Accident d'hydravion: le pilote coupable

Yves Julien a été déclaré coupable de négligence... (Photo: Caroline Bérubé)

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Yves Julien a été déclaré coupable de négligence criminelle ayant causé la mort.

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(La Tuque) «L'accusé par sa conduite, ses décisions et son comportement a fait preuve d'une insouciance déréglée et téméraire à l'égard de la vie de Claude Bélanger.»

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L'accident d'hydravion au lac Geoffrion a eu lieu en 2011.

Le juge David Bouchard a rendu son verdict, jeudi, dans le procès du pilote d'avion Yves Julien. Ce dernier a été reconnu coupable de négligence criminelle ayant causé la mort en lien avec l'accident d'hydravion survenu le 16 septembre 2011 au lac Geoffrion en Haute-Mauricie.

Un verdict qui satisfait le procureur de la Couronne, Me Éric Thériault, mais également des membres de la famille de la veuve qui ont assisté à l'audience.

«Claude, c'était un beau-frère, mais aussi un ami qu'on appréciait beaucoup. On voulait être ici. C'est un jugement très articulé. [...] On espère que ça va amener à la réflexion», a commenté Ginette Grenier.

«On accueille très bien le verdict, ne serait-ce que pour le message que ça va envoyer à la société à l'effet que tu ne peux pas faire fi des règles sans conséquence. C'est un bon message. Le juge a été sage dans sa décision. Je parle pour moi, je suis satisfait», a lancé Gilbert Grenier, beau-frère de la victime.

Le juge David Bouchard a expliqué sa décision dans un jugement étoffé d'une trentaine de pages. Il est revenu sur la théorie de l'accusé. Yves Julien soutenait qu'il s'agissait d'un pur accident et qu'il avait frappé une bille de bois lors de la cinquième tentative d'amerrissage, qui a été fatale pour son passager. 

«Le Tribunal ne croit pas cette explication de l'accusé sur l'origine de l'écrasement de son hydravion. Il s'agit d'une affirmation farfelue et extravagante qui n'est pas compatible et cohérente avec les autres faits qui caractérisent le dossier.»

Il explique dans son jugement, notamment, qu'aucun témoin n'a parlé d'impact avec un objet, qu'aucune trace d'impact avec un objet n'a été indiquée dans le rapport d'inspection, et que cela est contradictoire avec d'autres déclarations de l'accusé lui-même.

Le juge Bouchard a également souligné le témoignage d'une voisine au lac Geoffrion qui lui avait prodigué des soins et à qui Yves Julien avait mentionné «qu'il ne voyait pas l'eau».

L'accusé avait également affirmé qu'il croyait à une «autorisation générale» pour effectuer des vols solos après l'obtention du permis d'élève pilote. Le juge n'a pas retenu cette explication.

«Il ne s'agit pas d'une erreur de fait ou une incompréhension de la part de l'accusé dans l'appréciation de l'autorisation générale pour effectuer des vols en solo. Il s'agit d'une décision unilatérale de sa part de faire fi de ces exigences», note-t-il.

Dans son analyse, le juge est revenu sur plusieurs éléments et circonstances, la formation, l'appareil, l'entraînement en vol, les connaissances de l'accusé...

«L'accusé admet connaître les conditions associées à son permis d'élève pilote. Malgré cela, entre le 15 juillet 2011 et le 16 septembre 2011, l'accusé effectue 16 vols en solo sans supervision et contrôle de la part d'un instructeur de vol. [...] Le vol du 16 septembre est prémédité et planifié par l'accusé afin de lui permettre un séjour à son chalet au lac Geoffrion en compagnie d'un ami.»

Yves Julien avait affirmé malgré tout durant toutes les procédures judiciaires qu'il avait définitivement les compétences pour piloter son appareil à ce moment.

«Le Tribunal ne retient pas les explications de l'accusé. Celles-ci sont tendancieuses et elles ne reposent pas sur des éléments factuels objectifs pour constituer un doute raisonnable. L'accusé cherche même à transférer sur autrui sa responsabilité dans la prise de décision pour voler», note-t-il.

«Il s'autoproclame compétent [...] Pour le Tribunal, prêter foi à l'affirmation de compétence de l'accusé, c'est aussi rejeter et ne pas reconnaître l'importance du processus de formation et d'encadrement d'un pilote qui font l'objet d'une réglementation stricte. Le doute que l'accusé tente de soulever par cette explication est davantage frivole que raisonnable. Il ne repose pas sur le bon sens et la logique», indique le juge David Bouchard.

Ce dernier a donc déclaré le pilote coupable d'avoir, par négligence criminelle, causé la mort de Claude Bélanger. 

Yves Julien a été acquitté de l'accusation de conduite dangereuse d'un aéronef ayant causé la mort. Le juge en est venu à la conclusion que la preuve était insuffisante pour soutenir une preuve hors de tout doute raisonnable.

Il a souligné, entre autres, que les experts étaient tous du même avis concernant le vol du 16 septembre. Le vol était adéquat, l'appareil était en bon état de fonctionnement et la météo était convenable.

L'accusé est demeuré impassible durant toute la lecture du jugement. Les avocats reviendront devant le juge au début de l'année 2018 pour les représentations sur sentence. Yves Julien a été reconnu coupable d'un acte criminel passible d'un emprisonnement à perpétuité.




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