Percer le mystère masculin ou parler des vraies affaires

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Photo: Stéphane LessardFrançois Camus (à gauche) est le directeur général du Réseau Hommes Québec. Lors de son passage dans la région pour parler de l'organisme fondé il y a vingt ans, il était accompagné de deux membres de la Mauricie, Pierre Lévesque et Émery Leblanc.

Photo: Stéphane Lessard

Isabelle Légaré
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Plusieurs femmes se posent la question: «Qu'est-ce que les hommes peuvent bien se dire quand ils se retrouvent entre eux?» Lorsqu'elles tombent dans les vieux clichés alimentés par des «boys» voulant cultiver le secret autour de leur conversation de vestiaire, les filles en arrivent rapidement à ce jugement de valeurs peu flatteur pour l'espèce en général: les gars parlent de hockey, du guide de l'auto et de la circulaire de Canadian Tire, le tout entrecoupé de deux ou trois blagues de vous-savez-quoi.

«Comment ça va? Vraiment?» La question n'est pas de la femme d'à côté, mais du Réseau Hommes Québec qui, depuis vingt ans, propose aux gars d'aller plus loin, plus en profondeur et complètement ailleurs. D'entrée de jeu, le site Web de l'organisme (www.rhq.ca) annonce ses couleurs: «Le RHQ crée des petits groupes de six à dix hommes afin de leur permettre de se parler des vraies affaires, à partir des tripes, en toute confidentialité, respectueusement, dans un environnement où ils ne seront pas jugés. Ce qui est dit entre eux reste entre eux.»

Parler des «vraies affaires»... Avouons que ça met en appétit lorsqu'on est la journaliste désignée pour rencontrer des représentants du RHQ. Ces derniers étaient récemment de passage à Trois-Rivières pour rappeler l'existence de l'organisme à but non lucratif fondé en 1992 par le psychanalyste et auteur Guy Corneau. Le RHQ réunit actuellement 400 membres au Québec, dont une soixantaine dans la région. En vingt ans, quelque 6000 hommes ont fréquenté le regroupement qui se veut un outil pour celui qui aspire à se comprendre et à être plus heureux.

«Au départ, l'objectif du RHQ était d'offrir aux hommes un outil de développement personnel qui ne coûtait pas cher. Essentiellement opéré par des bénévoles, chaque groupe est animé par les membres eux-mêmes. Certains se louent un local, mais la plupart se reçoivent chez eux, à tour de rôle», explique François Camus, directeur général de l'organisme.

Six hommes ont accepté de me recevoir dans une cuisine propice aux confidences. Ils ont consenti à ce que je pousse plus loin l'indiscrétion en me permettant d'assister à leur réunion qui a lieu une fois à toutes les deux ou trois semaines. À tour de rôle, dans un juste partage du temps de parole, ils ont échangé ce soir-là sur le contenu d'une conférence à laquelle ils avaient assisté quelques jours plus tôt.

Les propos de l'orateur sur sa capacité à surmonter les épreuves ont alimenté les discussions qui se déroulaient sous mes yeux, comme si je n'y étais pas. D'ailleurs, en les voyant assis autour d'un thé vert, dans un éclairage tamisé par des chandelles, j'ai pensé à toutes ces filles qui n'ont pu s'empêcher de glisser le livre Père manquant, fils manqué sur la table de nuit de leur chum, dans l'espoir à peine voilé de le transformer en un homme nouveau, capable d'intimité comme Guy Corneau.

Ces hommes devant moi sont des disciples convaincus. Ils ont lu plusieurs livres de croissance personnelle. Ils connaissent le vocabulaire en tapissant leurs propos de jardin intérieur, de mission de vie et de lâcher-prise. Où suis-je?

Les rencontres du RHQ ne sont pas dirigées par des psychologues et les participants, dont la moyenne d'âge est de 58 ans, ne souhaitent pas y entreprendre non plus une thérapie. «La plupart du temps, on sait ce qu'on a à faire, mais il y a toutes sortes de choses qui nous empêchent de passer à l'action», décrit François Camus avant d'admettre que beaucoup d'hommes sont encore prisonniers, en 2011, des stéréotypes associés à la masculinité.

«Un homme est censé êtrefort et être capable de régler ses problèmes tout seul», illustre-t-il avant de mentionner que le travail dans un groupe permet justement aux hommes de se demander ce qu'ils pourraient faire pour répondre à leurs attentes et à leurs besoins.

«En acceptant de partager leurs préoccupations personnelles, les hommes permettent à l'ensemble du groupe d'évoluer.

«Le fait d'entendre les autres nous raconter ce qu'ils vivent apporte une certaine lumière, des solutions et nous aide à passer à l'action. On se rend compte que nous ne sommes pas seuls, que d'autres vivent une situation similaire», renchérit Émery Leblanc, membre de la Mauricie depuis 2008 et animateur bénévole dans un groupe de Trois-Rivières.

Il n'y a pas de sujets tabous dans une réunion du RHQ. Ses membres peuvent aussi bien parler de leur vie de couple que de leur célibat, de sexualité, des ruptures amoureuses, de leur vie professionnelle, des enfants, de leurs amitiés, de l'isolement, de leur difficulté à dire «non», de leur vulnérabilité, de leurs émotions négatives... La liste des thèmes abordés par tous et chacun est inépuisable, mais oubliez les performances du Canadien et les problèmes de char, sauf peut-être à la fin de la rencontre, quand l'essentiel a été dit.

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