Silence sur écoute

Chantal Brisson est coordonnatrice au Centre d'action bénévole... (Photo: Émilie O'Connor)

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Chantal Brisson est coordonnatrice au Centre d'action bénévole Laviolette qui, depuis 38 ans, offre le service Tel-Écoute.

Photo: Émilie O'Connor

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) À l'ère des réseaux sociaux et des amitiés scellées en un seul clic, c'est la solitude que les bénévoles de Tel-Écoute du Centre d'action bénévole Laviolette perçoivent bien souvent au bout du fil. Des hommes et des femmes font appel à eux pour meubler le silence qui s'impose comme un contact indésirable.

Il est 18 h piles, l'heure à laquelle commence le service d'écoute téléphonique, confidentiel et anonyme. Il n'y a pas dix secondes d'écoulées que la sonnerie se fait déjà entendre. «Tel-Écoute bonsoir?»

Chantal Brisson a décroché le combiné et de sa voix douce, accueille la personne qui, sans plus attendre, lui partage ses états d'âme. «C'est une période difficile pour vous en ce moment?», lui demande Mme Brisson qui hoche la tête comme si la dame au téléphone pouvait la voir acquiescer à chacune de ses paroles.

Chantal Brisson entretient gentiment la conversation sans jamais interrompre son interlocutrice dont les besoins sont ici et maintenant. Si cette femme a composé ce soir-là le numéro de Tel-Écoute, c'est qu'elle voulait combler un vide et réfléchir à voix haute. «Je sais que ce n'est pas facile pour vous présentement...», lui répète Mme Brisson avec bienveillance.

La dame n'a jamais demandé qu'on l'aide à résoudre ses problèmes. Elle voulait parler et sentir que quelqu'un, quelque part, lui prêtait un peu d'attention.

«La vie est tellement rapide. À la question Comment ça va?'', on ne prend pas toujours le temps d'entendre la réponse», rappelle Chantal Brisson, persuadée qu'un service comme Tel-Écoute aura toujours sa raison d'être.

«Une personne peut avoir 800 amis Facebook, mais est-ce que tout ce beau groupe est vraiment disponible?», s'interroge Chantal qui connaît déjà la réponse. «Tel-Écoute propose aux gens d'avoir une vraie communication», assure-t-elle.

Durant cette soirée du mois de décembre, Chantal Brisson a reçu quatre appels d'une durée moyenne de 30 minutes chacun. Annuellement, de 1000 à 1500 appels sont logés au CAB Laviolette dont le service est dispensé du dimanche au vendredi inclusivement, entre 18 h et 22 h.

Il y a les réguliers et les «appelants» d'un soir. Une majorité d'hommes (de l'ordre de 62 % l'année dernière), se tournent vers Tel-Écoute. Mme Brisson constate qu'ils apprécient l'anonymat de la chose, qu'ils aiment pouvoir se confier sans avoir à se préoccuper de ce que pourrait dire ou penser l'entourage.

«Ici, nous offrons une écoute neutre, sans jugement. À Tel-Écoute, il n'y a pas de statut à préserver», souligne-t-elle avant de mentionner que l'âge moyen des appelants, tous sexes confondus, est de plus de 40 ans.

Toutes les raisons sont bonnes pour appeler. Ça se situe quelque part entre sortir le trop plein et calmer ses angoisses. Au bout du fil, il y a ceux qui ventilent leur colère, pleurent un bon coup ou qui souhaitent tout simplement prendre un peu de recul. «Il y a également ceux et celles qui nous rappellent pour dire que ça va mieux, qu'ils ont passé une belle journée!», se réjouit Chantal Brisson.

La responsable de services au CAB Laviolette prend régulièrement la relève de l'un ou l'autre des bénévoles de Tel-Écoute. Depuis 38 ans, ce service essentiel, mais encore trop peu connu, est maintenu par une trentaine de personnes qui écoutent sans jamais rien demander en retour. Leur seul objectif: espérer faire une différence.

«Nos bénévoles sont des étudiants en psychologie, des personnes retraitées et des travailleurs qui ont un peu de temps à donner. Mais quelle que soit leur expérience, tous nos bénévoles suivent une formation obligatoire de 25 heures sur l'écoute active», précise Chantal Brisson.

«Pour être bénévole à Tel-Écoute, il faut avoir beaucoup d'empathie, aimer l'autre pour ce qu'il est. Nous ne sommes pas là pour questionner ou pour enquêter», soutient Mme Brisson qui parle d'une relation d'humain à humain, où le respect mutuel est primordial.

L'intervenante rappelle que personne n'est à l'abri d'une période sombre, d'où la pertinence d'offrir à la communauté un service comme Tel-Écoute. En cette période des Fêtes, la solitude est souvent plus lourde à porter. «Parler de notre problème ne change pas nécessairement la situation, mais peut certainement nous permettre de le voir différemment», prétend Mme Brisson, convaincue que le temps finit par adoucir les choses.

Les coordonnées de Tel-Écoute sont: 819-376-4242 (Trois-Rivières), 819-537-5225 (Shawinigan) et 819-228-9633 (Louiseville).

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