Condamnés à être irréprochables

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Nicolet) Respectés par les uns, méprisés par les autres, les policiers ont intérêt à avoir des nerfs d'acier.
Une journée, on est soulagé de les voir s'interposer, le lendemain, on déteste ce qu'ils symbolisent.

Au printemps dernier, pendant la grève étudiante, chacun de leurs faits et gestes a été scruté à la loupe avant, pendant et après les manifestations qui tournaient parfois à la casse. Pour les uns, les policiers ont fait correctement leur boulot, pour d'autres, ils ont abusé de la matraque.

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En dépit de leurs relations aussi complexes qu'essentielles avec les citoyens, malgré les risques de dérapage, les procès d'intention et, plus récemment, les agissements compromettants de «matricule 728», ils sont quelque 650 hommes et femmes qui, bon an mal an, rêvent d'endosser l'uniforme.

On peut les comprendre. Être policier, ce n'est pas juste faire de la répression. C'est d'abord être à l'écoute, comprendre, négocier, prévenir, défendre, porter secours et savoir garder son sang-froid.

En fait, tout au long de leur formation à l'École nationale de police, à Nicolet, les aspirants policiers réalisent que pour réussir à maintenir la paix, l'ordre et la sécurité publique, ils doivent d'abord en apprendre sur eux-mêmes.

«On les amène à vivre différentes situations qu'ils peuvent être appelés à rencontrer», explique Jean-Luc Gélinas, responsable du programme de formation initiale (patrouille-gendarmerie) de l'ÉNPQ. Au fil des activités pédagogiques qui prennent souvent la forme de simulations, les étudiants développent leurs compétences, acquièrent un début d'expérience professionnelle et gagnent en assurance.

«Ce qu'on développe chez nos aspirants policiers, c'est le comportement professionnel, une bonne habitude qui répond aux attentes de la société, qu'ils soient filmés ou non», insiste Jean-Luc Gélinas. D'ailleurs, il rappelle que bien avant l'avènement des médias sociaux ou la diffusion de vidéos captées par des témoins de leurs interventions, les représentants des forces de l'ordre étaient à la merci des critiques, à tort ou à raison.

«Les étudiants sont conscients que les policiers ont toujours été une sorte de vitrine pour les citoyens. Avant, il n'y avait pas de vidéos, mais des gens qui rapportaient toutes sortes de choses. C'est le moyen utilisé qui est nouveau et l'amplitude qu'il peut avoir», ajoute-t-il.

Les aspirants policiers vivent à l'intérieur de l'établissement, sauf la fin de semaine. Cet internat a pour objectif de favoriser un meilleur encadrement et d'encourager le sens des responsabilités. Parmi les 650 étudiants qui complètent à chaque année la formation de quinze semaines, le responsable du programme dénombre un ou deux renvois et entre huit à dix cas d'échec au niveau du comportement.

Les écarts de conduite ont généralement lieu à l'extérieur des limites du campus et en dehors des heures de cours. Malgré tout, l'étudiant qui s'est mal comporté devra se soumettre à une réflexion éthique.

«Nous lui demanderons s'il est capable de comprendre ce qui est arrivé, s'il est en mesure de cibler la problématique et s'il a des solutions pour corriger la situation», énumère M. Gélinas. De l'avis du responsable du programme de formation, la connaissance de soi, l'esprit de synthèse et la capacité d'adaptation sont les qualités premières de tout bon policier.

Pour lui, être un bon policier n'est pas une question d'âge, mais de maturité. «Je peux avoir un aspirant policier de 22 ans qui a vécu des choses extrêmement pénibles dans le passé à côté d'un étudiant de 30 ans qui a toujours été chanceux dans sa vie. C'est un milieu très disparate ici. Quand ils se retrouvent six par chambre, avec un vécu différent, chacun doit s'ajuster et évoluer», fait remarquer Jean-Luc Gélinas qui serait tenté de leur dire que leur passage à l'École nationale de police n'est pas une fin en soi.

«Toute sa vie, un policier doit continuer à s'améliorer», conseille-t-il enfin aux futurs diplômés.

Le théâtre de rue du policier

Arrêtons de leur parler de la télésérie 19-2. Les principaux concernés vous diront que leur travail «dans la police» ne peut pas toujours ressembler à un film d'action.

Certains jours par contre, entre deux constats d'infraction, la réalité peut rattraper la fiction et le policier qui s'attend à répondre à un appel de routine. D'où l'importance de le parer à toute éventualité.

Plus tôt cette semaine, Le Nouvelliste a vécu une journée-type avec des aspirants policiers de l'École nationale de police, à Nicolet. Au programme de la journée: un condensé du métier à travers trois activités de simulation.

Dès 9 h, les futurs agents Filippo Dori, 32 ans, et Mélissa Jobin, 22 ans, ont dû intervenir auprès d'une femme qui avait maille à partir avec un ancien chambreur. Dans les faits, il s'agissait de deux comédiens expérimentés avec qui les policiers en herbe ont dû intervenir comme s'ils étaient réellement en présence d'une dame contrariée et d'un monsieur au prise avec un problème de santé mentale.

Le duo en uniforme a dû faire preuve d'écoute, d'arguments et de beaucoup de patience pour mériter la confiance du gars aux propos décousus. L'homme a fini par quitter les lieux et monter à bord de l'autopatrouille, à la plus grande satisfaction (ou au plus grand soulagement) des deux étudiants dont l'exercice-surprise venait de se dérouler sous l'oeil discret, mais averti, de Céline Lefebvre, conseillère en psychologie communautaire.

Mme Lefebvre assiste à chacune des simulations et analyse avec les aspirants policiers la qualité de leurs interventions. Cette rétroaction permet de les rediriger vers les bons réflexes qu'ils devront adopter dans la vraie vie.

La formation dispensée à l'ÉNPQ est unique. Un poste de police-école y est notamment aménagé.  On y retrouve trois répartitrices, complices des instructeurs qui dirigent les aspirants policiers un peu partout dans la ville de Nicolet, mais surtout sur le campus où les étudiants peuvent «jouer» à la police sur une quinzaine de plateaux, de même qu'à l'intérieur et tout autour de quatre maisonnettes transformées selon les besoins.

Dans la même matinée, six aspirants policiers ont d'ailleurs été appelés à ériger un périmètre de sécurité autour d'une maison où un homme suicidaire et armé s'était barricadé.

Ce dernier était interprété par un aspirant policier. On le surnomme «cascadeur» pour les besoins de l'exercice qui, l'autre matin, visait à établir un périmètre de sécurité avant de maîtriser une personne menaçante pour elle-même et pour les autres.

À voir le sourire de satisfaction du policier instructeur Alain Poulin une fois la simulation terminée, les aspirants policiers ont passé le test.

Même réaction du côté de son collègue Aaron Ouellet qui dispense la formation en intervention physique. Durant ce cours, les étudiants apprennent à contrôler efficacement une personne qui se montre agressive et violente.

L'un des aspirants policiers choisi pour cette activité dirigée n'a pas eu le choix d'employer la force pour expulser un individu, soit un étudiant cascadeur qui a fait exprès pour sauter sur «l'agent» qui, lui, respectait pourtant à la lettre le protocole de communication tactique.

Bref, l'aspirant policier n'a eu que quelques secondes pour analyser la situation, reconnaître les indices de menace, réagir et se défendre de façon sécuritaire, soit en sautant à son tour sur son adversaire.

Le bon l'a emporté sur le méchant qui s'est retrouvé au plancher, face contre le sol... recouvert d'un matelas. Après tout, on est encore à l'école.

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