Gilles Beaulieu est un homme qui sait recevoir, mais aussi réinventer la plus pure tradition. Sur sa terre de six acres, 6000 cerisiers supplantent tous les érables qui, au beau milieu du 1er rang nord, n'ont plus le monopole de l'expression «se sucrer le bec»...
Propriétaires de la cerisaie Le temps des cerises, Gilles Beaulieu et sa conjointe, Nancy Laprés, proposent une expérience hors du commun: la cabane à cerise. La réponse est inespérée. On vient de partout au Québec pour y goûter et en redemander.
«Environ 80 % de notre clientèle vient de l'extérieur de la Mauricie», constate celui qui aimerait faire mentir l'énoncé voulant que nul n'est prophète en son pays. Le monsieur n'a pas tort. On n'est pas très touriste chez nous. On méconnaît nos trésors, à commencer par cette bière servie en guise d'apéro. Brassée à la microbrasserie À la fût, à Saint-Tite, La Crique est une bière de cerises au goût légèrement surette, qui devrait plaire à tous ceux et celles qui aiment se la couler douce sur une terrasse.
«Cette bière est faite à partir de nos griottes», m'informe M. Beaulieu. Entre deux gorgées, je fais semblant de savoir de quoi il parle. Griotte? Jamais entendu parler. C'est pourtant le nom du minuscule fruit rondelet qu'on retrouve dans nos desserts préférés. On dit tarte aux cerises, mais dans le fond, il s'agit bien souvent de griottes.
«Je me définis comme un innovateur», déclare Gilles Beaulieu qui, dans une autre vie, était producteur d'oreilles de porc séchées, une gâterie dont les chiens raffolent.
Originaire de Montréal, Gilles Beaulieu a décidé de venir s'établir en Mauricie alors qu'il était dans la jeune vingtaine. Ses racines étaient ici. Sa mère, Suzanne Bourassa, est native de Saint-Barnabé, alors que son père, Réjean Beaulieu, a grandi à Saint-Étienne-des-Grès.
M. Beaulieu se souvient qu'enfant, avant que ne prenne forme l'autoroute entre Berthier et Trois-Rivières, les automobilistes devaient emprunter l'ancienne Route 2. «À la hauteur de Maskinongé et de Louiseville, il y avait des kiosques où on vendait des cerises sauvages. Mon père en achetait toujours. Il les faisait tremper dans de l'eau et du sel», se souvient M. Beaulieu avant d'ajouter que des gens du coin réussissaient même à faire du vin de cerise.
«Notre région a une histoire avec la cerise. Quand on a ouvert la cerisaie à l'autocueillette, en 2007, c'était très drôle d'entendre les visiteurs de la Mauricie nous dire qu'ils se rappelaient de cette époque-là», raconte-t-il, visiblement heureux d'offrir un produit qui replonge les gens dans leur mémoire collective.
Dix ans plus tôt, c'est un verger de pommiers que Gilles Baulieu souhaitait mettre sur pied dans la région. Un agronome l'a découragé de se lancer dans pareille affaire, prétextant que les arbres auraient du mal à s'adapter à la température moyenne sur la rive nord du fleuve Saint-Laurent.
Puis le hasard a voulu que M. Beaulieu syntonise l'émission La semaine verte. Il y était question de la culture des cerises à Edmonton. Un déclic s'est produit. Si des cerises poussaient malgré les rudesses climatiques de l'Alberta, elles arriveraient sûrement à tirer leur épingle du jeu au Québec, plus spécifiquement à Charette où le producteur dans l'âme et sa petite famille venaient de s'établir.
Avec l'aide du Conseil national de recherche du Canada, Gilles Beaulieu et Nancy Laprés se sont rendus en Alberta pour trouver des réponses à toutes leurs questions. «Il fallait notamment vérifier si les cerisiers pouvaient assurer une récolte année après année», explique M. Beaulieu avant de se lancer dans un long exposé sur les cotes de rusticité devant être prises en considération avant de penser mettre la main sur sa première grappe. Pour résumer: ne se lance pas qui veut dans ce type d'aventure somme toute à risque.
Innovateur, mais aussi tenace, Gilles Beaulieu est fier de mentionner que Le Temps des cerises est la première cerisaie à avoir vu le jour au Québec. Quelque 6000 cerisiers et sept variétés plus tard, lui et son épouse se font un devoir de faire découvrir l'histoire et la culture d'un petit fruit qui s'apprête à toutes les sauces.
Allons à la cabane!
La cabane à cerise a vu le jour l'année dernière. Au menu: les joies de la cabane et de la gastronomie. Ça commence avec le potage couleur rouge passion composé de betteraves et de cerises. On est loin de la soupe au pois, aussi bonne soit-elle.
«Le potage est le coup de coeur de plusieurs touristes qui viennent ici», confirme M. Beaulieu, l'oeil pétillant. Il aime l'effet de surprise que la cerise suscite dans notre assiette. Finesse. C'est le premier mot qui nous vient à l'esprit en redécouvrant toute la saveur du jambon, de l'omelette et du reste. Que dire de la tarte au sucre à la manière de la cerisaie? Mmmmmmmm...
«Nous avons beaucoup de plaisir à faire découvrir la griotte», ajoute M. Beaulieu avant de préciser que la cerise acidulée peut être sucrée selon l'humeur du chef. Qui plus est, on est en présence d'un «super» fruit avec des propriétés bonne-pour-la-santé.
Ne reste plus qu'à poursuivre la tradition en commençant la dégustation de la tire de cerise sur la neige. Le goût est unique, plus cerise que jamais. Du bonbon!