Plonger enfin dans le bonheur

Le proverbe «Telle mère, telle fille» s'applique à... (Émilie O'Connor)

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Le proverbe «Telle mère, telle fille» s'applique à merveille au duo formé de Sandra Pitre et de Kristina Goudreault.

Émilie O'Connor

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Saint-Mathieu-du-Parc) Comme bien des poupons, Kristina Goudreault est née avec un petit bedon tout rond. Sa mère, Sandra Pitre, ne s'en est pas inquiétée sur le coup, ni après. Autour d'elle, on lui disait qu'avec le temps, son bébé allait allonger et perdre sa bedaine. Kristina est aujourd'hui âgée de 15 ans. Elle a vieilli, elle a grandi, mais n'a pas étiré au point de faire disparaître ses rondeurs.

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La nutritionniste Céline Raymond (à gauche) et la docteure Josiane Parent.

Émilie O'Connor

L'adolescente aurait pu décliner la demande d'entrevue. Tout le monde aurait compris qu'elle n'avait pas envie de parler publiquement de son embonpoint. C'est méconnaître cette jeune femme bien dans sa tête, bien dans sa peau et bien décidée à se prendre en main.

«Je m'assume. J'ai un surplus de poids et ça se voit. Mais aujourd'hui, mes problèmes font partie de mon passé. Je commence à avoir le dessus», affirme la résidente de Saint-Mathieu-du-Parc.

Kristina respire la confiance. Ce sentiment, elle l'a fait sien au fil de ses rencontres hebdomadaires avec l'équipe d'intervenants du Groupe d'entraide pour les parents d'enfants avec excès de poids.

Sandra Pitre regarde sa fille avec cette fierté propre à tout parent soulagé de voir son enfant sur la bonne voie. La dame se revoit à travers Kristina. Vers l'âge de 10 ans et pendant les premières années de son adolescence, elle présentait aussi un surplus de poids.

«Ma mère était comme moi à mon âge. J'ai vu une photo et c'est mon sosie!», s'exclame la demoiselle avec l'espoir de l'emporter, elle aussi, sur ses kilos en trop. «C'est un travail de tous les jours», rappelle Sandra Pitre qui ne s'est jamais vraiment libérée de cette crainte de reprendre du poids.

La culpabilité envahit souvent les parents d'enfants qui souffrent d'embonpoint. Après tout, ils sont les premiers responsables de la qualité et de la quantité dans l'assiette. Or, Sandra Pitre et son conjoint, Luc Goudreault, ont toujours fait attention pour que leurs enfants ne tombent pas dans les pièges de la malbouffe.

Ce n'était pas une raison pour les priver de tous les plaisirs de la table. Il n'était pas question non plus que Kristina subisse, comme sa mère plus jeune, les effets yoyo des régimes amaigrissants. Mme Pitre n'hésite pas à témoigner des impacts de la privation sur l'estime de soi.

À une certaine époque, la maman ne savait plus quoi faire, quoi dire ni comment réagir devant les regards, voire les remarques plus ou moins subtiles à son endroit. «Êtes-vous au courant que votre fille a un surplus de poids?» Sandra Pitre n'oubliera jamais l'absence de délicatesse dans la question d'un médecin, déjà qu'elle devait affronter, avec Kristina, la méchanceté des enfants.

«À l'école primaire, ça a été l'enfer. Je revenais souvent à la maison en pleurant parce que je m'étais fait écoeurer. Imaginez! J'étais une petite boule à lunettes rondes. J'avais vraiment tout contre moi!», raconte la jeune femme avec un mélange de douceur et de franc-parler.

Aujourd'hui, l'élève de 4e secondaire au Séminaire Sainte-Marie, à Shawinigan, dit pouvoir compter sur le soutien de ses compagnons de classe. La maturité aidant, les adolescents sont à même d'observer tous les efforts de Kristina pour améliorer sa condition physique.

À raison de trois fois par semaine, la jeune femme plonge dans la piscine intérieure, au Centre des arts de Shawinigan, où elle multiplie les longueurs. «J'ai maintenant trouvé mon sport: la natation! J'aime l'eau et j'aime nager!», annonce-t-elle, victorieuse.

Il faut dire que Kristina ne s'entraîne jamais seule. Elle peut compter sur la présence infatigable de sa mère, une femme de 41 ans qui n'a jamais été aussi en forme que maintenant. Le GEPEEP n'a pas seulement changé la vie de l'adolescence. L'organisme a trouvé une façon de rejoindre tous les membres de sa famille. Kristina, ses parents et son grand frère Marc-Olivier ont tous été appelés à se mettre en action. «Nous étions une famille sédentaire. On bougeait un peu, mais pas assez», précise Mme Pitre.

Pendant que les enfants s'amusaient en bougeant, les parents pouvaient discuter entre eux de leur réalité commune et complexe. Entourées de professionnels de la santé, Kristina et sa mère ont notamment appris à lire les étiquettes, à reconnaître les aliments à glisser dans le panier, à trouver des recettes appétissantes. Mais par-dessus tout, on leur a donné le goût de bouger, bouger et encore bouger.

«Soccer, boxe, zumba, karaté, vélo... Il n'y a pas un sport qu'on n'a pas essayé!», lance en riant Sandra Pitre avant de rappeler que la partie n'est pas gagnée. «On sait très bien toutes les deux qu'on a encore du travail à faire», souligne la maman avant d'affirmer que la dernière chose qu'elle fera, c'est abandonner. «Et moi, c'est la première chose que j'aurais faite avant...», avoue Kristina, reconnaissante envers sa mère qui lui a appris à persévérer malgré les difficultés.

Aux grands maux les bons remèdes: un camp inédit pour les familles

Dans un monde idéal, la nutritionniste Céline Raymond et la docteure Josiane Parent ne se seraient jamais retrouvées devant un nombre grandissant de jeunes avec des kilos en trop. Et le Groupe d'entraide pour les parents d'enfants en excès de poids(GEPEEP) n'aurait pas eu besoin d'exister.

Selon la Société canadienne de pédiatrie, depuis 25 ans, le taux d'obésité a presque triplé chez les jeunes Canadiens. Au pays, jusqu'à 26 % des enfants âgés de 2 à 17 ans sont considérés comme étant obèses ou faisant de l'embonpoint.

C'est prouvé, l'obésité accroît le risque de contracter certaines maladies chroniques: diabète de type 2, hypertension, maladies cardio-vasculaires, etc. Le surplus de poids est également associé à une stigmatisation sociale et à une réduction du bien-être psychologique.

C'est en 2004 que Céline Raymond a été confrontée pour la première fois à la situation décrite ci-dessus. Dans un court laps de temps, deux enfants se sont présentés dans son bureau afin d'y recevoir un traitement alimentaire suite à un diagnostic de diabète de type 2, une maladie reliée précisément à l'excès de poids et qui, jusqu'à ce jour, se manifestait à l'âge adulte.

Pour la docteure Josiane Parent qui suit avec beaucoup d'intérêt les activités du GEPEEP, il faut agir car toutes ces conséquences peuvent être évitées. Dans un même souffre, elle confirme que la problématique doit être abordée avec beaucoup de doigté entre un médecin et les parents qui se sentent souvent coupables de la situation.

Mis sur pied en Mauricie au milieu des années 2000, le GEPEEP est unique au Québec. Sa mission première: offrir aux parents un lieu pour s'informer en matière de nutrition, d'activités physiques, d'habitudes de vie, de développement psychosocial, etc. Pendant ce temps, les enfants bougent, apprennent à cuisiner, mais surtout, s'amusent.

Après avoir proposé des activités hebdomadaires visant «une saine évolution du poids et le bien-être de tous les membres de la famille», le GEPEEP a décidé de revenir en force au printemps 2013 avec, cette fois, un camp d'une fin de semaine sur une base de plein air de Trois-Rivières.

Les familles de partout dans la province et même de l'extérieur du Québec pourront s'inscrire. Rallye santé, circuit d'activités physiques, préparation et dégustation de recettes, visite d'épicerie et interprétation de l'étiquetage sont notamment à l'horaire.

Plus que jamais, le GEPEEP (www.gepeep.org) privilégie une approche familiale même si, au coeur de ses actions, on retrouve des enfants de 5 à 14 ans en surplus de poids. Pour éviter d'isoler le jeune qui se sent déjà impuissant, l'organisme prétend que c'est tout son entourage qui doit revoir ses habitudes de vie.

«Il faut se donner un système de planification pour gagner du temps et créer un environnement favorable à la saine alimentation», constate la nutritionniste avant de faire ressortir certaines conclusions de l'étude Tout le monde à table sur les comportements alimentaires des familles québécoises (2011). Seulement une famille sur deux (51 %) dit manger en famille, sans la télévision. Et près de la moitié des parents (44 %) ne savent pas à 17 h ce qu'ils mangeront pour le souper, et ce, trois fois par semaine.

Pour surmonter ces obstacles du quotidien, le GEPEEP propose de mettre du piquant dans l'assiette et dans les journées des familles qui souhaitent se prendre en main.

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