Pourquoi nid-de-poule? Coquette, la femelle du coq privilégie les bains de poussière pour se débarrasser des bestioles qui se camouflent dans son plumage. D'où les trous dans le sol de la basse-cour et le terme emprunté pour désigner ce que la roue avant vient de cogner brutalement, sur la voie publique.
L'expression est bucolique, mais ses dommages sur le système de suspension ne font surtout pas dans la dentelle. La facture du garagiste non plus.
L'automobiliste a beau garder les deux mains sur le volant pour mieux contourner toutes ces mines antipersonnel, il a besoin d'aide pour fuir l'ennemi qui se multiplie dès que le redoux s'installe. C'est ici qu'entre en scène l'équipe de la voirie.
«C'est une bonne idée, ce reportage sur les nids-de-poule. Ça va montrer aux gens que nos gars n'arrêtent pas, qu'ils sont proactifs», tient à souligner Denis Beaumier, contremaître au service des travaux publics de Trois-Rivières.
«Et vous allez voir comment les gens se comportent avec nous», laisse tomber Robert Brûlé en me tendant un dossard orange. Lui et ses collègues Robert Chapados, Michel Bastien et Pierre Béland entourent le contremaître qui leur rappelle les règles de sécurité à suivre pour éviter des drames malheureux.
À les entendre, les usagers de la route réclament sur-le-champ la réparation des nids-de-poule, mais négligent de ralentir lorsqu'ils croisent les travailleurs en train de s'exécuter. Le message est clair: on lève le pied et on reste courtois.
Les nids-de-poule n'ont plus de secret pour ces cinq hommes comme pour les quinze autres employés assignés depuis plusieurs semaines déjà à cette partie de chasse sur le territoire trifluvien.
Robert Brûlé a beau cumuler 24 ans d'ancienneté dans le domaine, il se laisse encore surprendre. Plus tôt cette semaine, lui et ses compagnons ont notamment colmaté la chaussée des boulevards Industriel et des Forges.
«On a eu droit à des nids d'autruches!», affirme le col bleu en riant, visiblement impressionné par la profondeur et la largeur des trous qu'il a bouchés dans le secteur nord de Trois-Rivières.
Je venais de les rejoindre sur le boulevard Saint-Jean. «Un champ de bataille», résume Denis Beaumier. Décidément, les employés des travaux publics ont le sens de l'image. En effet, le gel et le dégel successifs des dernières semaines ont infligé des blessures profondes sur cette artère déjà (très) mal en point.
Avis ici à mes amis cyclistes impatients de rouler pépère sur cette route secondaire, comme ce gars rencontré mercredi matin sur le viaduc du boulevard Saint-Michel. S'il n'avait pas eu le vent dans le dos, je lui aurais fortement conseillé de rebrousser chemin afin d'éviter sa première crevaison -et chute- de la saison.
L'opération nids-de-poule consiste à retirer les plaques d'asphalte qui se sont détachées de la chaussée, mais surtout, à mettre des pansements sur les plus gros bobos. L'intervention a pour but de prévenir l'hémorragie, mais n'empêche pas les effets secondaires fâcheux.
Aidés des citoyens qui les avisent de la présence de nids-de-poules sur leur route, les employés essaient d'être partout à la fois. Depuis un mois, la demi-douzaine d'équipes se relaient sept jours sur sept, 24 heures sur 24.
Entre le 20 février et mardi dernier, ces travailleurs avaient réussi à colmater 11 135 nids-de-poule. Quotidiennement, ils ont besoin d'environ 11tonnes d'asphalte pour remplir 550trous.
Leurs gestes sont calculés et répétitifs comme le jour de la marmotte. Une pelletée d'asphalte dans le trou et un coup de rouleau compacteur pour fixer le tout. Au besoin, la fin de semaine notamment, la Ville loue une machine à nids-de-poule qui fait tout le travail, si on exclut l'employé aux commandes. À lui seul, le camion-robot vient à bout de près de 200 nids-de-poule.
Sinon, sur semaine, deux camions prennent la direction de Montréal avant la levée du jour afin de s'approvisionner en asphalte. Dans la région, la production ne débute pas avant le mois de mai.
Le pire est derrière nous. Selon Denis Beaumier, les plus gros nids-de-poule ont reçu la visite de ses employés, du moins, sur les artères principales. Depuis hier, on devrait les croiser dans les rues de nos quartiers résidentiels où, ici aussi, les rudesses de l'hiver ont laissé leurs traces.
Dans la catégorie «bon à savoir», il est recommandé de ne pas freiner dans un nid-de-poule. Tant qu'à avoir les deux pieds dedans, aussi bien rouler...
«Parfois, il vaut mieux frapper un trou que de tenter de l'éviter. Cette manoeuvre risque de causer plus d'accidents que le fait de passer dans la cavité», explique le CAA sur son site Internet.
Quels sont nos recours en cas de bris? Aucun, selon Yvan Toutant, porte-parole de la Ville de Trois-Rivières. Depuis 1993, le gouvernement provincial, les villes et municipalités sont dégagés de toutes responsabilités en cas de dommages matériels causés par l'état de la chaussée aux pneus ou au système de suspension.
Par contre, le CAA explique que «malgré cela», il est toujours possible de poursuivre les autorités en question, et ce, s'il est démontré qu'il y a eu négligence, imprudence ou faute de leur part. C'est à l'automobiliste que revient le fardeau de la preuve... Bonne chance!
À mon humble avis, le mieux, c'est encore de garder les deux mains sur le volant, de ralentir et de saluer au passage les gars de la voirie.