Allez hop, cascade! (vidéo)

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Le problème avec Stéphane Dargis, c'est qu'il est incapable de se passer de sa dose d'adrénaline. Il a besoin de se mettre en danger comme d'autres, d'une séance de yoga. Au palmarès de ses exercices préférés: dégringoler les escaliers, se transformer en torche humaine et rebondir sur un pare-brise. La bonne nouvelle, c'est qu'il retombe toujours sur ses pieds. Métier: cascadeur.

Originaire de Trois-Rivières, l'homme de 42 ans a toujours eu un malin plaisir à jouer dans le trafic. Depuis son plus jeune âge, Stéphane Dargis multiplie les pirouettes à faire pâlir d'effroi toutes les mères, à commencer par la sienne. «Disons qu'elle en a vu de toutes les couleurs. J'ai toujours été un casse-cou», précise-t-il comme pour se faire pardonner... et justifier la vingtaine de fractures à son actif.

Adolescent, il s'amusait à sauter du haut d'un toit, à se coucher sur le capot d'une voiture roulant à vive allure (car surfing), à marcher les yeux bandés sur la structure d'acier sous le pont Duplessis, à profiter du fait qu'il était à bord du M/V Le Draveur pour plonger discrètement dans le fleuve, en pleine noirceur, obligeant le capitaine à interrompre la croisière pour entreprendre les manoeuvres de récupération d'un homme à la mer.

Dans la catégorie «Aujourd'hui, on repousse un peu plus loin nos limites», Stéphane Dargis s'est déjà accroché, après une soirée à picoler un peu, à l'échelle du dernier wagon d'un train qui quittait lentement le centre-ville de Trois-Rivières. Le jeune homme se disait qu'il n'avait qu'à lâcher prise une fois rendu à la hauteur de Trois-Rivières-Ouest, près de la maison. Or, la locomotive s'est mise à prendre de la vitesse, beaucoup de vitesse. «Je me suis retrouvé à Montréal et j'ai dû appeler un chum pour qu'il vienne me chercher!», rigole le passager clandestin.

C'est en 1999 que Stéphane Dargis a décidé d'entreprendre sa formation de cascadeur. Parfaitement bilingue en raison de son passage à l'école anglophone, le Trifluvien a complété, à travers ses études en kinésiologie à l'Université du Québec à Trois-Rivières, une série de cours visant à le rapprocher de son objectif.

Transport de matières dangereuses, course automobile, plongée sous-marine en eau profonde, arts martiaux, équitation, parachutisme, etc. La liste de ses habiletés est aussi longue que diversifiée. Le cascadeur n'a pas le choix. Derrière tout bon acteur se cache celui qui le copie à la perfection. Stéphane Dargis doit nous faire gober que le méchant dans l'histoire est en train de manger toute une volée... ou d'en donner une.

«Plus on a des habiletés, plus on a des chances d'être appelé», explique Stéphane Dargis qui a plusieurs films et téléséries à son palmarès (voir tableau).

L'endurance physique et la souplesse du Trifluvien ne font aucun doute. Le gars s'entraîne plusieurs heures par jour et plusieurs jours par semaine. Le risque est présent, mais rien n'est laissé au hasard, surtout lorsqu'il s'agit d'éviter une explosion en s'élançant dans les airs.

C'est sur un trampoline qu'un cascadeur apprend à se situer dans l'espace. On ne saute pas d'un édifice de cinq étages à l'aveuglette. «Il a beau y avoir un matelas, si on tombe mal, on peut se casser le cou», affirme Stéphane Dargis.

Entre deux plateaux de tournage, il fréquente un gymnase de Trois-Rivières et les locaux de On Set Stunt, une entreprise montréalaise qui emploie une quinzaine de cascadeurs qui collaborent à un nombre impressionnant de productions.

Stéphane Dargis est trapu. Du haut de ses 5 pieds et 6 pouces et fort de ses 180 livres tout en muscles, il a un gabarit similaire à celui de l'acteur Louis-Philippe Dandenault qu'il a d'ailleurs doublé dans 10,5: Apocalypse et dans Killer Wave.

L'homme aspire à vivre uniquement de son métier qu'il qualifie de «très» payant. À l'entendre, une journée de travail peut facilement lui rapporter 1500 $. Plus la cascade est dangereuse, plus le risque, les heures supplémentaires et le tarif augmentent.

Cela dit, le cascadeur réinvestit une part importante de son salaire dans son perfectionnement.

Au besoin, Stéphane Dargis se rend dans un cimetière d'autos, achète une «minoune» qu'il modifie pour mieux la démolir.

La peur? Connaît pas. Ou si peu. Avant de sauter d'une hauteur de 50 pieds, il calcule deux fois plutôt qu'une.

«Si je me trompe de six pouces, j'atterris à côté du matelas», évalue Stéphane Dargis qui, pour le reste, n'a pas froid aux yeux. «Passer au feu? J'aime ça!», assure le cascadeur qui en redemande.

Un Bad Boy à contre-courant

Dans ses projets à court, moyen et long terme, Stéphane Dargis rêve de personnifier au cinéma le boxer Arturo Gatti, de nager dans le sens contraire d'une avalanche et de piloter une Formule 1... inversée.

L'ancien militaire envisage très sérieusement aussi de produire un film sur la dissolution du Régiment aéroporté du Canada dont il a fait partie.

Avant d'être cascadeur, Stéphane Dargis a dépensé son surplus d'énergie et son besoin insatiable d'adrénaline au sein des Forces armées. Il était en Somalie quand, au début des années 90, des soldats canadiens ont torturé à mort un jeune prisonnier somalien.

«Je n'ai rien eu à dénoncer. Tout le monde a vu, tout le monde était là, mais sur la base, c'était la loi du silence», laisse tomber le Trifluvien qui ne cache pas que les membres de cette unité d'élite faisaient bande à part.

«Il fallait être un Bad Boy, mieux entraîné que la moyenne des soldats, n'avoir peur de rien, être plus agressif. On passait où les autres ne passaient pas», ajoute Stéphane Dargis qui aimerait raconter l'enquête et le procès qui ont entouré le scandale. «J'étais là...», rappelle-t-il simplement.

Inspiré par la chute libre de Félix Baumgartner, Stéphane Dargis vient de proposer un nouveau coup de marketing à l'entreprise Red Bull. «Dans l'armée, on apprend que lors d'une avalanche, pour augmenter nos chances de survie, il faut nager. Au lieu de courir pour s'éloigner, on fonce tête première dans l'avalanche. En la remontant, on reste plus en surface. Mais ça, c'est en théorie. Moi, ce que j'aimerais, c'est de servir de cobaye pour passer à la pratique», indique le cascadeur.

Stéphane Dargis suggère qu'on lui installe des GPS dans ses bottes et dans ses mitaines pour accélérer sa recherche. Les chiens de sauvetage seraient évidemment les bienvenus. «À l'intérieur de cinq à dix minutes, on est capable de me retrouver et de me déterrer», affirme le plus sérieusement du monde le père de deux filles.

Dans un même souffle, il enchaîne avec une autre idée de fou: conduire une sorte de Batmobile qui se moquerait des lois de la gravité pour rouler (ou voler) dans le tapis, au plafond. Stéphane Dargis s'offre pour tenir le volant, la tête en bas, les pieds en haut et sur la pédale d'accélération. Que Ferrari se le tienne pour dit.

Voici les productions dans lesquelles Stéphane Dargis apparaît au générique à titre de cascadeur, de doublure et d'acteur.

>White House Down (2013)

>Nicky Deuce (2013)

>Bullet in the Face (2012)

>The Punisher: War Zone (2008)

>Death Race 3000 (2008)

>3 saisons (2007)

>Killer Wave (2007)

>Lance et Compte «La Revanche»    

(2007)

>10.5 Apocalypse (2006)

>The Fountain (2006)

>Détect Inc. (2005)

>Forensic Evidence (2003)

>Secret Agent Man (2000)

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