Des rodéos à cheval sur les principes

Le «Vet-check» consiste en un examen vétérinaire sommaire... (Photo: Émilie O'Connor)

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Le «Vet-check» consiste en un examen vétérinaire sommaire et obligatoire du cheval qui doit être présenté au vétérinaire sans harnachement ni bandage. L'équipe de Rodéo-Vet évalue le cheval une seule fois. L'animal qui ne réussit pas le test est tenu à l'écart des compétitions pour toute la durée du Festival western de Saint-Tite.

Photo: Émilie O'Connor

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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

C'est aujourd'hui qu'on s'aventure sur un terrain glissant, qu'il faudra séparer les amateurs d'un sport extrême des redresseurs de torts. C'est ici que deux ou trois mythes seront (peut-être) démystifiés. Place au rodéo et au sort réservé à son principal acteur: la bête.

Cruauté, torture, supplice... Les défenseurs des droits des animaux ne lésinent pas avec les mots pour dénoncer les épreuves de dressage, de vitesse et d'habileté impliquant la participation animale. Saint-Tite ne fait pas partie de leur destination préférée au début du mois de septembre.

Les purs et durs vont jusqu'à suggérer le boycott de ce type d'événement qui, pourtant, gagne en popularité. Il faut dire que Saint-Tite, c'est aussi la musique de Paul Daraîche, la danse en ligne, le défilé de chars allégoriques, un immense camping pour véhicules motorisés...

«Nous vouons un très grand respect aux bêtes. Ces dernières sont considérées comme des athlètes. Elles reçoivent des attentions particulières pour assurer leur confort et valent des milliers de dollars. Il n'y a aucun intérêt à les maltraiter comme aucune autre bête d'ailleurs. Ces animaux proviennent d'élevages spécialisés et font l'objet de grande attention de la part de leurs propriétaires...», se défendait il y a quelques années l'organisation du festival dans la page Opinions du Nouvelliste. Elle répondait ainsi à des lecteurs qui réclamaient la fin des rodéos.

En cette 45e édition, les foules continuent de franchir les portes des grandes estrades. Quant aux âmes sensibles qui préfèrent demeurer à la maison, le FWST tient à leur mentionner qu'il y a onze ans, il a pris le taureau par les cornes en créant une brigade exclusive à Saint-Tite.

L'équipe du «Rodéo-Vet» est composée de trois médecins vétérinaires et de trois étudiants de la Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal. Ces personnes sont présentes sur le site pendant toute la durée des compétitions. Elles s'assurent que chaque animal est au meilleur de sa forme avant, pendant et après chacune des épreuves.

L'examen vétérinaire, appelé le «Vet-check», est obligatoire, et le message adressé aux cavaliers qui débarquent à Saint-Tite est clair: «Toute blessure pouvant handicaper le cheval ou choquer le public assistant aux performances, toute anomalie dans les constantes médicales de base, toute boiterie, ou la non-présentation d'un test Coggins dûment complété et valide entraîneront la disqualification sans appel du cheval pour l'ensemble des performances.»

Le Dr Pierre Gauthier de la clinique vétérinaire de Saint-Tite (et ancien président du conseil d'administration du festival) est formel: toutes les mesures sont prises pour assurer la sécurité et le bien-être des animaux qui participent aux rodéos.

Sans attendre la première question, le spécialiste s'attaque aux légendes urbaines. Non, on n'attache pas les testicules des chevaux sauvages qui s'apprêtent à sauter dans l'arène, pas plus qu'on leur envoie des décharges électriques dans les «parties»...

«Environ 80 % des chevaux sauvages qui participent à des rodéos sont des juments!», dit-il. Pourquoi elles? «Dans la nature, la femelle est habituée de défendre son petit. Génétiquement, elle se montre plus agressive», décrit le Dr Gauthier pour expliquer la vive réaction de l'animal qui entend bien profiter des huit secondes qui lui sont allouées pour se débarrasser de l'indésirable à chapeau sur son dos.

En résumé, l'examen vétérinaire consiste à s'enquérir de l'état de santé de l'animal en prenant sa température, en lui faisant passer un test pulmonaire, en vérifiant son rythme cardiaque et son rythme digestif. On le fera trotter dans un corridor d'une centaine de pieds pour observer sa démarche. «S'il boite, nous allons vérifier si c'est en raison d'un muscle froissé ou, par exemple, d'un tendon blessé», explique le Dr Gauthier.

Dans le cas d'un cheval courbaturé, il peut être suggéré à son cavalier de lui mettre de la glace ou un bandage avant la compétition. Si le diagnostic est plus sérieux, l'athlète à quatre pattes devra rentrer à la maison.

L'auteure de ces lignes en a eu la preuve plus tôt cette semaine, lors d'un «Vet-check» précédant une course entre barils. Un cheval a échoué le test de boiterie. Malgré les tentatives du cavalier pour convaincre le vétérinaire de lui accorder une seconde chance, soit de revenir le lendemain matin pour un nouvel examen, son animal à la fière allure a été mis au repos forcé jusqu'à la fin des compétitions.   

C'est le vétérinaire Gauthier qui parle d'«athlètes», un terme qui en dit long sur la valeur des animaux qui participent à un rodéo. Au dire de celui-ci, même le plus lourd et le plus grognon des taureaux sauvages est traité aux petits soins par ceux qui en font l'élevage. Personne, répète-t-il, n'a intérêt à malmener l'animal en qui il investit temps, argent et énergie. Des contrôles antidopage sont également effectués sur les chevaux, sans avertissement bien entendu.

Le vainqueur de chaque classe et un autre participant choisi au hasard sont généralement convoqués pour un prélèvement sanguin ou urinaire. Il est déjà arrivé qu'un animal échoue et que son cavalier perde automatiquement son prix et recule au classement. «Mais cette situation est tellement exceptionnelle», tient à préciser Pierre Gauthier.

Depuis quelques années, il anime bénévolement la visite guidée «La face cachée du rodéo», une autre façon pour l'organisation du festival de remettre les pendules à l'heure. Pendant près de deux heures, les gens découvrent l'envers du décor, peuvent manipuler les équipements qu'on dit sans risque de blessure pour les montures. Il donne l'exemple des courroies en peau de mouton qui sont déposées sur les flancs des chevaux sauvages.

«Dans une semaine de rodéo, un cheval va, en moyenne, compétitionner trois fois, pendant huit secondes à chaque fois», ajoute le vétérinaire en assurant que le cheval est entraîné à vivre une activité aussi intense et stressante. On aurait tort de s'inquiéter pour lui.

Mais comme dans tout sport extrême, ni le cavalier ni son cheval ne sont à l'abri des accidents. Durant un rodéo, les animaux peuvent compter sur la présence de trois vétérinaires dans les gradins. Au besoin, l'animal sera admis d'urgence dans l'unité vétérinaire stationnée à l'arrière. Les spécialistes peuvent effectuer des radiographies, échographies, des anesthésies locales et générales, etc. Il s'agit ni plus ni moins d'un camion-hôpital.

Et le cow-boy? Il sera stabilisé par deux ambulanciers sur place avant d'être transporté au centre hospitalier le plus proche. «Non, la loi est claire. Les vétérinaires n'ont pas le droit d'intervenir auprès des humains», sourit le Dr Gauthier qui nous voit venir avec nos gros sabots.

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