Party animals et bonnes manières

Michel Vallières et Lisette Crête s'assurent du bon... (Émilie O'Connor)

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Michel Vallières et Lisette Crête s'assurent du bon fonctionnement du parc à chiens de Shawinigan.

Émilie O'Connor

Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Une demoiselle se présente à l'entrée. Plusieurs invités sont déjà arrivés. Tous les regards se dirigent vers celle qui est saisie d'un frisson. Résistance passive ou plaisir des sens?

Ils s'approchent de la demoiselle qui s'interdit un premier corps à corps. Elle s'allonge plutôt sur le dos, soumise, plongeant ses yeux dans leurs yeux. Timide, coquine, dominée et dominante, elle se laisse finalement prendre au jeu de la langue curieuse et baveuse.

Ce soir-là, la demoiselle à quatre pattes a dû renifler une bonne quinzaine de queues. Toutes à poil... Bienvenue au parc à chiens de Shawinigan.

Ne tournons pas autour du poteau, la demoiselle, c'est mon chien dont je vais taire l'identité pour protéger celle de mes enfants.

Pour les besoins de cette chronique et joindre l'utile à l'agréable, elle et moi avons expérimenté l'«Aire d'exercice canin», dixit la Ville de Shawinigan qui en faisait l'inauguration officielle en décembre dernier. Ce point de rencontre, ouvert dans les faits depuis l'été 2011, est situé au parc Frank-Gauthier, à l'intersection de la 12e Rue et de la 3e Avenue, secteur Grand-Mère.

Ce soir-là, peu après l'heure du souper et au moment où la digestion des croquettes s'enclenche vers la sortie, nous avions rendez-vous, la demoiselle et moi, avec les Belle, Polo, Snoopy, Bobino, Ponpon, Batman et plusieurs autres cabots dont j'oublie le nom. Tout ce beau monde était accompagné de leurs parents. Parmi eux, Lisette Crête, qui a convaincu l'administration municipale d'aménager un parc à chiens, et Michel Vallières, responsable du comité de citoyens qui s'assure de l'entretien et du bon fonctionnement de ce lieu public.

Les gens de Shawinigan sont très fiers de leur parc. Avec raison. Il faut avoir un chien pour réaliser qu'on a vite fait le tour du jardin. Posez la question à votre fidèle compagnon et il vous répondra que la marche au pied, c'est bien, mais courir en liberté parmi d'autres membres de son espèce, c'est nettement mieux.

Mme Crête, M. Vallières et leur chien respectif se rendent plusieurs fois par semaine au parc en question. Pour eux, il ne fait aucun doute que l'endroit améliore la qualité de vie des chiens tout en permettant aux propriétaires de socialiser entre eux.

«Et notre parc est toujours propre», assure Mme Crête en montrant le distributeur de sacs à crottes bien visible à côté de la poubelle fournie par la Ville. Qu'on se le dise, un parc à chiens n'est pas une toilette canine à ciel ouvert.

«Il ne faut pas que ça sente», rappelle M. Vallières en indiquant que les gens du comité, tous des bénévoles, font régulièrement la tournée afin de s'assurer que des petits, moyens et gros besoins n'ont pas été oubliés. Il faut dire qu'à force de bavarder entre eux, des propriétaires ne voient pas toujours leur Fido accroupi plus loin là-bas...

Selon Mme Crête, la Ville de Shawinigan se serait également engagée à installer des buvettes à chiens, une lumière pour le soir, des tables de pique-nique et des bancs supplémentaires. En attendant, les utilisateurs sur deux jambes se présentent avec leurs chaises pliantes sur le site qui mesure, grosso modo, 100 pieds sur 200.

Le succès de ce parc à chiens est visible. Sept jours sur sept, entre 7 h et 23 h, des citoyens et leurs meilleurs amis s'y présentent nombreux. Il n'est pas rare d'y apercevoir une vingtaine de chiens courant dans tous les sens. À l'hiver dernier, jusqu'à 32 pitous auraient roulé dans la neige en même temps. Sympathique, mais prudent?

Mme Crête et M. Vallières soutiennent que les animaux sont bien encadrés. Sur le site Facebook du parc à chiens, des habitués écrivent qu'ils aimeraient cependant que le parc soit séparé en deux, question de départager les petits des gros pitous. Un argument qui se tient.

Le parc à chiens est évidemment clôturé. Les autorités municipales ont également accroché un panneau des règlements à respecter dans cette zone publique.

On y précise que tout chien doit posséder un médaillon d'identité émis par la Ville, que le gardien doit demeurer dans l'aire canin, qu'il doit prendre tous les moyens nécessaires pour empêcher son chien de troubler la quiétude du voisinage en le laissant aboyer, hurler ou gémir. Au besoin, une muselière doit être utilisée.

Les chiens susceptibles d'être dangereux, agressifs ou entraînés pour l'attaque ne sont pas les bienvenus. Bien, mais comment savoir? Ce n'est pas tout le monde qui connaît les subtilités du langage canin. Et combien de maîtres ont déjà dit que leur chien n'avait jamais fait de mal à une mouche jusqu'à ce qu'il (le chien, pas le maître) montre les crocs?

Mme Crête et M. Vallières se montrent de nouveau rassurants. Si on fait fi de la fois où un Berger allemand a sévèrement mordu un minuscule Caniche «toy» et le caractère exécrable d'un Jack Russel sur le point d'être banni, tout le monde s'entendrait à merveille au parc à chiens de Shawinigan.

«Quand on arrive ici, ça presse pour sortir de la voiture», raconte M. Vallières, persuadé que son Schnauzer reconnaît le trajet menant au parc à chiens. Si l'homme passe tout droit, le chien jappe pour exprimer son mécontentement.

On vient de Trois-Rivières, Champlain, Saint-Mathieu, bref, d'un peu partout pour essayer le parc à chiens de Shawinigan, le premier du genre dans la région.

«Dites-le aux gens de ne pas hésiter à venir!», lance Sylvain Duquette, également membre du comité. Son chien, un Border Collie noir, est reconnu parmi les chiens pour «faire la police» auprès des plus délinquants. Son maître n'hésite pas non plus à séparer deux chiens qui se picossent un peu trop fort.

M. Duquette était cependant absent le jour où une femelle (issue de parents Cocker et Goldendoodle) et un mâle de race Beagle ont conclu une «p'tite vite» à l'autre extrémité du parc. Ce n'est pas parce qu'on rit que c'est drôle.

Il est pourtant écrit sur le panneau des règlements que «les chiens en chaleur sont interdits dans l'aire d'exercice canin». Mais bon. Aucun patrouilleur n'a encore été assermenté par la Ville de Shawinigan pour exiger une preuve que Monsieur et Madame Pitou sont bel et bien stérilisés.

Toujours est-il qu'une portée de neuf chiots à la gueule un peu particulière a vu le jour il y a six mois. Parmi eux, Elvis, déjà un habitué du parc à chiens.

Agir en bon chef de meute

Les amis rencontrés au parc à chiens de Shawinigan sont de toutes les grosseurs, de toutes les couleurs, de toutes les classes sociales, avec, pour la plupart, une excellente réputation. Lors de la visite de la demoiselle, même les molosses avec une tête patibulaire se sont montrés tout à fait charmants. Coup de chance?

Directeur général de la Société protectrice des animaux de la Mauricie, Serge Marquis est pour la création de telles installations publiques, en autant que les personnes qui tiennent la laisse sachent se comporter en chefs de meute.

Idéalement, les citoyens, mais également les municipalités qui mettent sur pied des parcs à chiens, devraient prendre toutes les mesures nécessaires pour sécuriser ce type de lieu très prisé. C'est une question de protection, qu'on s'y présente à quatre pattes ou sur deux jambes.

Pour M. Marquis, tous les chiens, sans exception, devraient être vaccinés avant de s'élancer dans un endroit aménagé expressément pour eux. «Les gens peuvent être de très bonne foi, mais un carnet de santé devrait être exigé à la porte pour éviter les propagations de maladies», dit-il.

Il donne l'exemple de la trachéobronchite infectieuse (communément appelé la toux de chenil), et celui du Parvovirose, un virus excrété dans les selles qui peut survivre longtemps à l'extérieur d'un organisme vivant. Les chiots et les chiens âgés sont plus à risque d'être exposés au Parvo. «C'est une maladie virulente. Le chien peut dépérir en quelques heures seulement», avertit Serge Marquis.

À ses yeux, on ne devrait pas se fier uniquement sur son pif pour juger du statut immunitaire d'un chien parmi d'autres chiens, encore moins lorsqu'il s'agit d'observer son comportement en groupe.

«Quand on parle d'une vingtaine de chiens qui jouent ensemble en même temps, ça commence à faire plusieurs pattes. On peut perdre le contrôle rapidement», met-il en garde.

Une vérification très serrée devrait évidemment être assurée pour éviter que des toutous non stérilisés s'amusent librement entre eux. Les refuges pour chiens accueillent trop souvent malheureusement les chiots nés de grossesses non désirées.

«La stérilisation diminue les risques de reproduction, de morsures et d'attaques potentielles», ajoute le directeur de la SPA Mauricie en rappelant que des mâles non castrés en présence d'une chienne en chaleur ne font pas toujours dans la dentelle.

Au cours des dernières années, M. Marquis a pu visiter différents parcs à chiens au Québec et ailleurs au pays. Certains sont tenus par des associations et peuvent être fréquentés moyennant une cotisation annuelle. Selon lui, cette situation est susceptible de rehausser le niveau de contrôle et de responsabilité des utilisateurs.

«Les gens sont prévenus: n'entre pas qui veut et n'importe comment dans ces parcs à chiens», a pu constater M. Marquis.

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