Plus récemment, entre deux impitoyables traitements de chimiothérapie et pendant qu'elle a encore l'énergie de voyager, Chantal Bertrand a englouti 27heures de vol pour mieux débarquer à Bali. À l'horaire: se retrouver avec soi-même.
Après avoir reçu un diagnostic de cancer du sein en 2004, Chantal Bertrand essuyait en juin 2011 une nouvelle gifle au visage: tumeurs aux poumons. Spontanément, les membres de sa famille, ses amis et collègues se sont mobilisés pour que cette fille-qui-pense-toujours-aux-autres puisse se rendre au pays de Mickey avec son fils et sa fille également éprouvés.
Comme prévu, Chantal y a fait le plein de spectacles féeriques, de défilés incroyables et de rencontres magiques. «Je ne savais pas toujours où regarder tellement il y avait des choses à voir. Je me suis amusée et je n'ai pensé à rien», résume-t-elle.
Fort heureusement. Car en franchissant la porte de son logement de la rue Garnier, Chantal Bertrand n'a plus eu le choix de replonger dans sa réalité la plus pure et la plus dure.
Pressée par son médecin, cette femme monoparentale a entrepris un nouveau traitement de chimiothérapie, plus agressif que tout ce qu'elle avait pu subir jusqu'à maintenant. L'instigatrice du Relais pour la vie à Shawinigan a également accepté de participer à un protocole de recherche du Centre des maladies du sein Deschênes-Fabia de l'Hôpital du Saint-Sacrement, à Québec.
«Je me disais: j'ai des enfants, j'aime la vie et je tente le tout pour le tout», raconte celle qui a dû affronter coup sur coup deux types de chimiothérapie. Une «tête de cochon», cette Chantal Bertrand. C'est elle qui le dit, mais tout le monde le confirme avec admiration.
La première série de traitements est complétée. L'autre se poursuit toujours. Il a fallu sortir l'artillerie lourde. Chantal Bertrand parle de sa pire expérience à vie.
«J'ai perdu mes ongles de doigts et d'orteils, je saignais souvent du nez, j'ai commencé à faire de l'acouphène, j'avais de la misère à marcher de mon divan à la salle de bain, j'avais des problèmes de concentration, je fonctionnais toujours au ralenti, moi qui suis hyper active. Et puis, il y a eu la perte des cheveux... C'est niaiseux, mais je pense que c'était ça le pire, perdre mes cheveux», laisse tomber Chantal.
C'est tout son être qui a été mis k.o. par la forte médication. «Je ne me reconnaissais plus. J'avais perdu l'estime de moi», ajoute cette préposée aux bénéficiaires au CSSS de l'Énergie.
Ses cheveux ont commencé à repousser, mais ils n'ont pas encore atteint la longueur lui permettant de sortir de son conflit intérieur. On a beau lui répéter que cette «coupe» d'été lui va à ravir, un doute persiste. Avec autodérision, elle dit avoir échoué dans sa tentative de travailler son ego.
Ses propos sont entrecoupés d'une toux tenace et éreintante. La tumeur diminue, mais à moins d'un miracle, elle ne va pas s'effacer totalement. «Je ne serai jamais guérie. Je vais être toujours sous traitement», rappelle Chantal.
À toutes les six semaines, soit après deux séances de chimiothérapie, elle est confrontée à l'annonce du verdict. Le moindre millimètre perdu ou gagné est scruté à la loupe. «Tout est surveillé pour voir si les métastases s'étendent au foie ou aux os», ajoute celle qui ne peut pas se dérober à ce moment de vérité.
C'est pourquoi un bon matin, pendant qu'elle se sent encore capable de partir à l'aventure, Chantal Bertrand s'est dit que personne n'allait l'empêcher d'aller à Bali. Arrive un moment où l'idée de se retrouver à l'autre extrémité de la planète s'impose d'elle-même.
Bali me voilà!
«Je ne sais pas ce que l'avenir me réserve. C'est peut-être mon dernier voyage», a martelé Chantal Bertrand pour convaincre son médecin de la laisser partir malgré la fragilité de son état de santé. Contre toute attente, la Shawiniganaise est débarquée en sol indonésien en avril dernier, en quête d'une paix d'esprit.
Deux mois plus tard, Chantal Bertrand est toujours sous l'effet de cette cure d'émerveillement. Pendant trois semaines, elle a vécu avec sa soeur Marie-Ève et sa cousine Véronique au rythme des Balinais. Dès leur arrivée, les trois femmes ont eu le rare privilège d'assister à une crémation, une cérémonie sacrée et festive dans les rues de la ville.
Soufflée par la beauté des rizières, par la richesse de la végétation, par la diversité des espèces animales rencontrées et le rythme des danses partagées, Chantal Bertrand revit son voyage à travers toutes ses photos étalées sur la table de cuisine.
«J'ai vraiment décroché à Bali même si ton état intérieur te suit partout, y compris à l'autre bout du monde», rappelle-t-elle en souriant. Chantal est arrivée à Bali avec un besoin urgent de reprendre son souffle. Pendant l'hiver, elle avait réussi non sans douleur à se libérer de la colère et du sentiment de jalousie qui finissent par nous ronger quand on est entouré de gens en santé, qui partent travailler à chaque matin sans avoir à se soucier du lendemain, qui partagent des projets d'avenir avec l'être aimé...
Si le cancer a amené Chantal Bertrand à s'accrocher seulement à l'essentiel et à rien d'autre, son voyage à Bali est venu cimenter ce travail d'introspection.
Cette femme dit avoir apprécié chaque minute de son aventure en Indonésie, sans jamais perdre de vue cependant que les faits sont là. «Je suis hypothéquée», dit-elle simplement.
Fille de coeur, Chantal Bertrand a besoin de se sentir utile pour retrouver son énergie. Comme si elle partait en mission, cette femme nous répète à quel point ça ne vaut pas le coup de s'en mettre autant sur les épaules.
«On est tous des éternels stressés», dit-elle en nous exhortant de ne pas attendre de recevoir un grave diagnostic pour savourer le temps qui passe avec ceux qu'on aime, à commencer avec soi-même.