d'habitants de Bogotá pour faire face à la nordicité tranquille des citoyens de Trois-Rivières.

Johana rêvait depuis l'âge de 13 ans d'émigrer au Canada, un pays reconnu pour la qualité de vie à laquelle l'adolescente aspirait déjà. C'est maintenant chose faite, non sans une bonne dose de courage et une tonne de sacrifices. Il fait froid, on gèle, mais comme le chante Bélanger, il n'y a pas que l'hiver qui est cruel.

Johana était à l'emploi d'une agence d'immigration quand elle a décidé de laisser mari, parents et amis pour venir s'établir toute seule à Trois-Rivières, et ce, à titre d'immigrante indépendante.

Entre ses cours de français, Johana se plonge dans des livres pour mieux décortiquer notre système d'imposition. Avant longtemps, elle espère reprendre du service dans les chiffres. Avis aux intéressés.

Johana rit de bon coeur lorsqu'on lui conseille de se plaquer les mains sur la tasse fumante d'un café colombien pour se réchauffer.

Un, la dame ne supporte pas les effets de la caféine. Deux, à l'heure où on se parle, elle appréhende davantage la saison estivale et ses périodes de canicule.

«La chaleur m'écrase et m'endort», explique Johana avant de retourner à sa tisane.

Ivan Alonso Suaza connaît les défis qui se présentent depuis un mois à Johana.

«Personnellement, avant de quitter la Colombie, je ne savais pas qu'on pouvait survivre à une température de moins 30 degrés Celsius!», avoue en riant le directeur général du Service d'accueil des nouveaux arrivants (SANA) de Trois-Rivières.

C'était il y a treize ans et M. Suaza se souvient comme si c'était hier de son premier hiver à Trois-Rivières. Malgré toutes ses lectures en prévision de son arrivée ici, l'homme avait sous-estimé les rigueurs de la saison hivernale.

D'ailleurs, c'est souvent le cas des immigrants qui débarquent en plein mois de janvier.

«Parfois, ils vont trouver bizarre que nous leur donnions un manteau dès leur sortie de l'avion», raconte le directeur avant de mentionner que le SANA a pour mission de les initier à l'ABC de l'hiver québécois.

Ces gens qui n'ont jamais vu un chasse-neige de leur vie apprendront à chauffer leur logement autrement qu'en utilisant la cuisinière, à prévenir également les engelures aux pieds comme dans la robinetterie de la salle de bain.

Le tout se fait idéalement dans la bonne humeur. Les bénévoles du SANA ont d'ailleurs reçu l'ordre de présenter les aléas de la saison froide en multipliant les mots d'encouragement.

«Quand la neige tombe, la vie continue et les enfants jouent dehors!», rappelle M. Suaza avant de mentionner que le premier, il a vite compris qu'au Québec, tout était adapté pour survivre à moins trente degrés Celsius.

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