Abus de confiance

Même s'ils n'ont toujours pas fini de payer... (PHOTO: STÉPHANE LESSARD)

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Même s'ils n'ont toujours pas fini de payer pour la fraude dont ils ont été victimes, Michael et Jeannette Mathis réussissent à couler des jours plus heureux.

PHOTO: STÉPHANE LESSARD

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Bécancour) Il y a eu ni arme, ni coup, ni sang. Michael et Jeannette Mathis portent néanmoins la cicatrice d'une blessure qui met du temps à guérir. Le couple est tombé dans les filets d'un escroc.

D'origine suisse, Michael et Jeannette Mathis sont établis depuis 25 ans dans le secteur Sainte-Gertrude, à Bécancour. Parents de quatre enfants âgés entre 16 et 23 ans, ils exploitent une entreprise agricole (grandes cultures et élevage de volaille) de même qu'un commerce de machinerie agricole.

Partie de rien, la famille Mathis a prospéré au prix d'un dur labeur. Kevin Gosselin-Robitaille s'en est vite aperçu et comme une araignée tissant sa toile, il a usé de diverses méthodes pour tromper la confiance de l'agriculteur et des siens. Un an et demi plus tard, ils avaient été floués pour une somme de 750 000 $.

Michael Mathis n'aurait jamais fait affaire avec Kevin Gosselin-Robitaille - «Cela aurait été trop beau sinon» - s'il n'avait pas déjà connu son grand-père. Celui-ci s'est montré rassurant quant au passé professionnel de son petit-fils alors âgé dans la jeune vingtaine. Et pour confirmer le tout, le gars en question s'est présenté comme un haut fonctionnaire fédéral qui avait d'excellents contacts avec l'ancien premier ministre Jean Chrétien. Dans un même souffle, il garantissait à l'entrepreneur agricole qu'il allait pouvoir l'aider à développer le marché de l'Ouest canadien. Tout était beau.

Or, bien avant cette première rencontre entre le fraudeur en puissance et sa victime en devenir, Kevin Gosselin-Robitaille savait tout de Michael Mathis et de son entreprise, incluant la valeur de sa marge de crédit. L'agriculteur l'a su plus tard, trop tard en fait.

Entre-temps, il avait accepté de verser d'importantes sommes d'argent, persuadé que son conseiller utilisait ses avances pour favoriser l'expansion de l'entreprise.

Dans les faits, Kevin Gosselin-Robitaille en profitait pour vivre dans l'abondance, de l'achat d'une voiture de luxe à la location d'un jet privé en passant par les voyages princiers, les séances de magasinage privé chez Gucci, l'embauche de gardes du corps, etc.

«Il disait juste des belles paroles», murmure Jeannette Mathis qui, la première, a soupçonné les manigances de Gosselin-Robitaille. Elle parle ici d'un fin observateur, d'un gars intelligent. «Peut-être un peu trop brillant...», laisse tomber son mari en soupirant.

«Au début, c'était difficile pour moi parce que Michael le croyait encore. Ça créait des disputes entre nous», avoue timidement Jeannette Mathis. Elle ne cache pas que c'est toute la famille qui subissait l'emprise de Kevin Gosselin-Robitaille. Il s'imposait à elle en téléphonant à toutes heures du jour et du soir.

Lorsque l'agriculteur a compris qu'il avait été manipulé, il était déjà trop tard. «Ça fesse dans le dash», se contente de répondre M. Mathis pour exprimer ce qu'il a ressenti en réalisant qu'il venait de se faire dilapider une somme dépassant le demi-million $.

Le couple de Sainte-Gertrude a porté plainte avant d'être imité par quinze autres victimes de l'arnaqueur. Kevin Gosselin-Robitaille a été reconnu coupable de fraudes totalisant 4 millions $.

L'après

Jamais durant l'entrevue, Michael et Jeannette Mathis ne prononcent le nom de Kevin Gosselin-Robitaille, celui par qui se manifeste une violence qui gruge: la détresse.

Michael et Jeannette Mathis ont ressenti beaucoup de colère face à la situation, de la culpabilité aussi. «Au début, tu te dis que ça ne se peut pas d'avoir été aussi cave!», avoue l'entrepreneur, songeur. Deux ans se sont écoulés depuis la fin du procès. Le couple n'a toujours pas fini de payer pour la supercherie dont il a été victime.

«On en a encore pour quatre ans à rembourser», précise M. Mathis qui se concentre jour après jour sur son travail. C'est sa façon d'oublier ce qui ne s'oublie pas.

Lui et son épouse parlent le moins possible de Kevin Gosselin-Robitaille. «Ça nous tire trop d'énergie sinon», disent-ils en espérant que cette entrevue sensibilisera les gens à la brutalité d'un crime de nature économique.

Michael Mathis a songé au suicide. «Découragé? C'était plus que ça. Au début, c'est la banque qui annule les prêts. Par la suite, nos concurrents disaient que nous étions en faillite et qu'il ne fallait plus acheter chez nous. Enfin, nos fournisseurs refusaient de nous vendre de la semence sous prétexte qu'on était incapable de payer. Ça, ça fait mal», laisse tomber un homme qui s'est toujours fait un devoir d'honorer ses engagements.

Puis, au moment où il s'y attendait le moins, Michael Mathis a vu comment peut s'exprimer la solidarité d'une communauté.

«La Coopérative des Bois-Francs m'a sorti de la merde. Elle a cru en moi. J'étais malade financièrement et on m'a aidé les yeux fermés. Ça a été pareil du côté de la caisse populaire», tient à remercier l'agriculteur en parlant du Centre financier aux entreprises Bécancour-Nicolet-Yamaska.

Kevin Gosselin-Robitaille a volé la famille Mathis en plus de développer en elle un fort sentiment de méfiance. L'escroc n'aura jamais réussi cependant à la déposséder de l'essentiel: les liens qui unissent ses membres les uns aux autres.

Michael Mathis pense notamment à sa fille Suzanne, 21 ans, clouée à un fauteuil roulant en raison de sa paralysie cérébrale.

«Un matin, tu réalises que cette personne qui ne peut pas marcher, qui ne peut pas communiquer ou penser à son avenir est heureuse comme ça. Elle pourrait être triste, se dire que la vie est à chier, mais non, c'est le contraire. Elle n'a pas la notion de

l'argent. Elle ne se pose pas de questions. Elle vit comme elle est là», expose son père, un peu plus en paix aujourd'hui avec son drame.

En décembre 2010, une sentence de six ans de prison a été imposée à Kevin Gosselin-Robitaille.  Le 11 septembre 2012, la Commission des libérations conditionnelle du Canada a accepté de lui accorder une semi-liberté.

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