Le juge Guy Lambert prend sa retraite

Le juge Guy Lambert était sorti pour la... (Stéphane Lessard)

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Le juge Guy Lambert était sorti pour la première fois de son devoir de réserve en 1997 pour lancer un appel à la mobilisation visant à obtenir le nouveau palais de justice. Aujourd'hui, à l'approche de la retraite, il est fier de dire que cet édifice fait l'envie de plusieurs.

Stéphane Lessard

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Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Pour certains, ses sentences étaient reçues comme un coup de poing au visage, suscitant colère et frustration. Pour d'autres, elles étaient le résultat d'une clémence qui lui a valu le surnom de juge bonbon dans les corridors du palais de justice.

La preuve a néanmoins été faite au fil des 26 dernières années: le juge Guy Lambert n'a laissé personne indifférent. Avocats de la défense, procureurs de la Couronne, prévenus, témoins, victimes, intervenants communautaires, greffiers, constables spéciaux, tous ont leur petite histoire à raconter sur ce juge qui prendra sa retraite le 22 novembre prochain.

Il n'est pas rare de le croiser dans les corridors du palais de justice et de le voir piquer une jasette avec les gens. Et lorsqu'il retrouve sa place de juge sur le banc, il maintient toujours cette même proximité avec le prévenu, peu importe son crime. Est-il un juge clément ou sévère? En guise de réponse, il paraphrasera l'abbé Roland Leclerc qui avait déjà déclaré: Il ne suffit pas à un juge d'être seulement un «bon» juge, il faut en plus qu'il soit un juge «bon». 

En fait, il ne cache pas avoir toujours pensé au volet réhabilitation dans chacune des causes présentées devant lui. «On en voit beaucoup dans une cour de justice. Il faut savoir prendre du recul et faire du cas par cas en se demandant comment ça se fait que cette personne est rendue là, a posé tel ou tel geste», mentionne-t-il.

Il a souvent affirmé haut et fort: «La prison si nécessaire, mais pas nécessairement la prison.» En effet, il rappelle que le Code criminel mentionne clairement que le juge doit envisager d'autres alternatives avant de prononcer une peine de prison. C'est pourquoi il n'hésite pas à suggérer à un toxicomane de suivre une thérapie ou à une personne souffrant de problèmes de santé mentale de prendre sa médication.

En retour, il soutient avoir reçu des dizaines de témoignages positifs de gens qui se sont réhabilités, ce qui, à ses yeux, constitue un baume sur une réalité de plus en plus lourde à porter. «Ça permet de continuer quand tu rencontres par exemple un individu devenu père de famille qui prend la peine de venir te remercier parce que tu lui a permis de s'en sortir.»

À l'approche de ses 65 ans, il se rappelle encore très bien de sa nomination comme juge le 23 octobre 1991 à la Cour du Québec après 16 ans de pratique comme procureur de la Couronne et avocat de la défense. C'était le summum de sa carrière! À 39 ans, il en était d'autant plus fier qu'il vient d'un milieu d'ouvriers. «Ça change une vie même si ça reste un titre», précise-t-il en se rappelant du vertige qu'il a ressenti.

Car le juge doit prendre des décisions constamment, mais aussi être capable de vivre avec les critiques. «On ne peut pas défendre nos décisions sur la place publique», ajoute-t-il.

Pourtant, il rappelle qu'en dépit des apparences et du jugement populaire, un juge ne vit pas dans un vase clos. «Nous vivons dans le même milieu que les autres. On lit les journaux, on tient compte de ce qui se passe dans la société. J'essaie personnellement d'être le plus près possible des gens. Nous ne sommes pas d'accord avec le crime, mais il faut rendre une décision et imposer une sentence qui tient compte de la personnalité de l'individu aussi», mentionne-t-il.

Il rappelle d'ailleurs que la justice, c'est humain et que par conséquent, elle ne peut être parfaite. «Il ne faut pas oublier que le budget accordé à la justice est environ 1,1 % du budget total de la province. On ne peut pas faire de miracles», indique-t-il.

Compte tenu de son devoir de réserve, il refuse d'aborder des causes ou crimes spécifiques auxquels il a été confronté. Par contre, il se dit heureux de certaines réalisations dans le milieu et notamment du nouveau palais de justice. En 1997, il était justement sorti de son devoir de réserve pour lancer un appel à la mobilisation et sonner le réveil auprès des élus. «Je voulais l'avoir ce palais de justice car l'ancien était devenu archaïque et désuet. Et j'avais peur qu'on passe notre tour encore une fois. Ce n'est pas moi qui ai obtenu ce palais de justice, mais je crois avoir réussi à sonner le glas pour qu'on passe enfin au 21e siècle», indique-t-il.

Pour s'y être impliqué énormément, le dossier autochtone lui tient aussi beaucoup à coeur. «Les autochtones n'ont pas la même conception de la justice que nous. On doit donc s'adapter à leurs coutumes et trouver des pistes de solution. Ce n'est pas en leur imposant une justice inappropriée qu'on va avancer avec eux. Il y a des efforts à faire des deux côtés et il y a toujours place à l'amélioration malgré des avancées notamment sur le suivi des peines dans la collectivité», rappelle-t-il.

Enfin, la réalisation globale la plus importante dans le système judiciaire demeure selon lui l'arrivée du Centre d'aide aux victimes d'actes criminels (CAVAC) qui a été suivie du Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) et de l'indemnisation des victimes d'actes criminels.

Il entend désormais prendre quelques mois du repos et profiter de sa retraite avec ses proches. Et s'il lui reste du temps libre, pourquoi pas un poste de juge suppléant?




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